CHAPITRE XII
D’un autre côté, la diminution de la pression atmosphérique rend beaucoup plus rapide l’évaporation par les feuilles, et par suite la circulation de la sève et la nutrition. Le développement hâtif qui en est la conséquence, serait bien plus étonnant encore s’il n’était pas interrompu chaque jour par les revirements du froid, les vents glacés et les averses de neige qui succèdent brusquement au beau temps dans ces hautes régions, même dans la saison la plus chaude.
Un botaniste éminent, M. Ch. Martins, a étudié comparativement les espèces végétales des montagnes neigeuses et celles de la Laponie et du Spitzberg. Le résultat est qu’environ la moitié des espèces habitant les contrées arctiques se retrouvent parmi les espèces alpines. Mais un grand nombre, comme on le voit, sont propres à la montagne, ce qui prouve, d’un côté, que l’influence de la température domine, et a conservé les espèces qui peuplaient tout le nord de l’Europe à l’époque glaciaire; mais aussi que réchauffement du sol, l’abondance de la lumière, la circulation vitale plus rapide, tant sous le rapport de l’eau que sous celui de la chaleur, enfin les temps d’arrêt de la vie plus fréquents et les variations de température plus fortes , sont des conditions spéciales d’existence qui ont donné lieu à des formes spéciales ; la science nous apprendra plus tard si ce sont des espèces ou des variétés.
Cet aspect particulier de la nature végétale dans les montagnes se retrouve d’ailleurs à un certain degré dans les régions d’une altitude moyenne : s’il n’y a pas de plantes qui ne puissent absolument vivre ailleurs qu’à certaines altitudes montagneuses, il y en a positivement qui se plaisent à la montagne, et n’atteignent que là tout leur développement et toute leur beauté.
Ce n’est qu’à force de soins intelligents que nous faisons prospérer, dans nos parcs et nos jardins botaniques, le cèdre du Liban, qui couvrait jadis ces montagnes, et qu’aujourd’hui la barbarie et l’inintelligence de leurs habitants laisse dépérir; le quinquina des Andes du Pérou, qui demandera de grands efforts pour être conservé à la médecine, ou le gigantesque séquoia de Californie, qui ne paraît pas devoir chez nous atteindre comme là -bas la taille de la flèche de Strasbourg.
Dans nos climats, nombreux sont les arbres qui préfèrent la montagne à la plaine, et n’atteignent qu’à une certaine altitude tout leur développement. L’érable sycomore , l’arbre favori des montagnards suisses , qui en abritent souvent leurs chalets ou en décorent leurs places publiques, le pin sylvestre et le pin de Corse, et bien d’autres, ne sont jamais aussi beaux, aussi robustes et aussi nombreux que sur les flancs des montagnes. Le chêne fait exception sous ce rapport ; quoiqu’on en rencontre quelquefois, à 6 à 700 m d’altitude, des individus superbes, on remarque que, dans les Alpes au moins, il laisse prendre sa place par d’autres.
Le châtaignier, qui forme de si admirables forêts sur le versant italien des Alpes, le remplace et acquiert dans les montagnes à sol siliceux le plus magnifique aspect. « Ses branches, dit Berlepsch , commencent à une assez grande hauteur et s’étendent vigoureusement en lignes écartées; elles dominent les arbres voisins et étendent sur eux un épais manteau de feuillage, aussi compacte que celui des groupes de conifères, et qui procure un abri d’une délicieuse fraîcheur pendant les mois les plus chauds. C’est ce dont on a grand besoin dans les petites vallées méridionales des Alpes.
Les deux arbres par excellence des forêts de montagnes