LE FORUM DE TRAJAN. K
construite la fontaine du Janicule. L'arc de Noé disparut alors avec les restes du temple de Minerve.
Actuellement, le podium du temple sert d'assise à une maison. Le sous-sol de toute cette région est abondant en débris.
LE FORUM DE TRAJAN (Forum Trajani.j
Le forum de Trajan est une énigme pour les archéologues. II a été longtemps admis qu'une colline, Collis Laliaris, unissait primitivement le Capitole et le Palatin; il fallait donc, quand on se rendait du Cliamp-de-Mars au Forum ou inversement, soit la gravir, soit faire le tour du mont Capitolin en passant par le \'élabre. Trajan, poursuivant une œuvre entreprise par Domitien, aurait supprimé cet obstacle en creusant une large brèche dans la colline: la colonne l'rajane avait été élevée en commémoration et en témoignage de ce gigantesque travail, et sa hauteur indiquait précisément l'épaisseur des terres enlevées. Leur masse avait même été évaluée par certains érudits; on l'estimait à 000000 mètres cubes et l'on savait qu'elles avaient été transportées hors de la ville, entre la \'ia Salaria Nova et la Via Salaria Vêtus. L'inscription que porte le socle de la colonne semble confirmer cette tradition. .Mais voici que l'examen géologique des deux collines a démontré que les couches de terrain suivaient la courbure du sol actuel, et que, par conséquent, la dépression avait existé de tout temps. Bien plus, il a été découvert, sous le pavé du forum, une voie ancienne aboutissant à l'ancienne porte Ratumena'; à côté, on a trouvé les ruines de plusieurs maisons superposées indiquant que le lieu avait été habité pendant une longue période*. On a donc été amené à admettre que la colonne indiquait la hauteur de la colline voisine et à interpréter d'une façon qui, cependant, paraît peu acceptable, l'inscription du socle.
Quoi qu'il en soit de ces suppositions, la colonne Trajane, qui demeure à peu près le seul vestige d'un magnifique ensemble, est une des merveilles de Rome'.
Elle fut élevée « par le Sénat et par le peuple », suivant la formule consacrée, en l'an ii3, pour perpétuer le souvenir du
I. Forte du l'enceinte de Servius située entre le Capitole et le Quiriiii^l à l'emplacement de la Via .Marldrio.
:. .Article du commani.lcur Boni dans Nuova Anlologia, igoi. 3. FKôiiNtR, La Colonne Trajane, Paris, 1O72-1874.
io8 LES MONUMENTS ANTIQUES DE ROME.
triomphe remporté par l'empereur sur les Daces. La base en est un cube de .S mètres environ de côté, orné de trophées sur trois faces, la quatrième face est occupée par la porte qui donne accès à l'escalier intérieur et qui est surmontée de l'inscription dédicatoire :
SENATVS- POPVLVSQUE ROMANVS ■ IMP • C/ESARI • DIVI • NERV/E F- N^RV,€ TRAIANO • AVG • GERM ■ DACICO • PONTIF- MAXIMO TRId- POT- XVII IMP- VI ces- VI P- PAO- DECLARANDVM ■ QVANT/E • ALTITVDINIS- ' MONS • ET- LOCVS- TANT [iS - OPER] IBVS- SIT - EGESTVS
« Le Sénat et le peuple romain à César Nerva Trajan, fils du divin Nerva, Auguste, Clermanique, Dacique, Souverain Pontife, revêtu dix-sept fois de la puissance tribunitienne, proclamé six fois impérator, et six fois consul. Père de la Patrie, pour commémorer la hauteur de la colline et du lieu qui, par de si grands travaux, furent dégagés. »
Des aigles soutenant des guirlandes occupent les quatre coins de la corniche. Plusieurs auteurs anciens, Dion Cassius, Eutrope et Cassiodore', affirment que les cendres de Trajan, enfermées dans une urne d'or, furent déposées en ce lieu-. Les imaginations de ce genre étaient fréquentes à Rome. Au moyen âge, la légende voulait que les cendres de César eussent été placées dans une sphère de métal qui servait dornement terminal à l'obélisque de Saint-Pierre, quand il se trouvait encore sur le côte méridional de l'église; or, vérification faite, il n'en était rien.
