Archiv. st. CapU., Crcd. I, vol. XXXVIII, fol
2. Archiv. di Stato Roitia, Depos. gfcn., lîço, fol- 21, 3o, .^7, 62.
3. Gio. Marangoni, Mcmorie dclV Anjiteatro Flavio, g 60, p. 60. D. Fontana, Di alcune Fattriclie faite in Roma, Naplcs, i6o3, p. 18, et Délia Trasporiazione deW Obciisco Vaticano, Kome, i5i/). Parte II, p. lîJ. .Milizia, \'ila dei più celetri archite tu, Rome, 1768, p. 3o2,
i-'8 LES MONUMENTS ANTIQUES DE ROME.
tin du Colisée, en compensation de la faculté donnée naguère par lui à la Confrérie de démolir l'arc dit de Basile qui se trouvait près dé son hospice. Les matériaux extraits du Colisée devaient servir à rebâtir la grande salle du palais sénatorial fort délabrée, et le Conseil avouait que, son trésor étant vide et son désir de faire ces travaux très grand, il ne voyait pas d'autre moyen de les mener à bien.
Deux organisateurs de spectacles obtinrent du Conseil communal, en 1671, la permission de donner au Colisée des courses de taureaux pendant six années, h la condition de ne pas gêner la circulation en dehors des jours de courses et de réserver aux magistrats une loge de vingt places. Mais, sur les représentations du cardinal Barberini, le pape Clément X intervint et les courses n'eurent pas lieu, A l'occasion du jubilé de 1670, on planta une énorme croix tout en haut du monument, mais elle fut bien vite abattue par le vent. La même année, le pape Clément X fit opérer quelques travaux de restauration.
Le Colisée continuait à être la principale carrière de pierre de la ville et l'on y puisait sans cesse. F'our paver la place du Capitule et la voie qui y donnait accès, on y prit dix-neuf charretées, puis encore d'assez grandes quantités de travertin (16^8).
Le vendredi 2 février 1708, le jour de la Puritication, tandis que le pape tenait chapelle au Vatican et qu'on prononçait les paroles: « Ut nidlis nos permittcis perturbalionibus concussio ». un tremblement de terre se fît sentir qui provoqua dans Rome une extrême frayeur et causa un assez grand nombre de dégâts ; il y eut trois secousses distinctes. Trois arcades de la seconde enceinte du Colisée, du côté de l'église Saint-Grégoire, dans la partie qui est, en effet, la plus ruinée, s'écroulèrent, et aussitôt les tailleurs de pierre d'accourir et de solliciter la faveur d'enlever les blocs qui gisaient sur le sol. Le 28 mars, l'un d'eux, Perini, offrit de payer 2,3o écus la charretée; mais comme le pape exigeait que l'argent fiit versé au Mont de Piété, au crédit' du Colisée, et que les travaux fussent contrôles par le camer lingue, on répondit à Perini de. patienter jusqu'à Pâques. L^ 18 avril, le Procurateur du Peuple se rendit auprès du camerlingue et lui représenta que si la vente se faisait en plusieurs lots, elle rapporterait plus et peut-être jusqu'à 80 écus; le 2 mai, l'architecte du Peuple romain reçut mission de traiter avec ceux qui se présentaient et de recevoir l'argent d'une première vente ; mais le 3o juillet, le Conseil apprit que le pape (Clément XI) venait de céder toutes les pierres tombées « al Tribunal des voies > afin qu'il les employât au port de Ripcttaï une compensation devait être allouée à ceux qui avaient déji
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traité pour leur achat. Quelque temps après, en novembre, le fiscal évaluait le travertin ainsi cédé à 464 écus.
Ainsi le pape agissait en propriétaire tout-puissant, et i' l'était. Cependant le Conseil communal et les représentants, les « g"ardiens > de la Confrérie du Saint-Sacrement étaient toujours en compétition touchant la propriété du monument dont la Confrérie continuait à revendiquer le tiers (i7o5).
Il était dit que le Colisée servirait aux destinations les plus inattendues : en 1714, Clément XI en avait fait une fabrique de salpêtre qui devait alimenter la poudrerie voisine située sur le Palatin, près de la route qui conduisait à la Villa Mills et portait le nom Via délia Polvereria. Cette poudrerie fut transportée sous Napoléon I"' sur l'Esquilin, prés dé Saint-Pierre-aux-Liens, dans quelques salles encore debout des Thermes de Trajan. La rue voisine prit alors le nom de \'ia délia Polvereria, qu'elle a conservé.
