‹ Les montagnesChapitre 289 sur 313 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

mourut peu de jours après. Le père guetta longtemps le meurtrier, qui rôdait toujours dans la contrée, et il finit par le prendre vivant au traquenard. Mais, dans sa fureur, il se jeta sur lui avec tant d’imprévoyance, que l’oiseau, avec le bec et la patte qui lui restait libre, lui fit encore de profondes blessures. Quelques voisins, accourus sur le lieu du combat, tuèrent à coups de bâtons l’aigle prisonnier, qu’on voit aujourd’hui empaillé à Winterthur. »

Nous voici arrivés aux mammifères. Ceux qui vivent dans la montagne à l’état sauvage sont presque uniquement des réfugiés, qui ont cherché, dans ces solitudes glacées, un asile contre la poursuite de l’homme. Mais nos montagnes européennes sont tellement conquises et habitées par l’homme, que le nombre de ces fugitifs ne peut pas être bien grand.

Les plus nombreux sont les plus petits, que leur taille exiguë dérobe facilement à la poursuite : souris et rats de toutes sortes, mulots et campagnols, musaraignes, taupes et hérissons, martes, fouines, putois, hermines, belettes, blaireaux et renards fourmillent dans tous les trous, sous tous les fourrés. Les gentils écureuils sautent dans tous les arbres; le lièvre des Alpes, blanc en hiver et gris en été, gîte dans les grandes herbes des clairières; le loir dormeur, et, plus près des neiges, la célèbre marmotte (lig. 102). multiplient les terriers où ils s’endorment l’hiver. Les petits Savoyards ont fait connaître à toute l’Europe ces dernières petites bêtes et leur gentillesse. Mais il est difficile de les voir en liberté, et si quelques touristes, dans les ascensions de montagnes neigeuses, ont pu souvent entendre leurs sifflements, il en est peu qui aient vu leurs ébats et leurs jeux. La chasse qu’on leur fait est tellement

Fig. 161 . — L’aigle ravisseur d’enfant,

active, qu’il est à craindre que l’espèce ne disparaisse bientôt entièrement.

Fig. 162. — Marmottes.

Ce fait est arrivé déjà pour bien des gibiers de montagne. Les Alpes, au temps des villages lacustres, contenaient une énorme quantité d’animaux herbivores aujourd’hui disparus: élans, aurochs, bisons, sangliers, daims et cerfs, détruits successivement, et les derniers seulement dans le xviii® siècle. Le bouquetin, qu’on a cru plusieurs fois éteint, y est au moins extrêmement rare;

Page 1