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CHAPITRE XII

Malheureusement l’arolle est rare; à ces hauteurs on ne trouve ordinairement, comme dernier vestige de la végétation arborescente, que des espèces rabougries, dont les deux plus remarquables sont le bouleau vert ou aune des Alpes, et surtout le pin nain, qui monte jusqu’à la limite des neiges perpétuelles, et s’accroche au rocher partout où une fissure peut offrir un peu de terre à ses racines. « Il rampe, dit Berlepsch, comme un ver sur le sol, se traînant péniblement, et cependant, doué d’une force vitale extraordinaire , il semble vouloir triompher de ce sol ingrat. C’est le parfait contraste du fier sapin, l’emblème de la puissance. »

Quoique nous n’ayons pas l’intention d’entrer ici dans des questions de botanique , nous devons dire un mot de l’admirable variété de plantes remarquables, soit par leurs formes charmantes ou singulières, soit par leurs riches couleurs ou leurs parfums aromatiques, qui frappe les yeux de tout homme qui a vu de près une seule fois les gazons de montagne.

Il faut distinguer ici au moins deux étages de pâturages montagneux; l’étage inférieur, avec un avantage notable sous le rapport de la lumière, du parfum et de la variété , rappelle les prairies des plaines fertiles. A la fin de juin leurs hautes herbes, leurs sauges, leurs chrysanthèmes, etc., vous enfouiront jusqu’à la ceinture, sinon par-dessus la tète. Les pelouses de la région supérieure , au contraire , sont formées par un gazon « presque aussi court, dit Rambert, et tout aussi bien fourni que ces gazons de luxe sur lesquels on fait passer le rouleau et qu’on rase tous les dix jours. Les plantes dont il est formé sont basses; mais les corolles sont grandes, et il en est tout émaillé. On

dirait des tapis et des broderies; souvent on est embarrassé de savoir où poser le pied, tant les fleurs sont serrées et le parterre épanoui.

« C’est un phénomène commun dans la flore des Alpes que ce luxe de fleurs, et tout le reste, tige et feuillage, lui est en quelque sorte sacrifié. Il semble que les plantes consacrent toutes leurs forces vitales et emploient tout le temps qui leur est donné, à fleurir et à fructifier, et que les autres fonctions ne soient pour elles qu’un accessoire. »

Le nombre est inouï d’espèces que l’on peut moissonner en une courte herborisation, dans un de ces étroits vallons qui s’ouvrent au-dessus des forêts, réunissant sur un espace restreint une llaque d’eau, un ruisseau, un endroit plat puis en pente, un gazon humide puis sec, des rochers, des éboulis, peut-être une moraine de glacier, peut-être un côté calcaire et l’autre granitique (car il y a des plantes qui fuient le calcaire : l’arolle et le châtaignier sont dans ce cas parmi les arbres, et d’autres qui le cherchent). Chaque plante ayant sa station préférée, un coin perdu , un pli de terrain à peine indiqué sur les cartes pourra rassembler la moitié de toute la richesse florale des hautes Alpes.

Nous ne pouvons avoir la prétention de donner même une idée approchée de l’ensemble des plus remarquables ; mais nous ne pouvons omettre celles que tout le monde remarque, par exemple, le rhododendron , la plante alpine par excellence. « Non- seulement, dit Rambert, il n’existe pas dans les plaines environnantes, mais encore on n’y voit rien qui lui ressemble. Ce n’est pas l’espèce, c’est le genre lui-même qui est alpin. Aussi le premier buisson que l’on en rencontre fait-il événement dans chaque excursion, et se voit-il bientôt dépouillé pour orner bouton-

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