Le Colisée cependant était très mal fréquenté ; sous ses voûtes obscures vivaient tout un monde de vagabonds et de miséreux que les sbires ne pouvaient surveiller à cause de la clôture en planches; c'est pourquoi leur chef demanda, en 1760, à y percer une petite porte qui ne nuirait en rien, assurait-il, à l'aspect de l'édifice, et ceci lui fut accordé par le Conseil. Les malandrins continuèrent pourtant à avoir leur retraite au Colisée, et l'on était persuadé à Rome, au cours du xviii' siècle, qu'une population de sauvages y vivait à l'état de nature, tout nus et tout noirs, couverts de poils et fort dangereux pour ceux qui violaient leur ciomaine.
Le 22 -juin 1804, le cardinal Giuseppe Doria Pamfili, procamerlingue, adressa une lettre au trésorier général pour lui exposer que. depuis nombre d'années, on déposait du fumier dans les galeries du Colisée afin de favoriser la production du salpêtre destiné à la poudrerie voisine; il en résultait que les pierres étaient attaquées et corrodées et qu'en outre les charretiers en entrant et en sortant, l'hiver en allumant de grands feux, causaient d'irréparables dommages « à ce rare édifice ». Dans une autre lettre, datée du 2 juillet suivant, il estimait à douze mille charretées la « terre nitreuse » et à six cents charretées le fumier accumulés dans le monument; il rappelait que ces dépôts étaient jadis recouverts de paille, mais qu'un jour un fabricant de salpêtre y avait mis le feu, pensant tirer du salpêtre des cendres : mauvais calcul, dit le cardinal, car si la paille chaude contient du sel, il s'évapore lorsqu'on la brûle. Il proposait, en conséquence, d'offrir aux agriculteurs d'enlever le fumier en le payant 3û bolognini la charretée.
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D'ailleurs, une commission réunie l'année précédente concluait de même dans un rapport daté du i3 juin 1804 ; il déclarait que « soixante-dix ans de salpétracre » uni à l'action du fumier avaient gravement compromis certaines parties de l'édifice; des pilastres ne tenaient plus que par miracle; les arcades du côté oriental, faisant face à Saint-Jean de Latran, étaient particulièrement atteintes; un grand travail de consolidation s'imposait.
Deux architectes se présentèrent, concluant l'un et l'autre que, pour sauver la partie orientale, qui était la plus menacée, il n'y avait d'autre recours que de construire un éperon allant de la base au faîte, l'un en estimait le coût à 3ioo écus, l'autre à 8200 (novembre 1806). Ce travail fut donc décidé et confié, par un rescrit de Pie VII, à un certain maître maçon du nom d'Antonio Valenti (22 novembre 180Ô). Il avait été convenu que le trésorier général verserait à \'alenti 100 écus par semaine ; mais comme on le pressa d'activer les travaux et d'engager à cet effet le plus d'ouvriers possible, il demanda que cette allocation fût portée à 400 écus; on consentit à lui en donner 200. L'œuvre achevée, il fut décidé qu'il fallait commémorer par une inscription l'intervention du pape, et une plaque de marbre avec des lettres en plomb retenues par dés crampons de fer fut apposée sur l'éperon ; elle coûta 240 écus.
Des fouilles accomplies en i8i3 sous la direction de Carlo Fea donnèrent lieu à plus de polémiques que de découvertes.
En l'année i836, la ville fut dévastée par une épidémie de choléra ; comme on ne savait où enterrer les morts, le cardinalvicaire s'avisa de les faire porter au Colisée! Le cardinal secrétaire d'État Lambruschini protesta, mais, pendant un temps, le Colisée devint un charnier. Quand enfin le scandale eut cessé par suite de l'intervention du pape, ce fut bien autre chose. On décida de procéder dans Tarene aux distributions de pain aux indigents ; cinq ou six mille personnes affluèrent, au grand détriment des piliers et de tous les soubassements. Le gardien du Colisée, auquel avait été accordé, depuis quelques années, l'appui d'un corps de garde, protesta, « pour couvrir sa responsabilité », par une lettre adressée au camerlingue à la date du 2g mai 1837'. Ce malheureux gardien avait fort à faire; grâce au mauvais état des clôtures, les vauriens pénétraient sans cesse, comme jadis, dans ce « local », s'y installaient et dégradaient même les parties hautes. Le secrétaire de la Commission
I. Archiv. di Stato, Roina, Arch. del Camerlengato, tit. IV, IN.1., fasc. :6o3- 2411. Les fasc. i.?i,836, i23i, i5oi conlienncnl des actes de peu d'importance relatifs au Colisée : autorisations de faire des fouilles et de prendre des mesures.
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des Antiquités fut fort étonné, un jour de mars i838, de voir un homme courir sur la corniche de la deuxième galerie: on lui répondit que c'était chose commune.
.Mais l'utilité des gardiens se faisait surtout sentir les nuits de pleine lune.
