‹ Les monuments antiques de l'AlgérieChapitre 15 sur 117 · MONUMENTS PUNIQUES ET LIIÎYPIIÉNICIENS · texte numérisé non relu

MONUMENTS PUNIQUES ET LIIÎYPIIÉNICIENS

L'édifice imposant que nous V(Mions do décrire se dressait en vue de Cirta : peut-être a-t-il été le tombeau d'un prince qui régnait dans cette ville. En remuant les pierres qui jonchent le sol au pied du Souma, on pourrait avoir la bonne fortune de recueillir une dédicace punique ou bilingue (punique et libyque), qui nous renseignerait à cet égard.

Un autre tombeau de la province de Constantine témoigne aussi de l'influence exercée par la civilisation carthaginoise en Numidie. C'est le Médracen — il vaudrait mieux écrire Madghasen, — situé dans la région de Batna. ;i 9 kilomètres au sud-sud-est du village d'Aïn Yagout, sur une petite éminence voisine du lac Djondeli •. Nous en donnons le plan, //y. 20 (d'après le Recueil de Vous/miline), et deux vues, planches V et VI.

11 a la forme d'un grand cône à gradins, reposant sur une l)ase cylindrique. Le (\vlindre, relativement très bas (4™, i-3 de hauteur), est orné de soixante colonnes engagées, d'ordre dorique, à fût non cannelé, portant une architrave lisse et une corniche dont le profil est celui de la gorge égyptienne. Le cône offre vingt-quatre degrés, de 0™,58 de hauteur sur 0",97 de large. Au sommet, s'étend une plate-forme de 1 l'élit) de diamèire, que surmontait peut-être autrefois quelque motif d'architecture ou de sculpture. L'édifice mesure 18", 35 do hauteur totale ; le diamètre de la base est de 58'",86. Le revêtement est en pierres de taille d'un fort bel appareil. Dans la

être le caractère hybride du Souma s'explique-t-il par la fusion qui se serait faite, <à Cirta même, des deux civilisations carthaginoise et grecque. Les Carthaginois ont très rarement employé Tordre dorique.

1. Voir pour la bibliographie du Médracen, Graillot et Gsell, Mélanges de l'École de Rome, XIV, lS9i, p. 71, n. 1. Ajouter De Laurière, Deux mausolées africains, le Médracen et le Tombeau de la Chrétienne, mémoire publié dans le Bulletin Monumental, 5° série, II, 187'f, p. 30.j-3i6. — Le principal travail à consulter est celui de Brunon, Rec. de Con^il., XVI, ISIo-i, p. 3,):j-3o0, avec planches.

l)artie cylindrique, iiu mur en petites pierres plates, très régulièrement agencées, s'élève par derrière. Le noyau du monument est fait de l)l()cs grossiers et d'éclats de pierres, matériaux informes, entassés sans ordre.

L'entrée, découverte en 1850, consiste en une petite baie (haute de 1"",60, large de 0™,70), ménagée à Test, derrière la

Fio. 20. — Médracen. mausolée roval.

troisième marche à partir de l'entablement. Elle était fermée par une dalle, qui glissait le long de deux rainures verticales, taillées dans le parement du mausolée. Des pierres, appartenant à la troisième et à la quatrième marche, la dissimulaient entièrement, et il fallait les écarter pour pénétrer à l'intérieur. On parvenait ainsi dans une longue galerie droite. Elle est aujourd'hui en fort mauvais état et des éboulements récents l'ont rendue impraticable. Construite en pierres de taille près de l'entrée,

MONLMEINTS l'LMQUKS ET LIBYPIIÉ.MCIKNS 67

puis eu })etitcs pierres sèches, elle présente d'abord un escalier de onze degrés, puis se continue en pente. Elle mène à la chambre qui occu})e le centre de l'édifice. C'est une salle assez exiguë, de 3™, 30 de long sur ["\ïb-['",ô9 de large; de chaque côté règne une banquette, large seulement de 0'",20 et haute de 0'",30. Les parois sont en pierres de taille, doublées par derrière d'un mur en pierres sèches. Le plafond est formé de dalles plates. Lorsqu'on explora cette chambre en 1873, au cours des fouilles faites par la société archéologique de Constantine, on n'y trouva absolument rien ; il faut ajouter que les archéologues français avaient été précédés, à une époque inconnue, par des indigènes, qui, de crainte d'éboulements, avaient pris soin de consolider le ciel du couloir avec des (diarpentes en Ijois'. Le sol delà galerie, celui de la chambre et les banquettes portaient des traces d'un enduit de couleur rouge.

Au dehors, sous l'entrée, on distingue quelques vestiges d'une sorte d'iivant-corps, mesurant 2i mètres de long sur 15 de large; peut-être y avait-il là un sanctuaire, analogue au temple qui s'élevait à Test de chaque pyramide royale, en Egypte. Le dallage de cet espace était recouvert d'une couche de rouge.

La muraille extérieure du monument offre des dessins très enfantins, déjà signalés par l'écrivain arabe El Bekri, au xi^ siècle. Ils représentent des quadrupèdes et des cavaliers. Il s'y mêle des inscriptions, dont une lii)yque et plusieurs néopuniques-. Ce sont là des souvenirs laissés, il }' a bien des siècles, par des visiteurs indiscrets.

1. C'est aussi à des chercheurs de trésors qu'il faut attribuer une galerie grossièrement creusée sous le monument, au nord-est; elle a au moins 17"', iO de longueur.

Page 1