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Ce dallage n'existe pas toujours

SOUS lequel on trouve un ou deux corps repliés. Outre ces squeleites entiers, certaines sépultures contiennent plusieurs crânes isolés. Des cendres, des débris de bois brûlé, des ossements de chevaux, de bêtes à cornes et d'oiseaux sont peut-être des restes de repas funèbres, célébrés lors de l'ensevelissement. On a recueilli dans ces dolmens quelques fragments d'instruments en fer, des boucles et des bagues en bronze, des poteries indigènes, et aussi des vases rouges de fabrication italienne. Une lampe est d'un type en usage aux i" et II' siècles (le notre ère. A l'intérieur d'une tombe, où la couche de cailloux et le dallage sous-jacent étaient intacts, MM. Féraud et Christy ont découvert une monnaie de Faustine l'ainée, femme de l'empereur Antonin. Il est donc certain qu'on a encore enterré des morts à Ras el Aïn bon Merzoug vers le milieu du ii' siècle après Jésus-Christ.

Les nécropoles de Bou Nouara et de Ras el Aïn sont, comme celle de Roknia, éloignées de toute ville antique. A Sigus, au contraire, le cimetière mégalithique ^ se trouve dans le voisinage d'une cité romaine assez importante. Il occupe une longue croupe qui se dresse en face de l'ancienne ville. Au pied et sur les dernières pentes de cette croupe, on voit les vestiges d'une autre nécropole, on les inscriptions latines abondent, et dont les tombes sont soit des fosses à inhumation creusées dans le roc, soit des caveaux à incinération, en pierres de taille. Immédiatement au-dessus, commencent les sépultures de type indigène (l'une d'entre elles est reproduite ^f/. 5).

1. Delamare, Exploration scientifique de VAlgérie, pi. '.'>[, fig. 3; pi. 52, fig. 12 el 13. Gherbonneau, Rec. de Const., XII, 18GS, p. 433-434 et pi. Vil. Thomas, Bulletin de la Soc. des Sciences d'Alger, Xlll, 1877, p. 105-112. Id., Matériaux pour l'hisf. de l'homme, XIV, 1878, p. 27-32. Reboud, Assoc. française, Alger (18S1), p. Ui2-lli'J. Chabassière, Rec. de Const., XXIV, 1886-7, p. 113-128 et pi. XUl.

MONUMENTS INDIGENES

Les matériaux employés pour les construire ont été pris sur place. En certains endroits, on distingue des restes de carrières. Les ouvriers creusaient, avec des instruments en métal, un& série de petites entailles, peu distantes les unes des autres, et ils y enfonçaient des coins en bois, qu'ils mouillaient de manière à faille éclater la pierre : les couches du rocher étant presque-

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horizontales, ils ol)tenaient ainsi des dalles à peu près planessur leurs deux faces.

Dans les intervalles qui séparent les tombeaux, il y a très fréquemment, comme à Ras el Ain, de longues traînées de blocs. Beaucoup de ces hgues sont doubles, et l'espace de 1 mètre à 1"", 60, compris entres les deux rangées, présente l'aspect d'une véritable voie, pavée souvent d'éclats de pierres ' . D'autres lignes.

1. Quelques avenues sont même beaucoup plus larges : on mesure 5 à 8 mètres d'intervalle entre les deux rangées, qui sont simples ou doubles. L'espace intermédiaire n'est point pavé.

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(le l)locs fonnonl des ceintures régulières autour de iilusieurs groupes de sépultures.

Les enceintes, dont le diamètre varie de 4 à 14 mètres, sont presque toujours circulaires; nous n'en avons vu qu'une seule carrée. Elles sont construites en blocs dressés de champ ou en murs à assises; quelquefois, cependant, une partie du cercle est constitué par le roc même de la colline, qu'on a grossièrement taillé. Le pavement intérieur est plus ou moins bombé et se conii)ose de matériaux de dimensions très diverses. Comme en d'autres lieux, on remarque çà et là un ou doux cercles concentriques à l'enceinte.

En général, cliaqu? monument ne comporte qu'une seule case; néanmoins, quelques-unes des enceintes que nous avons pu examiner renferment deux tombes, isolées l'une de l'autre ou accolées. De même qu'à Ras el Aïn, ces cases sont tantôt apparentes, tantôt dissimulées par le pavement, qui atteint alors la hauteur de la table.

