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CHAPITRE XII

l.liS HOMMES DES MONTAGNES

Nous voulons être un seul peuple de frères;

Aucun danger ne pourra nous désunir!

Nous voulons être libres comme l’ont été nos pères; Plutôt mourir que vivre dans la servitude!

Nous voulons mettre en Dieu notre confiance,

Et nous ne craindrons rien du pouvoir des hommes. Sciiiu.er. ( Guill . Tell, serment du Grutli. )

Il su l'I i t de prononcer le mot de montagnard pour éveiller l’idée d’un homme robuste, actif, persévérant, brave, généralement honnête et de bon sens, aimant la liberté, enfin sincèrement religieux.

Ces qualités sont le résultat presque nécessaire de l’éducalion à la montagne. Pour les hommes, comme pour les animaux et les plantes, les difficultés excitent la réaction vitale, l’exercice et la lutte perfectionnent les organes en les fortifiant ; mais ici intervient en plus la raison de l’homme; la variété des événements et la nécessité de la vigilance donnent l’expérience et forment le jugement; le sentiment du danger encourage l’esprit d’association et de dévouement ; l’aspect de l’espace et des splendeurs de la création dont le montagnard se sent le maître, augmente chez lui le sentiment de sa dignité morale, en même temps que sa petitesse et sa faiblesse devant les immenses forces de la nature lui imposent le respect et l’amour du Dieu créateur.

Le témoignage de ce fait esl dans la réputation qu’ont chez toutes les nations les habitants des contrées montagneuses, ceux de l'Ecosse, de l'Auvergne, des Vosges, de la forêt Noire, de la Saxe, du Tyrol, etc., comme ceux de la Savoie ou de la Suisse.

Il n’y a pas de voyageur dans ce dernier pays dont la relation ne constate une impression de ce genre. Nous pouvons résumer le jugement général dans ces lignes de Lamartine, qui dit au sujet des Alpes suisses : « On y est frappé du caractère majestueux, simple et patriarcal de la race humaine. Les hommes y sont de haute stature, de forte charpente, de solide aplomb sur leurs pieds, de visage calme, de regard franc, de bouche sans pli et sans ruse, de front large, poli, élevé... Ce peuple est resté antique dans nos jours modernes. Le Suisse est un paysan éternel: il est pieux, il est naïf, il esl laborieux; il est berger, il est cultivateur, il est patriote; il est soldat, il est artisan , il est libre surtout ; il ne marchande pas sa vie contre la servitude. »

Il est curieux de remarquer que de même que le premier volume de Saussure sur les Alpes débute par un éloge des Savoyards , celui de Ramond sur les Pyrénées débute par un éloge des Béarnais: « Rien, dit-il, de si intéressant que ce peuple, libre par son caractère bien plus que par ses privilèges, spirituel et vif, élégant, quoique sans culture, dont le noble est sans hauteur, et le cultivateur sans grossièreté, chez lequel de vieux usages et un vieux langage en honneur attestent et nourrissent l’amour de la patrie.

Pour 11e pas rendre jalouse l’autre nation gardienne des Pyrénées, celle des Basques, nous citerons ce que dit d’elle un intelligent voyageur, M. Poitou : « Peuple intelligent et énergique, spirituel et brave, aventureux et hardi; peuple d’agriculteurs et de chasseurs, de soldats et de marins, qui a gardé intacts, depuis vingt siècles, à travers des luttes incessantes, sa langue, ses mœurs, ses costumes et son amour de la liberté. »

Il serait long et assurément superflu d’ajouter de non-

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