‹ Les montagnesChapitre 97 sur 313 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

entourent la France présentent cette disposition que la pente aisée à monter est tournée de son côté : l’Ardenne et le Jura sont dans le même cas que les Vosges, les Pyrénées et les Alpes; c’est, peut-être une des principales raisons qui font que la France a été plus souvent envahissante qu’envahie.

Lorsqu’on est trop près de la montagne, les dernières croupes cachent complètement les sommets lointains ; pour bien voir une montagne, il faut s’élever à mi-côte d’une autre placée en face d’elle. Beaucoup de lieux d’ascension célèbres en Suisse n’ont pas d’autre raison d’être. On monte au col de Balme, au Brévent, au mont Joli, au Cramont, etc., pourvoir le mont Blanc, qu’on voit de trop bas à Sallanches, et surtout à Chamounix, situé tout à fait à ses pieds.

Les sommets les plus élevés sont souvent si loin derrière des hauteurs déjà très-considérables, qu’ils paraissent plus lias que celles-ci quand on regarde de la plaine, et sont, par conséquent, peu visités et peu connus. Vus de près, d’ailleurs, comme ils s’élèvent sur une sorte de plateau déjà très-élevé, le sommet de la pente moyenne, ils paraissent ordinairement beaucoup moins majestueux que certaines extrémités de chaînons ou de contre-forts.

C’est une illusion contre laquelle il faut se mettre en garde, et qui est d’ailleurs très- naturelle quand on est au pied d’un massif montagneux, que de prendre pour les points culminants les extrémités des contre-forts avancés, surtout quand il s’y trouve, en effet, quelque relèvement faisant sommet, et plongeant directement dans la plaine par un escarpement hardi.

C’est dans ce dernier cas que sont, en effet, presque tous les pics anciennement célèbres ; ce ne sont souvent que des montagnes du second ordre ; mais elles sont des

LES FORMES DES MONTAGNES

relèvements projetés comme des sentinelles avancées sur le premier plan de profondes chaînes, qui renferment des monts neigeux du premier ordre restés longtemps inconnus.

Ainsi, dans les Pyrénées françaises, le Canigou et les pics du Midi de Bigorre et d’Ossau ont été longtemps regardés comme les cimes les plus élevées de la chaîne, tant qu’on n’a pas eu les moyens de mesurer les nombreux sommets lointains qui, en réalité, les dépassent de 4 à 500 m.

Ainsi le mont Ventoux dans la Provence, qui, de la vallée du Rhône, semble dominer de si haut le reste des Alpes, n’a que 1911 m d’altitude; le Righi et le Pilate, qui, de Lucerne, attirent bien plus les regards que les montagnes neigeuses du fond du lac, n’ont que 1800 et 2130 m d’élévation , et ils sont plus célèbres que les sommets beaucoup plus élevés situés derrière eux.

11 en est souvent ainsi dans le monde moral : la célébrité, la popularité exigent le facile accès. Les grandes intelligences d’une nation sont comme les sommités des Alpes, ce ne sont pas toujours les plus élevées qui sont le plus en vue. Il y a des Righi et des Pilate. Les plus hautes, souvent inabordables, ne sont connues que par les récits des investigateurs.

Mais nous voici ramenés à nos sommets. Après ces notions sur leur hauteur et leur disposition, prenons une idée de leurs diverses formes.

Page 1