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CHAPITRE XII

nières, chapeaux et corsages... Pour les enfants des Alpes, le rhododendron c’est la patrie. N’en envoyez point à ceux qui vivent à l’étranger, car il en est comme du ranz des vaches: il donne le mal du pays. »

La cotonnière ou pied-de-lion ( Edelweiss ), qu’on appelle souvent immortelle des Alpes, décoration de rigueur au retour des excursions dans les hauts parages rocheux, les vingt à trente espèces de gentianes bleues, rouges, jaunes, panachées; les anémones aux couleurs plus éclatantes et plus variées encore; la belle paradisie blanche, ou lis des Alpes; les armoises odorantes, les saxifrages trapues, les jolies androsaces, les myosotis bien-aimés, les soldanelles lilas, les grasset tes blanches, les véroniques bleues, les auricules jaunes, les silènes roses, les orchis bizarres, les thyms odorants, les achillées , les séneçons, les potentilles, les violettes, et tant d’autres, appelleront à l’envi les regards et l’attention du promeneur. Et dans cette foule de plantes presque pas de vénéneuses; seulement l’aconit napel, le vératre blanc, quelques anémones et renoncules mal famées, et pas une seule narcotique! toutes toniques, balsamiques, amères ou astringentes, les simples, les réconfortants de la vieille et bonne médecine hygiénique.

Et, mêlés à ces plates-bandes de jardin botanique, seront des encadrements de ces matelas élastiques que forment avec les mousses les myrtilles , les airelles ou autres bruyères, offrant au repos du voyageur des divans disposés devant les plus splendides points de vue. C’est là qu’il fera son bouquet, et que, cherchant à lui faire une couronne protectrice et un lien d’attache, il verra que l’élégance et la beauté de la végétation montagneuse s’étend jusqu’aux graminées, jusqu’à ces humides et vulgaires plantes dont Linné a dit d’une manière si spirituelle et si juste: Gramina plebeii , rustici, pauperes, culmacei.

regni vegetabilis vim et robur constituentes , quoque mctgis mulclati et calcati, magis multiplicativi . « Les gramens sont le peuple, rustique, pauvre, content de peu, mais constituant la force et la puissance du règne végétal ; plus on les tourmente et plus on les foule aux pieds, plus ils se multiplient. »

Mais ces plantes du gazon, le pain quotidien des nombreux troupeaux qui peuplent et enrichissent la montagne, nous rappellent que nous avons à parler des animaux et des caractères que leur imprime l’habitation des hauteurs.

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