OU A PITRE I
Bordeaux sur la Garonne, Lyon sur le Rhône, Cologne sur le Rhin, Vienne sur le Danube. Mais il y a encore loin de Calais à Douvres, puisqu’on propose de dépenser des centaines de millions pour les rapprocher par un tunnel, un pont, un tube ou un isthme, qui traversent le Pas-de- Calais; ii y avait loin de Chambéry à Turin, puisqu’on a mis 120 millions et dix ans de travail pour trouer le mont Cenis, et mettre ces deux villes à quatre heures de distance.
Les larges mers et les hautes montagnes présentent donc à ceux qui les franchissent des difficultés à peu près équivalentes, et sont considérées les unes et les autres comme des limites du premier ordre. Il n’y a de plus infranchissable qu’un grand désert.
La mer a ses bornes précises au delà desquelles l’homme n’est plus sur son domaine ; il devient le jouet de forces aveugles et capricieuses qui ne connaissent ni amis ni ennemis : la part de la chance est trop grande.
La montagne sépare moins et défend plus; elle n’a pas de commencement précis : c’est une suite d’obstacles, où celui qui sert de borne est souvent choisi arbitrairement. Mais les intervalles entre ces obstacles sont habités par des populations spéciales, aimant leur sol, jalouses de leur liberté, fortes et honnêtes, hospitalières pour les amis, terribles pour les ennemis, qui sont elles-mêmes l’obstacle le plus redoutable à opposer à une invasion, et font d’une chaîne de montagnes la plus agréable et la plus sûre des frontières.
PAYS DE PLAINES ET PAYS DE MONTAGNES