LES ROSTRES
A partir de i8[5. des forçats furent employés à arracher les arbustes et les plantes qui envahissaient lare; en même temps, le Conseil faisait élever le mur d'enceinte, de crainte que les gamins ne le franchissent pour détériorer les bas-reliefs inférieurs.
C'était au pied de l'arc de Septime-Sévère que la communauté juive vint, ci partir de ôgo, rendre hommage aux papes nouvellement élus, lors de leur « prise de possession » ; le chef de la juiverie, crénéralement le rabbin, présentait au Souverain Pontife une Bible, que celui-ci prenait et parfois laissait ensuite choir sur le sol en disant qu'il approuvait la Loi, mais blâmait l'interprétation qu'en donnaient les Juifs', L'arc était, à cette occasion, tendu de draperies et couvert d'inscriptions louangeuses à l'égard du nouveau pape; en i655, lors du couronnement d'Alexandre VII. il fut compté 267,12 écus à Giovanni Piccioli, « écrivain de belles lettres >, c'est-à-dire de lettres bien peintes, pour les inscriptions qu'il avait tracées; en 1667, pour le sacre de Clément IX, le sénateur paya 10 écus seulement au décorateur Lorenzo Carpanti qui avait placé des tentures : encore ce prix comprenait-il la décoration de l'arc de Titus-!
LES ROSTRES — LA TRIBUNE AUX HARANGUES (Rostra).
Les rostres primitifs, rostra vc/era, se trouvaient aux confins du Comitium et du P^orum ; les orateurs se tournaient, à une époque ancienne, vers le Comitium, plus tard vers le Forum. La Curie les surveillait, dit Cicéron. C'était un lieu « inauguré », un templum; il faut entendre par là que les Rostra faisaient partie de l'enceinte du Comitium, qui était un vaste tewplum, un quadrilatère soigneusement orienté, comme AL Hulsen l'a prouvé. De ces rostres, les visiteurs du Forum auront peine à retrouver la trace. Si toutefois on étudie soigneusement les ruines qui ont été récemment dégagées entre la pierre noire et la vasque qui se trouve sur le Comitium, devant la curie, on reconnaîtra des substructions en hémicycle, bordées par une rigole, qui marquent sans doute l'emplacement des rostra vêlera; la pierre noire devait se trouver à l'une des cornes de ces rostres.
Le déplacement des rostres fut projeté et probablement réalisé par César. Les rostra nova sont connus : par les substructions
1. CANctLLiERi, Sloria de' solenni Possessi, Rome, loo:, p. 1^1, 167. 17O, :o5i 261, 281.
2. Archiv. Stur. Caf'il., Crcd. VI, vol. I, fol. z-5; vol. III. loi. 0O-.
Go LES MONUMENTS ANTIQUES DE ROME.
imposantes qui sont conservées entre l'arc de Sévère et le temple de Saturne', par la représentation qui nous en est doniîée sur un bas-relief de l'arc de Constantin. La lêle de Cicéron fut pendue à ces rostres; il avait prononcé tous ses discours, à l'exception des Philippiques, du haut des rosira, vetera. C'est devant ces rostres que fut expose le corps de César. C'est là qu'Antoine prononça la harangue fameuse demandant la punition des coupables. On n'y entendit plus ensuite les retentissantes polémiques d'autrefois : « biviis Auguslus eloqiienliam siciit cetera placavit. — « Le divin Auguste apaisa l'éloquence comme le reste », dit Tacite; en fait, il supprima l'éloquence politique comme les libertés publiques.
Les nouveaux Rostres dominent de 3 mètres le sol du Forum; la longueur en est de lo mètres; la partie frontale et les côtes sont de tuf, en opus quadralum, et étaient revêtus de plaques de marbre; la partie postérieure construite en blocage est cintrée en dedans; c'est par là qu'on montait à la tribune par des degrés.
D'après les uns, riiémicycle est proprement la tribune de César, la partie rectangulaire qui forme maintenant la façade ayant été ajoutés bien plus tard, peut-être par Trajan; d'autres, au contraire, soutiennent que la partie rectangulaire est la plus ancienne, mais qu'elle fut grandement modifiée lors de la construction de l'arc de Septime Sévère dont elle occupait en partie l'emplacement. On distingue, dans le mur faisant face au Forum, les traces des crampons qui fixaient les éperons en bronze, les rostres des navires capturés à Antium; ces rostres étaient disposés sur deux rangées, l'une de vingt, l'autre de dix-neuf, l'espace entre chaque rostre étant de oni. 60; les trous des crampons qui les retenaient ont 6 centimètres de diamètre.
Les côtés de la tribune et la face principale étaient garnis de pilastres en bronze doré et d'une corniche également en bronze doré. Une balustrade entourait l'estrade, excepté au milieu où un espace était laissé vide pour l'orateur-. De nombreuses statues ornaient soit la balustrade, soiilaplale forme: on a retrouvé les bases de celles de César, Lépide, Stilicon; le nombre de celles qu'on y dressait était si grand que, de temps en temps, il fallait en transporter quelques-unes ailleurs.
Au nord de la tribune avait été construit un monument cylindrique en briques, de 4 mètres de diamètre à la base, représen-j tant le centre de la ville et de 1" Empire, Umbiliciis Romae; il]
1. On n'dublicra p.is que lo imir de front a cto en grande partie restauré par .M lîi.ni.
:. D'après les bas-reliels de l'arc de Constantin.
LAllC DE TIHI;RE. 6i
semble dater du m" siècle. A Tauiic exirémité, Auiiuste avait élevé en 29 av. J.-C. le MiUiarium Aurciim, colonne recouverte de bronze doré sur laquelle étaient gravés les noms des diverses villes de l'I-^mpire et leur distance: la liste en avait été dressée par ordre d'Aug'uste en commémoration de la mesure de la terre, Mensuratio totius Orbis, que lui et Agrippa avaient poursuivie activement pendant des années.
Cette colonne a été déterrée en i835 en même temps que son socle de marbre. Les deu.^ fragments cylindriques qui furent alors mis au jour se voient actuellement devant le temple de Saturne.
Tout près aussi était la Coliimiia Roslrat.i ou de Duilius, colonne de marbre rappelant la victoire de Duilius sur les Carthaginois en 260 avant J.-C'.
En prolongement de la tribune, du côté du Comitium et pour ainsi dire au pied de l'arc de Septime- Sévère, se trouvent les restes d'une tribune appelée Rostra Vandalica: elle était en briques et fut construite peut-être vers 470, à la suite d'une victoire navale remportée par les Romains sur les \'andales de Genséric. Comme la tribune aux harangues, elle était décorée de rostres.
Kntre les Rostres et le temple de Saturne existe une rangée de chambres faisant avec les Rostres un angle de i5*^t parallèle à Taxe du temple; la longueur en est de 20 mètres environ; ces chambres, au nombre de huit, ont i m. 70 de large, de i m. 5o à 2 m. 1.5 de profondeur, im.6o de hauteur. Pelles sont en tuf, opus reliai la tu m; à l'intérieur, les murs sont recouverts en opus signiniim. On pense qu'elles servaient de soubassement au Cliriis Capitolinus.