Les côtés sont formés soit ])ar quatre dalles, ])lantées verticalement — c'est le cas le moins fréquent — soit par deux monolithes et par deux murs à assises, soit enfin par quatre murs à assises. Les pierres ne portent aucune trace de taille régulière avec des ciseaux en métal, mais un grand nombre d'entre elles ont étééquarries à la masse assez soigneusement. Aux angles, les murs se pénètrent souvent, de manière à assurer la solidité de l'édifice. Dans beaucoup de dolmens, la table repose seulement sur trois parois, et le mur formant la quatrième face, orientée généralement au levant, reste sans liaison avec les deux parois voisines : il était donc facile de le démolir partiellement, pour introduire de nouveaux corps, et de le reconstruire ensuite. Quelquefois, cette quatrième paroi

monl">ii:ms indigèm:s 29

offre à rintérieur l'aspect (ruii petit escalier, disposition qui rendait plus aisée l'entrée de la tombe ', Nous pouvons donc admettre que ces dolmens ont servi à des ensevelissements successifs.

La plupart des sépultures de Sii;us dépassent en grandeur celles de Roknia et de Bon Nouara ; certaines d'entre elles mesurent 3 mitres de long sur l'",50 de large, et même plus. Aussi rencontre-t-on des tables énormes; parfois, il y en a doux })0ur couvrir une seule case. La face sup(''rieure de plusieurs de ces dalles est creusée de rigoles^, certainement faites de main (rhomme. On a supposé que des victimes étaient sacrifiées sur les toiidjes et que ces canaux servaient à l'écoulement du sang; pour notre part, nous nous al)stien(lrons de toute hypothèse à ce sujet.

Parmi les dolmens, nous avons remarqué ç;i et lii quelques monuments qui paraissent être des cnjndechs : au milieu d'un cercle, mesurant en moyenne 5 mètres, quelques pierres, disposées en rectangle ou en ovale, dcdimitent la tomlie, qui est souterraine. Mais on peut se demander s'il n'existait pas primitivement une table, aujourd'hui disparue.

MM. Thomas et Chabassière ont fait quelques fouilles dans cette nécropole. Les résultats ont été les mêmes qu'à Ras el Aïn. A l'intérieur des cases, même lit de cailloux, surmontant un petit (hdlage ou une couch.e de terre fortement tassée; même mobilier funéraire, même attitude repliée des squelettes, accompagnés parfois de crânes isolés. On a trouvé aussi quehpies

1. Une grande tombe présente même un couloir, venant déboucher sur un des côtes longs : Rebond, L c, p. Uil, fig. 12.'i ; Cliabassiére, /. c, pi. Xili, n" o.

2. Une particularité semblable a été observée sur des tables de dolmens en Tunisie : Gagnât, Arcli.des Missions, 3° série, XIV, 1888, p. 73-4.

30 LES MONUMENTS ANTIQUEï» DE I ALGÉRIE

corps coucIr'S sur le dos. ÎNI. Tliomas a recueilli, sur le thorax d"uu mort étendu tout de son long, une petite coupe rouge, faite au tour, et, dedans, une monnaie de l'empereur Domitien. M. Cliabassièrc a également découvert une monnaie romaine sous un des dolmens qu'il a explorés. Ainsi, le cimetière mégalithique de Sigus n'était certainement pas abandonné à la fin du f siècle de notre ère ; on y ensevelissait encore des indigènes qui vivaient auprès de la ville romaine de Sigus, mais qui n'avaient pas adopté les mœurs des conquérants.

Un monument assez intéressant, appelé Redjel Safia ^ {/ir/. 0), se trouve dans le voisinage immédiat delà nécropole que nous venons de décrire. Trois grands piliers en pierre, assez soigneusement taillés, supportent une vaste dalle, de 3", 50 de long sur 3", 10 de large, équarrie seulement sur les tranches et toute pareille aux tables des dolmens. Primitivement, ces piliers n'étaient pas isolés; ils faisaient partie de murs pleins, dont ils formaient, en quelque sorte, l'ossature. Il y avait donc à cet endroit une petite chambre. Alentour, on distingue des restes de plusieurs salles et d'un couloir ou portique. Les pierres qui y sont employées offrent les mêmes caractères de taille que celles des édifices bâtis à l'époque romaine, et l'on a trouvé, parmi elles, une inscription latine, mentionnant la dédicace d'un temple par un prêtre de Saturne ~. La ruine pourrait être celle d'un sanctuaire du grand dieu africain ^. Il est curieux de voir que, pour constituer le pla-

1. Delamare, /. c, pi. ."■.l, fig. 4. Thomas, Bull, de la Société des Sciences d'Alger, XllI, p. 101-108 et la planche. Reboud, /. c, p. 1149. Chabassière, l. c, p. 108-109, 120 et pi. XIII à droite.

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