CHAPITRE XII
Mais il faut dire le contraire des oiseaux, qui tiennent une place importante à la montagne, et y trouvent, dans l’abondance des forêts et dans la variété de la végétation , des conditions de prospérité que n’offre pas la plaine.
Les oiseaux ont un rôle providentiel à remplir dans les hautes régions: ils sont les protecteurs de la végétation, <pii sauve la montagne, contre les classes inférieures d’animaux qui feraient disparaître à la fois les plantes et les mammifères qui s’en nourrissent.
Les Alpes, par leur situation centrale, sont, pour ainsi dire, le rendez-vous de tous les oiseaux d’Europe. On peut y rencontrer, avec leurs nombreuses espèces sédentaires, toutes les espèces voyageuses. Les populations du revers italien font de ces dernières, au moment du passage, d’effroyables massacres, qui finiront par faire un tort sensible à leur agriculture. L’hirondelle, qui partout est protégée par l’opinion publique, n’échappe pas aux filets des chasseurs tessinois ou italiens. On a dit que c’est un crime de tuer l’hirondelle; on peuL dire au moins que c’est une coupable sottise.
L’hirondelle passe, mais ne s’établit pas volontiers dans les montagnes; il n’en est pas de même d’un oiseau de sa famille, qui est peut-être le meilleur voilier de l’Europe, le fameux martinet à ventre blanc; cette charmante petite bête niche dans les grandes Alpes, et on la voit souvent poursuivre les insectes jusque dans les villes de la plaine.
Un des plus célèbres oiseaux de passage est la cigogne; elle ne séjourne pas dans les Alpes, mais va s’abattre dans les hautes plaines suisses ou allemandes, où elle est toujours bien reçue, rendant toujours, comme les précédents, ses services de destructeur d’animaux nuisibles, sans les faire payer par aucun dégât.
On devrait rendre la même justice d’abord à ce tra-
vailleur forestier, qu’on nomme le pic, l’ennemi acharné des insectes qui dévorent le bois, et par conséquent le sauveur des arbres; comme aussi à tous ces petits babillards de buissons, bec- fins, roitelets, traquets, et à ces ravissants chanteurs, la fauvette, le rouge-gorge, la grive musicienne et l’incomparable rossignol. Toutes ces espèces et mille autres remplissent la montagne, et font résonner les forêts de leurs chants: bouvreuils, tarins, pinsons, chardonnerets , bruants , alouettes , bergeronnettes , mésanges, fourmillent dans tous les fourrés, tandis qu’au fond des bois se font entendre les merles , les coucous et les coqs de bruyère.
Nous devons une mention spéciale aux mangeurs de chair, qui ont un rôle important comme assainisseurs de la montagne. La famille des corbeaux y compte de nombreux représentants, notamment le premier par la taille, le grand corbeau solitaire ou corbeau de saint Benoît, gros comme une poule. Les oiseaux de proie nocturnes, hiboux et chouettes, sont aussi très-nombreux; mais plus visibles sont les oiseaux de proie diurnes, comme l’épervier, la buse, la cresserelle et l’autour. Grâce à tous ces employés de la voirie de la création, le sol de la montagne est sans cesse nettoyé et purgé, ce qui n’est pas pour l’homme un petit service.
Nous clorons cette énumération par deux genres célèbres de grands rapaces, auxquels toutes les grandes montagnes d’Europe, mais surtout les Alpes, servent d’asile : ce sont les gypaètes et les aigles.
« Le gypaète barbu, ou læmmergeier, ou vautour des Alpes, est, ditTschudi, le plus grand des oiseaux de proie d’Europe... Il tient le milieu d’une manière assez frappante entre l’aigle et le vautour proprement dit. Il a la couleur, le plumage, la grandeur, la voracité du premier;