LES ANIMAUX DES MONTAGNES
Partout , avec la paix , mouvement qui l’anime ,
Des troupeaux de chamois qui volent sur l’abîme, Chevreuils rongeant l’écorce, écureuils dans les bois, Chants de milliers d'oiseaux qui confondent leurs voix , Vols d’insectes dorés, et bourdonnements d’ailes,
De leurs prismes flottants semant les étincelles,
Fleurs partout sous mes pas et parfums dans les airs, Voilà ce que le ciel a fait pour ces déserts.
Lamartine.
Les animaux ne sont pas liés au sol comme les végétaux ; la facililé avec laquelle ils se déplacent pour chercher leur proie ou fuir un danger, l'ait qu’il est bien difficile de les répartir suivant des zones d’altitude, et même de distinguer des espèces propres aux plaines et des espèces propres aux hauteurs.
Mais il est évident que tous les animaux qui habitent les montagnes en subissent l’influence, et que cette influence est analogue à celle qu’éprouvent les végétaux, savoir : plus de vitalité et plus de résistance, parce que la lutte pour l’existence est plus fréquente et plus rude.
L’air pur et vivifiant diminue les chances de maladies, si les pentes augmentent les chances d’accidents. La fécondité plus grande compense les difficultés de la vie nées de la rigueur du climat. Les faibles succombant vite, il reste les belles espèces el les robustes individus.
A la montagne, comme partout où règne l’homme, on peut diviser les animaux en deux groupes, celui des soumis et celui des insoumis, les animaux domestiques et les animaux sauvages. Commençons par ceux-ci.
Les animaux inférieurs ne présentent, à vrai dire, rien de bien particulier dans les pays de montagnes. La grouillante armée des insectes et autres destructeurs, chargés du grand rôle de faire disparaître tour à tour les êtres organisés et leurs débris pour faire place à d’autres et renouveler la vie, est là comme partout à son poste, sous d’innombrables séries d’innombrables formes.
Mais on remarque immédiatement que les espèces sonL plus qu’ailleurs douées de cette propriété d’avoir leur vie seulement interrompue par le froid, et d’en exécuter chaque phase en plusieurs fois, ce qui peut leur donner une longévité inconnue dans la plaine. Sur ces pelouses alpines dont nous avons signalé le rapide développement au milieu des neiges, la vie animale apparaît aussitôt que la vie végétale, et les insectes éclosent en même temps que les fleurs. « Tous, dit Tschudi, passent leur hiver engourdis, les uns à l’étaL parfait, les autres à l’état de larves ou de nymphes. Au printemps, le premier souffle du fœhn en réveille une partie comme par enchantement ; au second , d’autres en plus grand nombre renaissent à la vie; bientôt ce nombre est doublé, quadruplé, et, dans le cours d’une seule semaine chaude de printemps, on en voit des myriades sortir de leurs retraites. Dans le bas des montagnes, cette apparition des insectes a lieu graduellement selon la saison , et en suivant la série des familles ; mais dans le haut, presque tous apparaissent à la fois, comme s’ils étaient pressés de mettre à profit les quelques jours d’été qui leur sont accordés. »
Les poissons et les reptiles ne doivent pas nous arrêter; ils sont relativement moins nombreux dans les montagnes que dans les pays de plaines, ce qui tient probablement au plus grand développement d’énergie des animaux supérieurs qui les détruisent.