‹ Les monuments antiques de l'Algérie (volume 3)Chapitre 4 sur 288 · PONTS · texte numérisé non relu

PONTS

On ne trouve plus en Algérie qu'un petit nombre de ponts romains.

Le célèbre pont de Constantine réparé en 1792 par les soins de Salali Bey, s'est écroulé en 1857 et a été remplacé par un pont de fer. Actuellement, il ne reste de la construction anticpie que les piles et deux arcades à l'étage inférieur et des amorces aux extrémités de l'étage supérieur. Jeté en travers d'un ravin profond, sur une des voûtes naturelles qui recouvrent l'oued Rummel, ce pont était bâti en belles pierres de taille. Il mesurait 65 mètres de hauteur; le tablier était long de 60 mètres et large de 7"', 50. En bas, trois piles portaient deux grandes arches médianes et deux autres, plus étroites, aux extrémités. Au-dessus, il y avait, selon la restitution de Ravoisié-, une arche centrale, très large, correspondant aux deux baies du miUeu de la partie inférieure, et trois

1. El Békri, Descriplion de l'Afrique seplentrio)iale^ traduction De Slane, p. loi, Edrisi, Géographie, traduction Jaubert, I, p. 243. Peyssonnel, Voyage, p. 302. Shaw, Voyages, éd. friinç. de 1743, I, p. 158-9. IMayfair, Travels in the footsleps of Bruce, p. 48-9, pl. IV (dessin de Bruce, antérieur à la restauration de Salah Bey). Desfontaines, Voyage, p. 216. Temple et Falbe, Relation cV une excursion à Constantine, p. 76. Ravoisié, Exploration, I, p. 9-10, 27-9; pl. îet j. Delamare, Exploration, pl. 114, 1113, 117, 118, 123. Texier, Revue archéologique, m, 1846-7, p. 734. Guyon, Voyage cV Alger aux Ziban, p. 67-8. Fournel, Richesse minérale de l'Algérie, atlas, pl. XI, fig. 9 et 10. Glierbonneau, Annuaire de Constantine, 1853, p. 110-2. Revue africaine, I, 1856-7, p. 316-8. Revue archéologique, XIV, 1857-8, p. 47. Vayssettes, Rec. de Cons/anline, Xll, 1868, p. 365-8. Vars, ibid., XXVIII, 1893, p. 311-3. Normand, l'Ami des monuments, Xll, 1898, p. 27-30 (d'après Ravoisié).

2. Qui n'est cependant pas certaine. Peut-C'lre y avail-il cinq arches en haut.

LES M0NU3IEISTS ANTIQUES DE l'aLGÉPJE

autres arches plus petites, deux du côté de la rive droite^, une du côté opposé. Sur deux des piles du bas, en aA^al, l'un des angles de Fimposte offre encore une sculpture mutilée : une tête de taureau, dont le cou semble être entouré d'une guirlande, à la pile la plus éloignée de la ville; un poisson, accompagné d'un fragment d'inscription (...YILI PATR...) -, à la pile la plus rapprochée de Constantine.

Nous ignorons quand fut construit ce pont gigantesque 3. Quelques indices permettent de croire qu'on le restaura dès l'antiquité Au xif siècle, il était encore debout : le géographe Edrisi, qui le vit à cette époque, nous en a laissé une description, malheureusement peu claire. Peut-être fut-il coupé deux siècles plus tard \ L'architecte mahonnais Don Bartolomeo, qui dirigea les travaux de réfection sous Salah Bey, se servit de matériaux pris à des ruines voisines, en particulier il l'arc de triomplie appelé Ksar el Ghoula''.

1. La pile placée entre ces deux arches reposait sur une saillie du rocher. Elle se voit très nettement sur le dessin de Bruce. D'ailleurs, il en reste encore aujourd'hui quelques vestiges.

2. Corpus, YllI, 7921. Les deux premières lettres manquent aujourd'hui.

3. Un document arabe, publié par Féraud [Revue africaine, XII, 1868, p. 131-2), donne à cet égard une indication qui ne mérite qu'une confiance des plus limitées : « Le chrétien venu à Constantine avec des ouvriers de sa nSition « pour reconstruire le pont... a dit à Sa Seigneurie Salah Bey, qui nous l'a « répété, que la date de la construction de l'ancien pont, gravée sur la pierre « en caractères antiques, remontait à l'an 335 de l'ère de Jésus-Christ. »

4. Trois pierres, encastrées dans le pont (côté aval), au-dessus d'une des piles inférieures, sont décorées de sculptures, représentant une femme aux vêtements flottants et deux éléphants. 11 est probable que ces trois pierres n'appartiennent pas à la construction primitive, car la disposition des blocs qui les entourent offre des indices de remaniement. Mais, d'autre part, elles n'ont pas été placées là par les maçons de Salah Bey, car, un demi-siècle plus tôt, Shaw les signale déjà comme se trouvant « entre les deux principales « arches». Conf. Desfontaines, qui visita Constantine en 1785.

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