Le diamètre de la colonne est de 3 m. 60 à la base et de .3 m. 3o au sommet; elle est composée de trente-quatre blocs de marbre grec; les bas-reliefs forment vingt-trois spirales de om.oo de hauteur à la base, de i mètre de hauteur en haut et d'un développement de 200 mètres environ; ils ont été sculptés ou toul au moins terminés sur place, en sorte que les joints ne se peuvent discerner que difficilement; ils représentent des scènes de la campagne de Dacie, passage du Danube sur un pont de bateaux, marche, allocution de l'empereur aux légionnaires, sacrifices, combats, siège d'une ville romaine par les ennemis, attaque d'une forteresse, soumission des chefs.... € L'empereur est partout, il est représenté une cinquantaine de fois sur la
1. lùUix)pe et Cassiodore dérivant peut-être de Dion, celui-ci serait donc Li seule autorite.
2. Au cours des fouilles accomplies sous la direction du commandeur Bonij en \Qiy(>, on a mis à jour, sous le piédestal, une chambre qui était pcut-ét celle. où l'on déposa les cendres de Trajan et de sa femme Floline.
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colonne; chef de l'armée et souverain pontife, tantôt il combat et tantôt il sacrifie. Sa taille est d'ordinaire plus grande que celle des soldats qui l'entourent, mais il vit de la même vie qu'eux et partage leurs épreuves'.... » Plus de deux mille cinq cents personnages figurent dans ces scènes. Il n'est pas de source plus exacte ni plus complète pour les costumes, les coutumes, les usages militaires des Romains au ii" siècle, d'autant que le travail est des plus achevé et très artistique; grâce à des moulages, on peut en étudier le détail.
On a découvert que ces bas-reliefs avaient dû être coloriés comme tant d'autres motifs architecturaux de Rome; primitivement la colonne apparaissait donc bariolée de rouge, de bleu, de jaune et peut-être dorée par endroits. Cette polychromie offense notre goût et nous serions tentés de la trouver peu artistique si les Grecs n'avaient usé du môme procédé.
Les spirales de la colonne de Marc-Aurèle étant moins nombreuses que celles de la colonne Trajane, vingt au lieu de vingttrois, et cette dernière se trouvant en contre-bas. elle paraît sensiblement moins élevée; pourtant ces deux colonnes, abstraction faite des piédestaux, ont exactement la même hauteur, soit 20 mètres ou cent pieds. C'est pourquoi on les nommait parfois, l'une et l'autre, Ceutenaria. On avait également donné à la colonne Trajane le surnom de Coclilis, à cause de la spirale des bas-reliefs.
Un escalier intérieur de 184 marches conduit à la plate-forme supérieure sur laquelle se dressait une statue de Trajan que l'on voit très nettement représentée dans quelques médailles de cette époque. En 1.588. le pape Sixte \' fit placer sur la colonne une statue de saint Pierre en bronze; certains travaux de réparation furent accomplis à la même époque.
Sur la paroi de l'escalier, se voient, vers le haut, des graffiti dont l'un surtout est intéressant, car il rappelle le passage à Rome, en 66,3, de l'empereur Constant il qui emporta une grande partie des statues, des bronzes, des objets d'art que les barbares n'avaient pas détruits ou pillés. Cet escalier est, au reste, parfaitement éclairé par des lucarnes si bien dissimulées parmi les bas-reliefs qu'on peut à grand'peine les distinguer de l'extérieur.
C'est par erreur qu'on a affirmé que le représentant de la France, Basseville, fut assassiné au pied de la colonne Trajane, le 23 nivôse, an !"■ (i3 janvier l'jqo); en réalité, il périt dans la maison du banquier .Moutte, où il avait cherché refuge.
I. S. Rein.vcii. Répertoire. Cichorius, Die Trajans S^iiil", Berlin, i&jb.
La colonne Trajane se dressait au milieu d'une cour dont les dimensions semblent singulièrement exiguës, car elle n'avait que 24 mètres sur 16. L'un des quatre côtés était formé par le temple de Trajan et de Plotina, que l'empereur Hadrien avait élevé à ses parents d'adoption : il y inscrivit son nom, ce qu'il ne fit pas sur les nombreux monuments élevés par ses ordres'; ce temple octastyle périptère, autrement dit ayant huit colonnes sur le devant et entouré de colonnes sur les côtés, se trouvait au centre d'un péribole. Les deux églises S. M. di Loreto et S. Nome di Maria séparées par le palais Bonelli en occupent l'emplacement et l'on n'en a rien dégagé que de rares débris.
