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CHAPITRE XII

est et restera la partie la plus riche et la plus florissante des Alpes; quand les autres pays auront brûlé leur charbon, elle aura toujours la force gratuite de ses eaux courantes, que ses forêts autant que ses glaces ne laissent jamais tarir.

Mais elle-même a eu jadis beaucoup à se reprocher à cet égard; si leurs Bannwalder ont toujours été protégées par un respect presque superstitieux, les forêts qui n’ont pas eu les honneurs du ban ont été bien souvent l'objet de déprédations sauvages et de dilapidations insensées. La limite supérieure des arbres, depuis trois siècles, s’est toujours abaissée dans les Alpes. On a dit que les forêts disparaissaient parce que les glaciers avançaient; il faut dire, au contraire, que les glaciers ont avancé parce que les forêts ont disparu.

Peut-être sont-ils les restes d’anciennes forêts, ces antiques sapins isolés qu’on nomme sapins d'orage (Wettertanne) ou gogants : « Leurs branches, dit Tschudi, qui s’inclinent en avant comme pour offrir un asile sous leur ombrage, commencent déjà à six ou huit pieds au-dessus du sol, et forment jusqu’au sommet une belle pyramide compacte d’un vert foncé. De partout on voit pendre à leurs pesantes branches de longues barbes de lichens de plusieurs pieds, d’un vert de mer, dernière ressource des chamois dans les hivers prolongés; leur cime est souvent brisée et leur tronc déchiré par la foudre ; mais les rameaux se relèvent d’eux- mêmes comme de jeunes arbres autour de la mère-souche décomposée. Les chèvres, les moutons, les vaches, les lièvres, les perdrix et les hommes y viennent tour à tour chercher un abri contre les giboulées de pluie ou les rafales de neige... Il n’est pas rare de rencontrer des gogants de 100 à 130 pieds de hauteur, et de 4 à 5 pieds de diamètre à deux pieds au-dessus du sol. Ces

arbres sont de la part du peuple l’objet d’un respect religieux, et, dans plusieurs montagnes, sont mis sous la protection expresse de la loi. »

Deux arbres, abondants surtout dans l’Engadine, où ils forment des forêts, montent plus haut encore que ces derniers sapins: ce sont le mélèze et l’arolle, deux amis qui reproduisent à un niveau plus élevé l’effet d’association qu’offrent plus bas le hêtre et le sapin.

Le mélèze, qui est en été le plus gai des arbres résineux, grâce à son feuillage tendre et clair, perd ses feuilles en hiver, ce qui lui permet de mieux résister à la neige; mais son port ordinaire se modifie dans ces hauteurs glacées; son tronc devient ramassé , tordu, noueux, résistant au vent, ne laissant remuer que ses petites branches élastiques et son léger feuillage.

L’arolle, alvier ou pin cembro, est le dernier végétal que l’on trouve sous forme de grand arbre en s’élevant dans les hautes régions; lui seul mûrit son fruit à côté des glaciers, jusqu’à 2500 1,1 d’altitude. Il pousse avec une lenteur extrême ; en cent ans il atteint à peine la grosseur du bras. On en a abattu qui avaient 1 m 50 de diamètre et plus de mille ans d’âge. Malheureusement pour lui son bois est tendre, et les bergers y taillent trop facilement ces animaux sculptés que nous vendent les marchands de jouets. Ce bois , rouge et parfumé , brave les plus furieuses tempêtes et les climats les plus sauvages. Le tronc a des formes athlétiques ; les rameaux sont fièrement dressés ; les aiguilles sont longues, sombres, attachées cinq par cinq dans la même gaine; les cônes sont ronds, noirs, compactes , couverts d’un enduit résineux , et mettent des années à mûrir; le feuillage s’arrondit en dôme au sommet; le port général de l’arbre lui a fait mériter le nom de cèdre des Alpes.

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