‹ Les montagnesChapitre 96 sur 313 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

zigzags compliqués, très- différents de la ligne des principaux faîtes.

Une quatrième classe enfin, la plus fréquente, est celle des groupes allongés, proprement appelés chaînes de montagnes , dans lesquels s’accuse nettement une ligne de faites ou arête principale, de chaque côté de laquelle descend chacun des deux versants généraux , directement opposés.

La disposition type est celle dans laquelle on voit partir, de chaque point saillant de l’arête principale, des arêtes perpendiculaires formant ce qu’on nomme des chaînons, de manière à ce que le plan de la chaîne figure, en effet, une arête de poisson, ou mieux encore une feuille de fougère, parce que les chaînons ont souvent eux- mêmes, partant des points saillants de leur propre faîte, de courts appendices, un chaînons de chaînons, désignés sous le nom de contre- forts.

On peut citer comme exemple parfait de chaîne ainsi construite la partie occidentale de nos Pyrénées, de Saint- Sébastien à Bagnères-de-Luchon.

Les grands systèmes de montagnes, comme les Alpes ou les Andes , sont rarement des chaînes simples comme cette partie des Pyrénées; ce sont des réunions de chaînes, où sont souvent représentés successivement les quatre types principaux que nous venons d’indiquer, où les lignes de faîte s’entre-croisent , se divisent, s’élèvent ou s’abaissent d’une manière inattendue. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter les yeux sur les cartes qui accompagnent cet ouvrage.

La topographie détaillée d’un pays de montagnes est une longue étude qui ne peut être connue à fond que parun long séjour dans le pays; c’est là ce qui fait la difficulté de la guerre de montagnes, et ce qui donne, en cas

LES FORMES UES MONTAGNES

d’invasion, un immense avantage à la défense organisée par les habitants, surtout si l’assaillant n’est pas muni de ces excellentes cartes topographiques qu’on sait aujourd’hui construire.

C’est aussi cette variété dans la hauteur, la forme , la nature des roches, la végétation, la lumière, le climat, qui fait l’individualité de chaque montagne, qui lui donne sa beauté particulière, beauté qui attache et séduit l’homme comme celle d’un être personnel et vivant.

Dans la plupart des groupes montagneux, les cimes les plus élevées sont au centre de la masse; les sommets des chaînons et les contre-forts vont en s’abaissant à mesure qu’ils s’éloignent du centre , comme s’ils étaient portés par les marches sculptées d’un gigantesque escalier; en sorte que les montagnes du premier ordre, couronnées de neiges éternelles, sont entourées et comme gardées par des montagnes du second ordre dont les verts gazons succèdent à leurs champs de neige; celles-ci, à leur tour, semblent s’appuyer sur les épaules boisées de montagnes du troisième ordre, dont les pieds se perdent dans la plaine en collines onduleuses.

Cette succession de hauteurs croissantes et décroissantes fait la largeur d’une chaîne de montagnes. On remarque, du reste, comme un fait à peu près général dans les chaînes ordinaires que l’arête principale est loin d’être au milieu de cette largeur, en sorte que la pente moyenne est plus rapide d’un coté que de l’autre. Ainsi les Vosges descendent doucement du côté de la Lorraine, brusquement du côté de l’Alsace ; les Pyrénées , doucement du côté de la France, brusquement du côté de l’Espagne ; les Alpes, doucement du côté de la France et de la Suisse, brusquement du côté de l’Italie.

C’est un fait à remarquer que toutes les montagnes qui

Page 1