CHAPITRE XI
d’ètre aussi grands qu’ils seraient dans les Alpes pour la même hauteur de montagne. Ce qui manque aux Pyrénées, pour avoir des glaciers, c’est tout simplement l’humidité, c’est-à-dire la neige; le climat est bien plus sec que celui des Alpes; à peine reste-t-il quelques flaques neigeuses sur les hauts sommets dépassant 2800 m. On trouve en tout quatre sommets dont les amas neigeux méritent le nom de glaciers, mais de glaciers de sommets, glaciers du second ordre, comme les appelle Saussure, dans le genre de ceux qui sont désignés sur notre carte du mont Blanc sous le nom de glaciers des Nantillons, de Blaitière, des Pèlerins, etc. Ces glaciers des Pyrénées sont ceux du mont Perdu , de Vignemale, de Crabioules et de la Maladetta ; ils descendent tout au plus de 3 à 400 m au-dessous de la ligne de fusion des neiges. Celui de Vignemale seul prend à sa base la forme d’un fleuve, et descend à 2200 m d’altitude.
Les monts Dofrines ou Scandinaves, quoique bien moins élevés que les Pyrénées, ont de vrais glaciers. Toutefois ils ne sont pas aussi beaux et aussi étendus que ceux des Alpes. Ils sont abondants, surtout vers le nord, parce qu'ils peuvent descendre jusqu’à 4 ou 500 m d’altitude.
Sous ce rapport, les terres polaires sont naturellement plus favorisées encore. Elles sont couvertes de glaciers qui viennent jusqu’à la mer; les célèbres montagnes de glaces flottantes en sont des morceaux détachés.
L’Oural, bien que très-septentrional, n’a pas de glaciers, parce qu’il lui manque l’humidité. L’hiver y est froid, mais sec, et l’été assez chaud pour fondre toute la neige. Le Caucase a quelques beaux glaciers, mais moindres que ceux des Alpes, toujours par la même cause.
Hors d’Europe, on peut observer ce fait remarquable que les montagnes Rocheuses et les Cordillères d’Amérique, malgré leur hauteur colossale, n’ont pas un glacier
LA DEMOLITION DES MONTAGNES
depuis la Colombia jusqu’au milieu du Chili. En revanche, la Patagonie en a qui viennent jusqu’au niveau de la mer. Or elle a la même latitude que la France, mais dans l’hémisphère opposé , dont c’est en ce moment la période glaciaire. La Nouvelle-Zélande, dans ce même hémisphère, nous offre aussi de magnifiques glaciers descendant bien plus bas que les nôtres, quoiqu’à une moindre latitude.
Il n’y a vraiment qu’un seul massif montagneux, en dehors des régions polaires, qui contienne des glaciers plus grands et plus beaux que ceux des Alpes, c’est le plateau central Asiatique. L’Himalaya et la Karakorum, surtout dans leur flanc méridional (parce que, tout en étant plus chaud, il est beaucoup plus humide), renferment de splendides fleuves de glace issus d’immenses névés; leurs dimensions sont naturellement en proportion avec celles de la montagne ; leur superficie se compte par centaines de kilomètres carrés. Le plus grand glacier du monde (toujours en dehors des régions polaires) paraît être celui de Biafo, dans le Karakorum, qui atteint près de soixante kilomètres de longueur, tandis que notre glacier d’Aletsch n’en a que vingt-quatre.
Mais les Indes et le Thibet sont loin, et les Alpes sont à notre porte; les grands massifs neigeux de cette dernière chaîne ont tous une magnifique couronne de beaux glaciers du premier ordre. Il y en a trois principaux chez chacune des trois nations qui se partagent la chaîne : les massifs autrichiens du Glockner, de l’Orteler et de l’Œtzthal; les massifs suisses de la Bernina, des Alpes bernoises et du mont Bose ; enfin nos trois massifs français ; car nous sommes aussi riches que les nations voisines; mais nous ne connaissons pas notre pays.
L’un de nos trois massifs, il est vrai, est bien connu et visité : c’est celui du mont Blanc ; toutefois il ne nous