‹ Les montagnesChapitre 71 sur 313 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

ces mornes vallées. Celle qui conduit à l’hospice est d’abord champêtre plutôt que pittoresque, jusqu’à ce qu’elle devienne belle de nudité et de désolation, plutôt encore que de grandeur ou d’éclat. Choisissez donc cette voie, faites votre pèlerinage à l’hospice, vous qui trouvez, avec raison, plus de beauté dans ce monument d’une chrétienne pensée que dans les merveilles des glaces éternelles ou dans la majesté des forêts séculaires.

« Au delà du grand Saint-Bernard, le mont Cervin et le mont Bose élèvent dans les eieux leurs cimes argentées ; une glace continue recouvre leurs épaulements ; il faut suivre la base des Alpes jusqu’aux gorges du Simplon pour retrouver un passage... » Interrompons un instant Toppfer. Les choses ont un peu changé depuis son temps. Il y aurait aujourd’hui, dans cet intervalle, un admirable passage par Zermatt et le col de Saint-Théodule, devenu très-possible maintenant, à peu près dans les conditions où était l’allée Blanche du temps de Toppfer. Les merveilles du mont Blanc y seraient remplacées par celles du mont Rose et du mont Cervin. Le col, qui est plutôt un passage de glacier, est immédiatement au pied de l’écrasante pyramide du Cervin (fig. 40).

Bevenons à notre auteur. « Le passage du Simplon , dit-il, est le plus célèbre de la chaîne; mais il a cessé d’en être le plus merveilleux. Les roules du Saint- Gothard et du Splugen présentent d’aussi admirables travaux; cependant il l’emporte par un caractère de grandeur et de majesté qui tient à ces immenses profondeurs au-dessus desquelles la route serpente lentement, mollement, et par le contraste qu’offrent entre eux les deux revers : l’un frais, verdoyant, onduleux; l’autre caverneux, étroit, tourmenté, où retentit incessamment le fracas d’une onde furieuse. Au sortir de ces horreurs, le lac Majeur, avec ses îles

Fig. 40. — Zermatt et le mont Cervin.

flottantes et ses rives fleuries, enchante et semble sourire. Pour qui ne veut ou ne peut voir qu’un des passages des Alpes, c’est, à tout prendre, celui-ci qu’il doit choisir.

« Vient ensuite le Saint- Gothard , nu, sévère, monotone, où la route s’élève graduellement avec la vallée, court en ligne droite sur le plateau du sommet, puis se tourmente en mille replis sur les parois d’un abîme au fond duquel elle se perd dans l’ombre pour déboucher sur les riantes prairies d’Airolo. C’est Bonaparte qui a ouvert la route du Simplon. C’est le petit canton d’Uri qui a ouvert celle du Saint-Gothard. » Une parenthèse. Depuis

Fig. 41. — La nouvelle route de l’Axenberg, le long du lac des Quatre -Cantons. (Route du Saint-Gothard.)

Toppfer, la route du Saint-Gothard a été prolongée le long du lac des Quatre- Cantons, dans des parois à pic, et présente en beaucoup de points des travaux et des sites extrêmement pittoresques (fig. 41). Le voyageur y trou-

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