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LES MOiNUMENTS ANTIQUES DE l' ALGÉRIE
cjiip (rentre eux se distinguent à peine : il faut presque les deviner sous la terre qui les recouvre ou sous les misérables constructions indigènes dont ils sont encombrés. On n'en a déblayé qu'un petit nombre. Mais les résultats heureux de ces fouilles, pour la plupart toutes récentes, permettent d'espérer qu'elles seront suivies d'autres recherches, étendues et méthodiques. On recueillera ainsi d'utiles documents pour l'histoire du christianisme dans l'Afrique septentrionale et pour l'étude de l'architecture chrétienne primitive. Nulle part, en effet, les édifices chrétiens des premiers âges ne sont aussi nombreux, et l'on peut être certain qu'ils n'ont pas subi de remaniements au moyen âge, comme tant d'églises de l'Occident : détruits il y a douze siècles par les envahisseurs arabes, ils n'ont pas été relevés depuis'. Ils offrent donc un sérieux intérêt aux archéologues, malgré leur très mince valeur artistique.
Nous donnons dans ce chapitre la description des monuments chrétiens dont les restes se voient en Algérie, en y joignant la mention de ceux qui nous sont connus par des textes d'auteurs ou par des documents épigraphiques. Notre liste comprend environ cent soixànte-dix numéros; mais elle n'est assurément pas complète''; beaucoup de ruines n'ont pas encore été décrites et il nous a été impossible de les voir ; à
1. On n'a aucune preuve que des églises d'Algérie aient été transformées en mosquées (à Alger, n° 10, Tabside d'une église en ruines indiquait seulement le côté de la prière). — A Tlemcen, il y avait au xi-^ siècle une église, fréquentée par les restes d'une population chrétienne (El Békri, Description de V Afrique, trad. De Slane, p. 179). Mais il n'est point certain que ce fût un sanctuaire fort ancien, pas plus que l'église de Notre-Dame qui existait, vers le début du siècle suivant, à la Kalaa, au sud de Bordj bou Aréridj (Blanchet, Rec. de Const., XXXn, 1898, p. 113-4).
2. Nous avons d'ailleurs passé sous silence un certain nombre de ruines qui nous ont paru sans intérêt.
ÉDIFICES DU CULTE CllRÉTlExX llo
cet égard, le sud de la Xumidie, en padiculier les régions d'Aïn-Beïda et de Tébessa mériteraient une exploration attentive.
Renonçant à toute classification raisonnée, nous avons adopté l'ordre alphabétique. Il parait impossible, du moins à l'heure actuelle, de constituer divers groupes, présentant un ensemble de caractères nettement distincts, qui permettraient de les attril)uer à diverses écoles. D'autre part, on ne saurait prendre la chronologie pour base d'un classement, car il n'y a en Algérie qu'un très petit nombre d'édifices chrétiens qui puissent être datés, soit d'une manière exacte, soit approximativement. Pour un seul, la basilique d'Orléansville (n° 95), l'année de la fondation est donnée par u:ie dédicace : 324 de notre ère. Pour plusieurs autres, nous pouvons fixer un terminus ante quem^ grâce à des tombes datées qu'ils contiennent. Ailleurs nous n'avons pour nous guider que la forme des monogrammes du Christ, gravés ou sculptés sur les pierres le mode de construction, la facture des chapiteaux et autres morceaux
1. On sait que la forme de ces sÎQna Chris! i a varié avec le temps. Il ne faut pas oublier cependant que, d'une manière générale, les types nouveaux n'ont point fait disparaître immédiatement les types antérieurs, et que certains types ont dû rester en usage dans telle région plus longtemps que dans telle autre : les estimations chronologiques que Ton peut tirer de la présence de ces signes ne sont donc pas susceptibles d'une grande rigueur.
On a en Algérie d'assez nombreux exemples du monogramme constantinien simple (1) qui datent des second ettroisième tiers du iv" siècle. Ce même signe se retrouve quelquefois plus tard, avec des croix simples ou monogranmiatiqucs^ — La plupart des inscriptions datées qui offrent le monogramme constantinien avec l'a et l'ai (2), appartiennent au commencement du v° siècle. Il y a un exemple de l'année 384, à Sétif {Rec. de Const., XXll, 1882, p. 148) et un autre de l'année iSO, près de Tiaret, dans la province d Oran [Bull. ComUé, 1892, p. 314). — Le plus ancien exemple de la croix monogrammatique avec le P grec (3) est de 42.o [Bull. d'Omn, 1888, p. 89). Elle demeure en usage pendant
LES MOMME.NTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
crarchitectiire ' et des mosaïques, la forme des lettres ou le style des inscriptions et quelques autres indices aussi peu précis que tous ceux que nous venons d'ënumérer-.
Ie55 v« et vi<= siècles. — Une seule inscription datée d'Algérie nous la montre accompagnée de Va et de Tw (4) : elle est de 340 environ [Corpus, VIII, 4799). Mais ce signe a été sans doute usité longtemps auparavant. — On n'a pas de dates pour le monogramme constantinien avec la forme de ÏR latine, accompagné ou non de Va et de Tw (5 et 6). — Il est de même pour la croix monogrammatique simple avec la même R (7). — La croix monogrammatique avec ITx, l'a et Tw (8) se trouve sur une inscription de Sétif, de 454 ( Bull. Comité, 1892, pl. XV). — La croix simple apparaît sur des inscriptions d'Altava (département d'Oran) dans le second tiers du siècle, peut-être aussi en 440 à Sétif {Corpus, 863 i, où cette croix n'est cependant pas certaine). Mais elle ne devient banale en iNumidie et en Maurétanie qu'à l'époque byzantine. La forme de la croix grecque (9) est plus fréquente que celle de la croix latine (10 . Ce signe est rarement accompagné de l'a et de Vf^ (11). — Nous nous contenterons de ces brèves indications. Une étude sur la chronologie des signa C/irisli en Afrique demanderait d'assez longs développements; elle devrait d'ailleurs embrasser à la fois l'Algérie et la Tunisie.
