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CHAPITRE XII

cessible retraite d’une puissance étrangère, primitive et indomptable. Froides et fières, elles se refusent au service de l’homme. Le maître intelligent de la terre se trouve étranger au milieu d’elles. L’esprit, malgré toute sa vigueur, voit sa fragile enveloppe se briser contre le colossal obstacle de la matière ; la chaude haleine de la vie lutte péniblement contre le froid, contre la tempête, contre les forces écrasantes de la nature; territoire libre, étrange, merveilleux, au milieu de pays florissants et peuplés. »

Cependant de ces régions désolées la vie n’est pas complètement absente : au milieu des hauts névés des glaciers, sur des plateaux abrités et bien exposés au soleil , ou sur des coupoles isolées au milieu de ravins neigeux, on trouve des surfaces qui se découvrent seulement pendant un ou deux mois de l’été, et pour qui très-peu de jours suffisent à se garnir de ces plantes singulièrement vivaces et robustes qui sont propres aux hautes montagnes.

« N’est-ce pas un charmant tableau, dit Tschudi, que celui de ce tapis verdoyant formé de plantes basses, mais couvert de fleurs du plus brillant éclat, qui se déroule le long des pentes éclairées du soleil? Au-dessus, des rochers nus dont les sommets, parsemés de taches légères de neige, semblent défier les deux; au-dessous, des gorges profondes et des déserts de ruines; d’un côté, des champs sans fin de névés qui montent jusqu’aux plus hautes cimes; de l’autre, d’immenses mers de glace aux reflets bleuâtres, d’une épaisseur de plusieurs centaines de pieds, qui transportent leurs débris et leurs blocs jusqu’au bas de la vallée. La neige couvre cette oasis, le rocher lui lance ses débris détachés par le dégel, le névé lui envoie ses avalanches et ses torrents; le glacier qui ouvre en grondant ses puissantes crevasses, les éclairs et la foudre du ciel, les puissances de l’air et celles de la

terre qui semblent se donner la main pour la détruire, tout conspire contre sa paix; mais, inébranlable dans sa fidélité, pleine d’espoir et de confiance, la plante alpine élève paisiblement sa tige dans l’air embaumé, à la rencontre de la lumière et du soleil, comme un cœur brisé cherche au fort de sa détresse le regard de son Dieu. »

Le grand glacier du mont Blanc, que représente la carte p. 565, renferme dans son affluent septentrional, le glacier de Talèfre, une des plus remarquables îles de verdure que contiennent les régions neigeuses des Alpes : elle est connue sous le nom du Jardin de la mer de glace. Son altitude, il est vrai, n’est que de 2800 m. C’est, parmi les plus accessibles , un des points des grandes Alpes les plus propres à bien montrer la nature spéciale de cette végétation si rapide et si belle des grandes hauteurs.

Toutes les plantes, dans les hautes régions, sont d’une taille bien moindre et d’un port plus ramassé qu’elles ne seraient dans la région des pâturages. Les caractères généraux de la vie végétale dans les montagnes se trouvent accentués d’une manière extrême. La terre , réchauffée énergiquement par les rayons plus ardents du soleil, donne plus de chaleur vitale aux racines des plantes , tandis que l’intensité beaucoup plus grande de la lumière donne une activité beaucoup plus considérable aux fonctions des feuilles, des bourgeons et des fleurs. Les rapports habituels entre la chaleur du sol et celle de l’air se trouvent renversés. C’est le sol qui est chaud et l’air qui est frais, tout au contraire de la plaine. Voilà pourquoi les branches, au lieu de tendre à s’élever comme chez nos plantes, semblent, en se reployant vers la terre à chaque atteinte du froid, y revenir chercher la chaleur maternelle.

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