Le peuple romain, que les spectacles grandioses et artistiques ont toujours touché profondément, aimait à se réunir dans les nuits d'août au Colisée pour y voir se lever la lune entre le Monte-Porzio et Frascati. et l'amphithéâtre s'éclairer peu à peu et se transformer sous sa lumière blanche et si doucement mystérieuse. Cette coutume, qui s'est perdue, durait encore au milieu du siècle dernier.
Que de belles pages ont été écrites sur la splendeur d'une nuit de lune au Colisée! Et quelle association émouvante, en effet, et plus apte à suggérer de poétiques pensées que celle de ce débris colossal du passé, témoin de tant d'années révolues, et de « la souveraine maltresse des mélancolies profondes », selon l'expression de Shakespeare. Nul n'a peut-être parlé de façon plus magnifique de ce magnifique spectacle que lord Byron dans Manfred. « ... Dans le lointain, le chien de garde hurlait par delà le Tibre; plus près, sortait du palais des Césars le long cri du hibou ; l'appel distant des sentinelles s'élevait et s'évanouissait sur l'aile d'une douce brise.... Et toi tu brillais, lune roulante, sur tout ceci; tu répandais une large et tendre lumière qui adoucissait l'âpre austérité et la désolation rugueuse de ces lieux : elle semblait remplir le vide qui sépare les siècles passés de celui d'aujourd'hui : elle laissait sa beauté à ce qui fut beau autrefois et rendait beau ce qui ne l'était pas '. »
Mais ces contemplations n'étaient pas sans danger pour ceux qui s'y livraient, non pas tant à cause des vagabonds dont le Colisée était encore infesté que de l'antagonisme qui existait entre les différents gardiens chargés de les surveiller. On en a la preuve dans un rapport bien cuiieux adressé par le gardien du Colisée,, un certain Stoisman, au Présidente délie Armi. « Un des spectacles qui réjouissent le plus les yeux des étrangers, dit-il, est l'Amphithéâtre Flavien au clair de lune. Là se réunissent fréquemment beaucoup d'illustres familles; un Espagnol vint, il y a peu de temps, amenant quelques-uns de ces aveugles qui chantent dans les rues de la ville, car il voulait unir le plaisir des oreilles à celui des yeux.... Or, la sentinelle n'a pas voulu les laisser passer et ils ont tous été jetés hors du
I. Manfred, acte III, se iv. Voir aussi le beau passage de Childe Harold, ch. IV, st. 123 : « Les layon.s de la lune semblent la torche naturelle de ces lieux, car il leur faut une lumière divine... -.
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monument. D'autres visiteurs ont subi le même sort.... » (8 octobre i838.j Le cardinal Giustiniani intervint; plus tard, en 1841, un règlement fut promulg-ué, mais la querelle continua. Le même Stoisman se plaignait en cette année que le serg"ent de garde avait repoussé de vive force des visiteurs que lui, en sa qualité de gardien, s'apprêtait à conduire dans le Colisée pour y admirer le monument éclairé par la lune ; Anglais et Allemands éprouvaient les mômes aventures. Pour un peu, l'arène aurait revu les sanglants combats d'autrefois.
Stendhal écrivait, en 1828 : « 11 y a quelques jours un Anglais est arrivé à Rome.... Il a vu au Colisée une centaine de maçons et de galériens qui travaillent toujours à consolider quelque pan de mur ébranlé par les pluies. L'Anglais les a regardés faire, puis nous a dit le soir : « Par Dieu ! le Colisée est ce que j'ai « vu de mieux à Rome. Cet édifice me plaît. Il sera magnifique « quand ils l'auront fini ». Il a cru que ces cent hommes bâtissaient le Colisée M »
Le ministre Guido Baccelli a fait déblayer le Colisée et on a même retrouvé les traces de la plate-forme qui l'entourait ; cinq des cippes qui la limitaient ont été découverts en place et on peut les voir du côté Nord, en contre-bas de la \'ia del Colosseo actuellement Niccolo Salvi.
Ce fut en 1874 que commença le dégagement des substructions de l'arène.
L'abondante végétation qui couvrait les ruines du Colisée a été supprimée au commencement du siècle dernier.
« On a dépouillé les murs à demi croules du Colisée des plantes et des arbustes qui en accompagnaient si bien la vieillesse, écrit Ampère-. Toutefois, en arrachant toutes ces plantes, on a ébranlé et fait choir bien des pierres, et d'aucuns pensent que le mal a surpassé le bien. »
META SUDANS
Entre l'arc de Constaniin et le Colisée se dresse un informe pilier de maçonnerie; c'est peut être l'exemple le plus Irappant de l'état de délabrement dans lequel nous sont parvenus les monuments antiques. Il ne nous est donné de voir que des squelettes. Ce pilier, qui a q mètres de hauteur et 5 mètres à la base, servait d'armature à une fontaine de marbre, la Meta Siuians. H