CHAPITRE XII
velles citations pour prouver cette thèse. Le caractère spécial imprimé par la montagne aux populations qui l’habitent sera certainement pour nos lecteurs, clans leurs futurs voyages, le l'ait qui les frappera tout d’abord, comme il a frappé Saussure et Ramond. Ils verront qu’au point de vue physique, on peut dire des montagnards, d’une manière générale, avec Reclus : « qu’ils se distinguent par le courage et la solidité. Leur vaste poitrine, enfermant des poumons à cellules plus larges et plus nombreuses que les poumons des habitants des plaines, s’emplit d’un air à la fois plus pur et plus léger; leurs yeux, habitués à regarder du haut des promontoires dans les vallées profondes, à discerner de loin l’animal qui se blottit dans le creux des rochers, sont fiers et brillent d’un éclat perçant; leurs traits sont hardis, leur tête est noblement posée; d’une allure égale et tranquille, d’un pas assuré, ils gravissent les rochers abrupts, et bondissent sur les glaciers, poursuivant les chamois. »
C’est aux (êtes pastorales, qui réunissent périodiquement dans quelques emplacements traditionnels les populations des montagnes, que l’on peut avoir une juste idée de ce qu’elles ont su acquérir et conserver de force et de vigueur, en même temps que de gaieté franche et de cordiale simplicité. Après que le but religieux ou patriotique de la réunion a été accompli (avec cette attention sérieuse qui n’étonne, hélas ! que les Français), l’heure des divertissements arrive : les exercices de force et d’adresse y ont toujours la place d’honneur. La lutte corps à corps (fig. 169) y est devenue un art, un exercice national, où la loyauté et la cordialité ont inspiré les règles, les jugements et les récompenses. D’autres exercices, comme celui du jet d’une énorme pierre à une distance déterminée, traditionnel en Suisse depuis Morgarten, partagent
Fig. 169. — Fête pastorale en Suisse : les lutteurs.
avec la lulte la curiosité et les applaudissements de l’honnête et joyeuse assistance.
Si les jeux et les fêtes des jours de repos sont marqués par de telles manifestations desforcesphysiques, on conçoit quels résultats les hommes qui en sont capables peuvent accomplir dans leurs jours de travail.
Plus d’une de nos lectrices, à qui l’âge ou la santé ne permettent pas de suivre à pied les excursions d’une heureuse jeunesse , pourra en faire l’expérience en confiant sa vie à ces robustes porteurs (fig. 170), qui dans toutes les montagnes aujourd’hui peuvent emmener en toute sûreté des personnes faibles ou infirmes là où un cheval ne passerait jamais.
Mais souvent le travail ordinaire qu’il faut accomplir pour gagner sa vie à la montagne est plus
Fig. 17U. — Chaise à porteurs.
pénible encore. Pour donner une idée des difficultés spéciales que présente l’exploitation de la montagne, et de l’audace habituelle qu’elle