‹ Les montagnesChapitre 288 sur 313 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

mais il n’a pas son air fier el sa pose hardie. Il se rapproche du vautour par la structure de son bec, de ses pieds et de ses ongles, comparativement faibles, par la sécrétion d’une pituite fétide, par l’habitude qu’il a de ne pas emporter sa proie dans son aire, mais de la dépecer sur place, comme de s’en emparer, non par une audacieuse attaque, mais en la précipitant dans l’abîme... Ce que peut contenir l’estomac d’un gypaète est à peine croyable, et dépasse tout ce qu’on pourrait imaginer, d’après ce qu’on connaît de la voracité et de la puissance digestive des oiseaux européens du même genre. » 11 digère sa proie avec les os, enlevant les petits animaux, et dévorant les gros sur place, après les avoir, non pas attaqués, il est trop lâche, mais effrayés et jetés à coups d’ailes dans quelque précipice. On cite de curieux cas de défense de la part de carnassiers, ses confrères. Tschudi raconte celui-ci : « Près du Drachenloch, non loin d’Alpnach, dans le canton d’Unterwald, un gypaète ( lig. 100) s’était emparé d’un renard vivant et l’emportait dans les airs. Celui-ci réussit, en allongeant le cou , à saisir son ravisseur à la gorge. Le gypaète étranglé tomba mort sur la terre, et maître Reinecke prit en boitant, mais le cœur joyeux, le chemin de son logis : il est probable qu’il n’oublia de sa vie sa périlleuse expédition aérienne. »

L’aigle royal , plus connu que le gypaète, est aussi plus répandu et plus redoutable encore. 11 a presque la taille du précédent, c’est-à-dire plus d’un mètre de long sur trois d’envergure. Il n’a aucun rival pour la force dans le climat européen; on conçoit que les anciens, qui ne connaissaient pas le gerfaut, en aient fait le roi des oiseaux. On en a vu un, au Sentis, enlever un mouton de soixante livres, et le transporter assez loin.

Le fait d’enlèvement d’enfants, qui est plusieurs fois arrivé pour le læmmergeier, est aussi constaté pour l’aigle.

Fig. 160. — Gypaète enlevant un renard.

Voici un fait authentique que cite Tschudi : « Dans un village des Grisons, un aigle royal fondit sur un enfant de deux ans, et l’enleva. Attiré par les cris (fig. 161), le père poursuivit le ravisseur sur les rochers, et réussit à grand’peine à lui faire lâcher son pesant fardeau. L’enfant, cruellement maltraité , et dont les yeux avaient été crevés,

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