De part et d'autre de la colonne se trouvaient les deux corps de bâtiment de la Bibliothèque Ulpia, destinés, l'un, aux écrits grecs, l'autre, aux écrits latins; comme la colonne, cette bibliothèque datait de l'an 11 3. La bibliothèque latine servait d'archives, de même qu'auparavant le Tabularium du Capitule; il fallait donc que le bâtiment fût à plusieurs étages, étant donné l'espace étroit qu'il occupait en plan, 5o à 60 mètres carrés: on y conservait des registres des actes des empereurs: ils étaient composés de tablettes d'ivoire et portaient, en conséquence, le nom de Libri Elephantini; d'autres registres étaient formés de feuilles de lin. c'étaient les Libri lititei. Les historiens romains du ir et du iir siècle puisèrent dans ce dépôt qui était sous la garde du préfet de la ville. La biographie d'Aurélien qui se trouve dans la compilation connue sous le titre d' t Histoire Auguste »- contient un récit attribué à l'historien \'opiscus qui confirme ce fait. Un jour que le préfet, qui était alors julius Tiberianus (291), revenait d'une cérémonie, dans un char avec Vopiscus, celui-ci lui dit, à ce que rapporte Vopiscus : « \'ous trouverez les éléments de l'histoire que vous écrivez dans ces! registres de lin où l'empereur avait ordonné qu'on enregistrât quotidiennement ce qu'il faisait; j'aurai soin que la bibliothèque Ulpia vous les fasse tenir. » Une partie des livres de cette bi-j bliothèque fut transportée plus tard dans la bibliothèque des] Thermes de Dioclétien.
L'empereur Hadrien fit retirer de celle bibliothèque, en 118, les registres indiquant les sommes dues au trésor public par les contribuables et ordonna qu'on les détruisit; il leur fit ainsi abandon de plus de 170000000 de francs. Plus tard, Marcj Aurèle vendit sur le forum de Trajan une partie du garde-
1. Si'.\RTiANts, \'io d'IIadiieii, S i'): dans Jlisloire Auguste.
2. Cette histoire est, à vrai dire, eu partie apocryphe; la vie d'Aurélien aj été composée à des dates diverses mais une partie peut en être attribuée à] Vopiscus.
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meuble impérial, vases de cristal, coupes d'or, étoffes de prix, alin de se procurer de l'arjrent, sans g-rever le budget, pour mener à bien la guerre contre les Marcomans.
La cour, ainsi que les bibliothèques, étaient décorées de statues; les écrivains y avaient leurs effigies même de leur vivant; Sidoine Apollinaire le raconte en ce qui le concerne.
Le côté Sud de la cour était fermé par la basilique, Basilica Ulpici^; c'était un des plus beaux monuments de Rome tant par l'élégance de ses lignes que par la somptuosité de sa décoration ; la longueur en était de 85 mètres, la Jargeur de 04 mètres, à peu près les dimensions de Saint-Paul Hors les Murs: quatre rangées de colonnes partageaient l'édifice en cinq nefs dont celle du centre mesurait 25 mètres de largeur; ces colonnes, au nombre de quatre-vingt-seize, étaient en marbre jaune ; une partie en a été employée dans la construction de Saint-Pierre et du Latran: chaque extrémité de la nef se terminait par un hémicycle dont l'un portait le nom de Litertatis-, peut-être parce qu'on y affranchissait les esclaves: on sait, en effet, que les manumissions s'accomplissaient au forum de Trajan. Il semble qu'une galerie entourait la nef^ ou bien qu'il existait un deuxième étage, car on a retrouvé des traces d'escalier; le toit était en tuiles de bronze doré dont parle Pausanias; le pavement était en marbres rares et en mosaïques que les fouilles accomplies par ordre de l'empereur Napoléon I" ont mis au jour et qui ont été dérobés depuis ou détruits. De très beaux morceaux de sculpture, retrouvés alors, sont consenés au musée du Latran.
Trois portes donnaient sur un escalier de quelques marches qui conduisait au forum. Celui-ci. qui a la forme d"un rectangle de 120 mètres sur 95, était entouré d'une colonnade double sur trois des faces, simple sur la face méridionale qui était limitrophe du forum d'Auguste; des statues étaient placées entre chaque colonne dont une en ambre de Tempereur Auguste et une en ivoire de Xicomède; au centre s'élevait la statue équestre de Trajan; Ammien Marcellin raconte qu'en pénétrant dans ce forum, « la plus étonnante création du genre humain », l'empereur Constance fut frappé d'étonnement et regarda, émerveillé, les édifices « que nulle plume ne peut décrire et que l'humanité ne saurait créer qu'une fois dans le cours des siècles k. Puis il considéra la statue équestre de Trajan et dit à ceux qui l'entouraient qu'il en voudrait bien une semblable à Constantinople ; à
1. l'ne partie du plan de la basilique figure dans la Forma L'itis.