CHAPITRE III
peu de temps une idée sommaire des principales beautés des Ail >es: d’abord, parce que la chose a été faite cent fois, au commencement des nombreux Guides des voyageurs qui ont entrepris la difficile, mais très-utile, tâche de donner aux excursionnistes les détails et renseignements nécessaires en chaque point de leur itinéraire, mais aussi parce que nous sommes tout à fait de l’avis d’E. Rambert, qui dit dans un charmant chapitre de scs Alpes suisses :
« De combien de jouissances ne se prive-t-on pas, lorsqu’on se borne, comme tant de voyageurs, à des tournées superficielles , (pii vous font passer en quelques jours de Chamounix à Zermatt, de Zermatt dans l’Oberland , etc. etc. ! Les voyages en zigzag sont excellents pour amuser une troupe d’écoliers en vacances, ou pour prendre une première idée générale des chaînes alpines; mais de même que ce n’est pas le moyen d’acquérir l’expérience de la montagne, ce n’est pas non plus celui de jouir de celle splendide nature et d’en bien sentir la beauté. Il faut vivre avec les Alpes; celui qui est né montagnard voudra les voir souvent, longuement et de près. Il choisira pour ses courses rapides, [tour ses échappées d’un jour ou deux, quelque contrée plus rapprochée, et il les combinera de manière à l’explorer à fond et à la posséder entièrement. Partant, je suppose, de Zurich, il pourra se faire un centre du lac des Quatre-Cantons, et gravir successivement toutes les pointes qui ont vue directe sur l’un ou l’autre de ses golfes, la Frohnalp, les Mythen, tous les Righi, sans oublier la Hohe-Fluh, les divers sommets du Pilate, et ainsi de suite, en passant par l’Uri-Rothstock et le Bristenstock , jusqu’à ce que le cercle soit fermé. Mille combinaisons de ce genre sont possibles. Et si l’on a la bonne fortune de disposer de plusieurs jours ou de
quelques semaines, on n’ira pas courir d’un bout de la Suisse à l’autre; on jettera son dévolu sur quelque groupe plus important; on élira domicile à sa portée, afin d’y multiplier les courses, et de ne lâcher prise qu’après en avoir fouillé tous les vallons, escaladé toutes les hauteurs. A voyager ainsi, on n’apprend pas seulement à bien connaître la montagne, on apprend à l’aimer. Le paysage ne passe pas devant les yeux comme une scène fugitive, il y grave son image et se dessine dans la mémoire. Les lignes ont le temps de se faire sentir; on en saisit tous les mouvements et jusqu’aux plus délicates inflexions ; les sommités se montrent différemment éclairées selon les jours et selon les heures, et donnent à connaître la succession de leurs aspects changeants et la mobilité de leur physionomie. »
Ajoutons que cette méthode n’a pas seulement pour elle les avantages de l’instruction et du bien-être, mais aussi celui de l’économie : on sait qu’entre un voyageur de passage et un « pensionnaire » il y a pour le prix de la vie, comme pour les égards et la facilité d’informations, une énorme différence.