‹ Les montagnesChapitre 54 sur 313 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

les campagnes étendues à la base ; il suffît de descendre le cours du torrent pendant quelques heures, ou de monter sur la cime de la première montagne, pourvoir aussitôt reparaître à l’horizon la plaine bleuâtre derrière les contre- forts abaissés.

A cause de l’absence des vallées longitudinales, les grands lacs, une des beautés spéciales aux Alpes, manquent presque absolument aux Pyrénées. La pente presque uniforme des versants a partout procuré à l’eau un écoulement facile, et c’est à peine si l’on trouve çà et là quelques petits bassins d’eau, le plus souvent glacée, suspendus aux flancs de la montagne : pauvres et simples cuvettes que l’on décore du nom de lacs, et qui sont à peine des étangs.

Une autre grave infériorité des Pyrénées, c’est qu’elles ne possèdent pas, à vrai dire, de véritables glaciers; on n’y trouve que ces larges champs de glaces que Hitler appelle glaciers de sommets , pour les distinguer des glaciers de pentes qu’on trouve dans les Alpes, et qui descendent toujours bien au-dessous de la région des derniers arbres. 11 en résulte que cet admirable contraste qu’offrent les Alpes, où l’on voit, dans de fertiles vallées, la verdure des prairies et des arbres fruitiers, touchant presque l’âpre muraille de glace, ne se trouve pas dans les Pyrénées.

An point de vue purement géographique, les Pyrénées n’ont qu’une importance locale , tandis que les Alpes forment le relief central de l’Europe autour duquel se sont groupés tous les plateaux et toutes les plaines de l’Europe. « Environ un quart de l’eau qui tombe en Europe , dit Reclus , s’accumule dans les réservoirs des Alpes. Les Pyrénées, plus modestes, n’en recueillent que les trois centièmes environ , et n’alimentent que deux

fleuves de quelque importance : au sud, l’Ébre, actuellement rendu navigable dans sa partie inférieure par un système d’écluses; au nord, la Garonne, bordée d’un canal latéral dans tout son cours supérieur et moyen, vraiment navigable seulement dans sa partie inférieure, qui se termine par un estuaire d’eau salée. Sous tous les rapports, il est donc certain que les Pyrénées sont, en comparaison des Alpes, une chaîne d’importance secondaire; et même ce fier Castillan qui, par orgueil national, avait fait une carte d’Europe représentant une femme dont l’Espagne était la tète, n’avail pu faire des Pyrénées que le collier de la souveraine, tandis que les Alpes en étaient la ceinture. »

11 faut dire cependant, pour être juste, que les Pyrénées ont des beautés qui leur sont propres, surtout aux deux extrémités, où les masses rocheuses viennent plonger dans les deux mers. Une beauté spéciale est due au climat du côté de l’Espagne et dans le Roussillon, où les, rochers arides et blancs réfléchissent cette splendide lumière des pays méditerranéens; où les oliviers, les palmiers, les herbacées gigantesques transforment l’aspect des paysages. On sent la justesse du mot de Michelet:

« Les Pyrénées séparent l’Europe de l’Afrique, cette Afrique qu’on nomme Espagne. »

D’un autre côté, des spectacles aussi grandioses que ceux des Alpes se rencontrent dans le massif central , où sont les parties calcaires de la chaîne; c’est là que sont creusés ces cirques immenses, Bielsa, Troumouse Estaubé, Gavarnie, « environnés de gradins, dit notre auteur, où pourraient siéger des nations entières ; c’est là que les montagnes se dressent en tours, en murailles, en escaliers, comme si, d’après l’expression de Ramond, un peuple de géants eût appliqué l’équerre et le niveau à la

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