Mélanges de VÈcole de Uome, XIV, 1894, p
3. Nous reproduisons ici ce texte, à l'aide duquel on suivra mieux nos explications :
« Aream al sepulchra cullor Verbi contulil ' « Et cellam slruxit suis cunctis sumplibus : « Eclesiae sanclae hanc reliquil memoriam. « Salvele, fralres, puro corde et simpUci : « Evelpius vos salulo sanclo spiritu.
« Eclesia fralruum hune reslilidl tilidum: « h{arci) A{ntonn) I{uUi ?) Severiani, c{larissimi) v[iri). « Ex ing{enio) Asteri{i). »
Nous croyons qu'au premier vers les mots cullor Verbi désignent Severianus et non Evelpius : le fait que le cultor Verbi est nommé à la troisième personne, tandis qu'Evelpius parle à la première (« saluto », lecture certaine), permet en effet de supposer qu'il s'agit de deux personnages différents. Quant à Evelpius, c'était peut-être l'évêque qui dirigeait l'église de Césarée à l'époque où l'inscription fut refaite. La dédicace envers fut l'œuvre d'Astérius.
iporimt ce (itulifs, indication de propriété : ^( M[arci) A[ntonii) Severiani^ c[larissimi) v[in) ». L'inscription ayant été détruite, sans doute lors d'une persécution, l'église de Caesarea en fit refaire une autre, accompagnée de quelques vers commémoratifs. C'est celle que l'on a retrouvée ; elle paraît dater du début du iv'' siècle K hUirea et la c-?//^ sont donc antérieures à l'ère de la paix. D'ailleurs, il est très probable que ce Severianus est un martyr célèbre, dont le nom figure dans le martyrologe dit de saint Jérôme'^ ; il a dû être enseveli dans la celia qu'il avait fait construire "^.
Une autre inscription^, qui a été exhumée à côté de celle dont nous venons de parler, semble être à peu près contemporaine (le type de gravure est le même) ; elle mentionne un monument funéraire [acciihitoriiim), renfermant plusieurs corps et construit par les soins d'un prêtre, Victor.
A l'endroit où ont été recueillis ces deux textes, le cardinal Lavigerie a fait faire, longtemps après, quelques fouilles, que l'on a recouvertes et sur lesquelles nous n'avons que de brèves indications^. On aurait retrouvé, au milieu d'un grand cimetière, une aire, fermée par des murs, de 30 mètres de long sur
1. De Rossi [Bull, crist., 1864, p. 28, et Inscr. christ., l. c.) croit même rinscriplion d'Evelpius antérieure à Constantin. Cependant, les deux lettres symboliques a et (o, qui sont gravées auprès du texte, ne se rencontrent pas, à ma connaissance, avant le siècle dans l'épigraphie chrétienne.
2. Au 23 janvier. L'interprétation que nous donnons nous paraît affaiblir l'objection faite par De Rossi contre cette identification (au Corpus, VIII, p. 974j.
3. Memoria désigne la ce/Za au troisième vers; or ce mot, lorsqu'il est appliqué à un édifice, se rapporte soit à un monument funéraire, soit à une chapelle, contenant des reliques ou tout au moins consacrée à un saint.
4. Corpus, VIII, 9586. Doublet, Musée cV Alger, pl. Il, fig. 4.
5. De Rossi, Bull, crist. , 1878, p. 73. Lavigerie, De Vutilité d'une mission arche'olor/ique à Carthage, Algev, 1881, p. 42-5 (= Missioîis catholiques, XIII, 1881, p. 165). Toulotte, Géographie de V Afrique chréLienne, Maurétanies , p. 26.
15 mètres de large. « Au centre, s'élevait un édicule de 2 mètres « de côté, ainsi qu'un autre plus petit : ils étaient voûtés et « montés sur quatre murs à cintres ouverts. C'est là que les « deux inscriptions ont été recueillies. Tout autour des édicules, « dans l'enceinte de Varea et en dehors de l'enceinte, sur une « grande étendue, on rencontrait de nombreuses tombes... « Auprès des édicules, elles étaient tellement entassées qu'on « en comptait jusqu'à six les unes sur les autres dans la pro- « fondeur du sol (Toulotte) . » Ces indications trop succinctes laissent place à des doutes. Il nous paraît bien téméraire d'identifier les bâtiments voûtés, fort exigus, à la ce lia de Severianus et à V accubitorium de Victor, et l'enclos rectangulaire à Varea. Le cimetière primitif dont nous parlons semble d'ailleurs avoir été beaucoup modifié dans les siècles qui suivirent'.
Quand les persécutions eurent cessé, de grands cimetières chrétiens se formèrent -. A Tipasa, il y en a deux, l'un à l'ouest, l'autre à l'est de la ville; çà et là, des murs, établis autour de divers groupes de tombes, paraissent avoir servi de clôtures à des areae distinctes, qui, se multipliant peu à peu et se groupant, finirent par constituer dévastes nécropoles 3. On trouve aussi des cimetières chrétiens importants à Clierchel (à l'ouest
1. En 185fi, on a trouvé, au sud-est des ruines de Lambèse,une area rectangulaire de 60 mètres de long sur 50 de large, close par un mur de O'",o0 d'épaisseur. Elle renfermait un grand nombre de sépultures. Les unes étaient des tombes en briques, disposées en triple étage, les autres des sarcophages en pierre, isolés ou formant des groupes ; un de ces groupes comprenait de 70 à 80 tombes, sur trois rangs. Il n'y avait aucun mobilier funéraire. « Ce cimetière, dit MoU, est d'origine chrétienne : cela nous paraît probable. » Je serais, comme cet auteur, enclin à le croire. Voir Moll, Annuaire de Conslantine, 18:i8-9, p. 216-7 et pl. XL
2. Quand la place disponible était restreinte, on superposait les tombes: par exemple, à Cherchel (p. 400), à MrakhibThala (p. 236), h Et Toual (p. 339), à Zraïa (p. 343), à Tipasa. Gonf. note précédente.