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COMPARAISON DES PYRÉNÉES ET DES ALPES

J’ai vu les hautes Alpes... Mais quiconque s’est rassasié de leurs horreurs , trouvera encore ici des aspects étranges et nouveaux. Du mont Blanc même il faut venir au mont Perdu : quand on a vu la première des montagnes granitiques, il reste encore b voir la première des montagnes calcaires.

Ramond , Voyage au mont Perdu.

G’esl une querelle fréquente entre voyageurs qui n’ont vu qu’une des deux chaînes, de comparer les beautés des Pyrénées avec celles des Alpes. Nous ne pouvons citer, pour vider celte querelle, de témoignage plus impartial et plus décisif que celui de M. Elisée Reclus.

« Dans leur ensemble, dit-il, les Pyrénées sont beaucoup moins variées que les Alpes, et n’offrent, en comparaison, qu’une organisation rudimentaire. Elles bornent l’horizon de leur muraille uniforme, hérissée de pointes comme une longue scie (sierra), et, vus de la plaine, les contre- forts sur lesquels elles s’appuient apparaissent à peine. Bien que, d’après Humboldt et Ritter, la hauteur moyenne de la crête centrale des Pyrénées soit d’environ 100 m plus élevée que celle des Alpes, et que les plaines de la France soient plus basses que celles de la Suisse, cependant cette plus grande élévation relative fait moins d’effet à cause de la disposition régulière des pics et de la ressemblance de leurs formes.

« C’est à peine si quelques sommets des Pyrénées dépassent de 6 à 800 m la hauteur moyenne de 2,450 m;

tandis que, clans les Alpes, beaucoup de montagnes s’élèvent à 2,000 et 2,500 m au-dessus de la hauteur moyenne de 2,350 m, et le mont Blanc dresse son sommet jusqu’à plus de 4,800 m. En même temps, les cols des montagnes alpines sont beaucoup plus profondément entaillés , et s’ouvrent comme d’immenses coupures dans la masse de la chaîne. Dans les Pyrénées, les cols sont souvent de simples plateaux régnant sur le sommet de la crête, ou bien des cheminées, sombres ravines creusées dans le roc par le travail séculaire des agents atmosphériques.

« Les grands pics de la Suisse sont isolés : gigantesques pyramides, dont la base seulement est engagée dans le massif, ils se dressent dans leur superbe et fière majesté, hérissant leur crête de pitons, d’aiguilles et de dents; tandis que les monts des Pyrénées sont le plus souvent de simples cônes posés sur le bourrelet du soulèvement. Des montagnes d’une grande importance géologique , comme le Néouvieille et les monts d’Oo et de Clarabide, se distinguent à peine par le relief des hauteurs qui les environnent. Les pics qui se dégagent nettement du reste de la chaîne, comme le Canigou, le pic du Midi d’Ossau et la Maladetta, sont peu nombreux. »

La supériorité principale des Alpes est la grande diversité d’aspect que produit la disposition rayonnante de ces montagnes autour de certains points centraux. Quand on est dans la vallée du Rhône ou dans celle du Tessin, on voit, au nord comme au sud, se dresser les sommets couverts de neige , et de tous les côtés l’horizon est borné par les glaciers et les aiguilles ; on est tout à fait dans le cœur d’un pays de montagnes; la plaine a complètement disparu ; rien ne la rappelle plus au souvenir. La chaîne plus simple des Pyrénées, au contraire, est trop uniforme et trop étroite pour que l’on perde complètement de vue

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