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LES VALLÉES

Tandis que sous tes pieds l’odorante vallée ,

Toute pleine de brume au soleil envolée,

Fume comme un beau vase où brûlent des parfums , Le pré vert , le sentier qui se noue aux villages,

Et le ravin profond , débordant de feuillages Comme d’ondes la mer

Une rivière au fond, des bois sur les deux pentes!

Victor Hugo.

Arrivons à l’étude des espaces creusés entre les saillies montagneuses, à ces dépressions qui, en faisant ressortir la majesté des sommets, en leur donnant la variété et la vie, font la beauté comme la richesse de la montagne. Sans elles, chaque saillie du globe serait un bloc informe, nu, mort; par elles, la masse fouillée, sculptée, ornée et enrichie, devient comme la statue que l’artiste a fait sortir du bloc, personnelle et vivante. Ces parties creuses, ces coups de ciseau de la nature dans la montagne, ce sont les vallées , avec leurs vallons, leurs élargissements et leurs rétrécissements, leurs cirques et leurs gorges.

On a cherché à distinguer les vallées primitives , dépressions contemporaines de la montagne, lorsque, récemment formée, elle avait encore ses formes simples de bosses ou de cassures, et les vallées d'érosion, fouillées par les eaux, comme le sont celles des plaines, mais beaucoup plus profondément, parce que les pentes étaient plus rapides.

Le plus souvent il y a une combinaison des deux systèmes, où il est presque impossible, si les roches ne sont pas stratifiées, de reconnaître la part de la dépression

LES FORMES DES MONTAGNES

primitive et la part de l’érosion qui a creusé, élargi, fait ébouler, changé entièrement la forme première.

Une distinction plus facile à faire serait celle des vallées longitudinales, c’est-à-dire à peu près parallèles à la direction principale de la chaîne, et des vallées transversales, c’est-à-dire plus ou moins voisines d’être perpendiculaires à cette direction.

Dans les montagnes de plissement, comme le Jura, les vallées sont presque toutes longitudinales , et en même temps primitives. Elles sont quelquefois réunies par une fente transversale à la montagne qu’on nomme cluse, au moyen de laquelle un cours d’eau peut passer d’une vallée dans la vallée parallèle.

Dans les chaînes de montagnes du type ordinaire, il n’v a de vallées longitudinales que lorsque la chaîne se bifurque en deux rameaux à peu près parallèles et de même importance. C’est ainsi que du nœud du Saint-Gothard, dans les Alpes (voir la carte IV), partent en sens inverse deux grandes vallées longitudinales et évidemment primitives, le Valais ou vallée du Rhône, et YOberland des Grisons ou vallée du Rhin antérieur. Mais la belle vallée d ' Engadine , qui est bien aussi une vallée primitive, est plutôt transversale que longitudinale.

Souvent la direction d’une vallée s’infléchit et défie toute définition. Ainsi la Valteline, qui commence par être transversale, devient ensuite longitudinale. Cette distinction a donc peu de raison d’être ; d’ailleurs, dans les chaînes sans bifurcation, comme les Pyrénées, il ne peut guère y avoir que des vallées transversales.

Il vaut mieux, dans les grandes chaînes, classer les vallées en vallées ‘principales , ordinairement parcourues par un grand cours d’eau , et en vallées latérales ou secondaires, qui apportent un affluent à ce grand cours d’eau.

Le Valais est un type de vallée principale. Le Rhône y reçoit une cinquantaine d’affluents venant d’autant de vallées latérales, dont quelques-unes sont des plus charmantes et des plus visitées de la Suisse (Zermatt, Tourtemagne, Louèche, etc.).

Une vallée latérale est souvent elle-même construite comme une vallée principale, c’est-à-dire qu’elle reçoit des vallées affluentes ou vallées tertiaires, dont la direction redevient parallèle à celle de la grande chaîne. Mais ces vallées sont nécessairement courtes ; elles sont entre les contre-forts, comme les vallées secondaires entre les chaînons. Un les distingue par le nom de vallons, quand «■lies sont en pente douce, bordées de hauteurs accessibles; si elles sonl inaccessibles et bordées de parois à pic, on les désigne quelquefois du nom de creux on ravins (creux d’Enfer, au mont Dore).

Nous avons vu qu’il faut séparer des vallées proprement dites, espaces plus ou moins étroits s’allongeant entre les chaînes d’un même système, les vallées-plaines , larges espaces s’étalant entre deux chaînes différentes, et du milieu desquels les parties élevées de ces chaînes limites semblent, dans le lointain, reposer sur une ligne horizontale unique, formée par le sol de la plaine vu de profil (ainsi que paraissent, par exemple, les Vosges vues de Mulhouse, ou les Alpes vues de Milan ).

Parmi les vallées proprement dites, il faut distinguer avec soin les vallées entières, s’étendant d’une seule pièce, sans coude brusque ni étranglement qui intercepte la vue, depuis leur origine, à la crête des montagnes, jusqu'à l’abaissement des deux lignes de faîte latérales dans la plaine, ou dans un grand lac, ou dans la mer (exemples : la Limagne, en Auvergne; la vallée de Saint-Amarin, dans les Vosges); et les vallées composées, divisées par

LES FORMES DES MONTAGNES

des coudes, des couloirs, des barrages ou des entre-croisements de contre-forts en espaces successifs , auxquels on donne aussi le nom de vallées, en y ajoutant le nom du chef-lieu ou l’épithète de supérieure, moyenne ou inférieure, si elle est désignée par le nom du cours d’eau qui en occupe le fond. On désigne encore souvent ces portions de vallée par le mot val. Exemple : val d’Andorre, val d’Arran ; souvent aussi le mot val désigne des vallées fermées, latérales à une grande vallée. Exemples : dans le Valais, val Ferret, val d’Hérins, val d’Anniviers, etc.

Fig. 62. — Hellin (vallée à parois escarpées).

Une vallée, qu’elle soit entière ou fasse partie d’une vallée composée, peut commencer par un escarpement, qui la fait paraître fermée à sa partie supérieure, ou commencer par un col praticable vers lequel s’élève régulièrement sa pente. Le second cas est plus fréquent que le premier. Comme exemple d’escarpement fermant une vallée, on

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