CHAPITRE XII
sont enfoncées jusqu’aux genoux dans la boue... Mais une ou deux des plus belles vaches manquent à l’appel : elles sont étendues, les membres fracassés, au fond du précipice. »
Les chèvres, qui viennent après les vaches sous le rapport de l’importance, sont des animaux faits exprès pour la montagne; mais « ce ne sonl pas, comme dit Rambert, chèvres de plaine, casanières, paresseuses, sentant l’écurie; ce sont chèvres de montagne, proprettes, au poil soyeux, aux hanches bien fournies, au pied léger, à la tète étroite et line, à l’œil vif, et portant cornes sur le front. Il y en a de toutes blanches, mais en petit nombre; il y en a aussi de toutes noires; plusieurs sont tachetées et mouchetées; plusieurs ont le pelage roux des chamois en automne; et rien n’est vivant comme les pelouses semées de buissons, de tertres, de blocs en voyage , où se répand au hasard ce petit peuple varié (lig. 1G6). »
Les touristes rencontrent souvent dans la campagne ces pittoresques troupeaux de chèvres, gardés par de petits chevriers aussi agiles et aussi grimpeurs que leurs bêtes. Les chèvres des passages de montagnes fréquentés par des étrangers suivent familièrement ceux-ci pendant des heures pour obtenir un morceau de pain. Malheureusement ces jolies bêles causent d'immenses dommages à la montagne, en dévorant les jeunes pousses des arbres, et détruisant ainsi l’espoir des forêts. Une sévère administration forestière serait nécessaire pour (pie, tout en restant une utile ressource aux pauvres habitants, elles n'appauvrissent pas les communes elles-mêmes.
Les moulons, qui sont à peine aussi nombreux que les chèvres en Suisse, sont plus nombreux dans les autres montagnes d’Europe. Ils sont plus faciles à conduire en troupeau, et font moins de tort à la montagne que les
Fig. 166. — Chèvres montant an pâturage.
chèvres. Ils ont, du reste, aussi le pied montagnard, et préfèrent l’herbe courte et aromatique des hauteurs neigeuses aux gras pâturages des régions moyennes. Il y a tout lieu de croire que notre mouton domestique n'est que le résultat de l'abêtissement , par les soins et la domination de l’homme, d’un type originairement montagnard, le mouflon de Corse et de Candie.
Nous ne dirons rien de l’espèce porcine, qui a probablement peu d’intérêt pour nos lecteurs, sinon que leurs nombreux représentants, dans les écuries basses des chalets de montagne, pourront, par l’heure mal choisie de leurs concerts et de leurs conversations nocturnes, faire passer de mauvaises nuits à ceux de nos lecteurs qui se trouveraient quelque soir dans la nécessité d’accepter l’hospitalité et la couche de foin de ces chalets.
Nous 11e passerons pas sous silence ces braves chevaux de montagne, à l’allure lente, mais 'au pied sûr, auquel plus d’un de nos lecteurs aura l’occasion de confier sa vie dans quelque rude passage (fig. 167). Ges fortes et intelligentes bêtes ne doivent pas être conduites comme nos chevaux de plaine; ce sont elles qui conduisent leur voyageur, et l’on n’a rien de mieux à faire qu’à leur laisser la bride sur le cou, quelque mauvais que soit le temps ou le sentier. C’est réellement un secours bien apprécié des dames ou des marcheurs novices, que de trouver à propos, pour une longue ascension, un de ces bons animaux. Il monte courageusement les pentes les plus roides, portant le voyageur et son bagage, et souvent aussi traînant par surcroît son conducteur pendu à sa queue. Mais il n’aime pas à descendre, et s’arrête souvent de lui-même en haut des descentes, auprès d’une pierre bien choisie, pour engager son voyageur à mettre pied à terre. On peut être sûr, si l’on se rend à cette invitation, qu’il s’arrêtera au pied de