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CHAPITRE XII

de ces pauvres gens, un de ces « effrénés prôneurs, comme dit Toppfer, d’un progrès stérile, qui a pour dernier terme l’homme moins l’être moral ; le corps de l’homme moins son âme; son toit, son manger, son habit, sa cravate et son faux toupet, mais non son cœur, le seul point pourtant d’où procèdent pour lui heur et malheur; » ils pourront lui répéter ce que dit si bien, pour faire honte à certains catholiques, le protestant Toppfer: « Touriste, les Valaisans ont du goitre, c’est sûr; mais les Valaisans s’aiment entre eux; ils rattachent leurs devoirs, leurs vertus, leur patiente douceur, ces soins qu’ils donnent à leurs crétins, à la foi qui vit dans leurs cœurs, qui allège leur pauvreté, qui suffit à leurs fêtes, comme elle les soutient à

leur lit de mort. Les Valaisans ont du goitre; mais ils se pressent dans leurs pauvres églises ; ils écoutent avec une simplicité qui est bien loin de toi, et que tu regrettes peutêtre, la messe du dimanche; ils s’abreuvent à une source élevée; ils savent et sentent leur âme vivante et immortelle; ils n’ont point perdu, dans le tourbillon du progrès et dans le tapage de la civilisation, jusqu’au souvenir de leur origine et de leur destinée céleste. Les Valaisans ont du goitre; mais ils sont humains, hospitaliers, fidèles, et à la guerre ils savent servir une cause en mourant à leur poste ! »

Le goitre, hélas! n’est pas la seule infirmité des habitants de la montagne. 11 y a, dans bien des vallées, des goitres moraux, peut-être plus désagréables encore pour les visiteurs; mais le plus souvent ces derniers eux-mêmes en ont été la cause primitive. Pour n’en citer qu’un exemple, c’est le cas de l’esprit de mendicité et de cupide exploitation de l’étranger, qui frappera souvent les yeux dans les pays d’excursions à la mode, surtout dans l'Oberland bernois et dans la plupart des vallées italiennes. C’est,

hélas! un défaut apporté de la plaine, et les touristes qui ont voyagé en France, dans les villes d’eaux ou les bains de mer, y sont déjà fort habitués.

Nous ne pouvons prononcer ce mot de France sans ramener, en terminant, notre pensée vers notre cher pays; disons notre pauvre pays, car ce retour est triste. 11 ne faut pas se le dissimuler, lorsqu’on rentre des Alpes suisses dans les Alpes françaises , et même dans des montagnes moins rudes et moins indomptables, comme celles de notre plateau central, on est péniblement frappé de la comparaison. En Suisse, les vertus de la montagne ont souvent sauvé la plaine ; en France, les vices de la plaine ont souvent tué la montagne. Sur d’immenses surfaces, des contrées entières nous montrent celle-ci déchue, abandonnée , décharnée , sans verdure et sans mouvement. L’habitant est vaincu : il est mort ou il a fui. Il faut y réfléchir, avant d’accuser l’incurie et l’ignorance de ceux qui restent: à qui ne pourrait-on pas faire aujourd’hui ce double reproche en France?

Ne récriminons pas, agissons ! Que la réaction qui doit nous sauver se produise partout ! De même que les mâles exigences de notre organisation militaire vont, espérons-le, sauver notre jeunesse par l’épreuve du sacrifice, de l’obéissance et du travail, de même notre appauvrissement financier, qui va nécessiter pour le pays la mise en œuvre de toutes ses ressources, peut être l’occasion de travaux ou d’institutions qui lui vaudront plus tard une prospérité inespérée.

Parmi ces travaux, la place d’honneur appartiendra peut-être à celui de repeupler les déserts de nos montagnes , et de reconstituer ainsi les réservoirs de fécondité du sol national. Ce ne sont pas seulement des aménagements matériels, des reboisements, des digues et des

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