1. Encore faut-il être certain que ces morceaux d'architecture ne sont pas des remplois
2. Il n'existe en Algérie aucune basilique que Ton puisse rapporter avec certitude à une épo(|ue antérieure à la paix de l'Église. Les textes en mentionnent pourtant plusieurs (voir n° 06 b, à Ilippone, et n° 44, à Constantine), et il est probable que, sous la persécution de Dioclétien, la plupart des sanctuaires chrétiens d'Afrique ne furent pas détruits, mais simplement confisqués.
Voici, pour les époques suivantes, la liste des ruines chrétiennes que l'on peut dater tant bien que mal : Orléansville (n« 95), année 324; — Sainte-Salsa à Tipasa (n° 159), sanctuaire primitif, iV siècle; — Djemila (n° 48), iv siècle ;
— Tébessa, grande basilique (n» 138), iv° siècle (?); — Zoui (n" 167), id. (?); — chapelle funéraire d Alexandre à Tipasa (n" 160), fin du iv^ siècle ou début du v%
— Malifou (n° 79), id. (?) ; — Rherbet Fraïm (n° 49), fin du ix" siècle ou v" (?) ; — Ilenchir Gourai (n" 53), id. (?) ; — Ksar Sbéhi fn» 71), id. (?) ; — Henchir el Ksour (n» 72 , id. (?) ; — Kherbet el Ousfane (n" 104), id. (?) ; — Sériana fn" 118), id. (?j ;
— Bénian (n" 22), entre 434 et 439 ; — Kherbet Guidra (n» 60), avant 444 ; — Mouzaïaville (n" 93), avant 495; — Sainte-Salsa (n° 159), allongement du sanctuaire, milieu du siècle ou plus tard ; — Tébessa (n° 138), construction des tribunes, des cellules, etc., id.; — Tigzirt (n° 146), id.; — Sidi Ferruch, chapelle (n° 124), deuxième moitié du v siècle; — Ain Zirara (n° 8), entre 450 et 530 environ ; — Henchir Mertoum (n" 88), vr siècle, peut-être sous Hildéric ; — Aïn Ghorab (n" 4), fin du V siècle ou m"; — Announa (n" 11), époque byzantine; — Constantine, église du Capitole {n" 44), id. ; — Khamissa (n» 68), id. ; — Timgad (n- 154 et 155), id. (?); — Zana (n° 164), id. ; — Matifou (n" 79), restauration de réglise, id.; — Gouéa (n" 51), siècle (?) ; — Timgad (n° 136), vers 645.
Au point do vuo do loiir destination, on peut distinguer parmi les monuments religieux :
1° Les églises proprement dites, qui servaient au culte ordinaire et qui étaient situées dans les villes et dans les bourgs ^ Le schisme donatiste, qui se répandit surtout en Numidie, contribua à multiplier ces églises. Si, en beaucoup de lieux, les donatistes mirent la main sur les édifices sacrés'^, ailleurs ils en construisirent de nouveaux : saint Optât leur reprochait d'avoir fait « des ])asiliques non nécessaires [basilicas non necessariasY' )). Les sanctuaires des deux partis s'élevèrent parfois les uns auprès des autres : saint Augustin raconte que de Téghse catholique d'Hippo Regius on pouvait entendre des cris poussés dans l'église donatiste Dans l'ancienne Numidie, on rencontre assez fréquemment des ruines de plusieurs basiliques dans des villages qui ne devaient être que faiblement peuplés^'; peut-être attestent-elles les querelles religieuses qui
1. On constate souvent en Afrique, comme en Italie et en Gaule, que ces églises se trouvent, non au centre, mais à la lisière des villes romaines. Notre catalogue donne beaucoup d'exemples de ce fait : Djemila (n" 48), Rsar Sbéhi in" 71), Matifou (n" 79], Mdaourouch (n" 80), Taksebt (n° 132), Tébessa (n" 138), Tigzirt (n" 146), Tipasa (n" 1.j7), etc. A Kherbet Guidra (n° 60j, Téglise est même en dehors du rempart. Un certain nombre de ces édifices sont certainement postérieurs à Tépoque des persécutions; d'autres, que l'on ne saurait dater, le sont sans doute aussi. Mais on peut supposer qu'ils ont remplacé des églises plus anciennes ; avant le règne de Constantin, les autorités n'auraient pas permis aux chrétiens de construire des églises au cœur même des cités : c'eût été une sorte de bravade adressée aux cultes officiels, dont les temples s'élevaient, pour la plupart, sur le forum ou dans le voisinage. Il est vrai qu'on peut aussi se demander si la situation excentrique d'un grand nombre d'églises ne doit pas être attribuée au bon marché relatif des emplacements à bâtir aux extrémités des villes.
2. Voir par exemple au n" 44 (Constantine). Conf. Optât, De schismale clonatislarum, 2, 17 et 18. — Les catholiques durent souvent leur rendre la pareille (voyez p. e. Conférence de Carlhage, 3, 2.")8, dans Migne, Palrologie latine, XI, p. 1413).