‹ Les monuments antiques de Rome, encore existantsChapitre 98 sur 156 · I. C. F. iMazois, Palais de Scaurus, Paris, ifiSg · texte numérisé non relu

I. C. F. iMazois, Palais de Scaurus, Paris, ifiSg

2 Suétone, Atig., 72.

3. On n'est pas tout à fait fixé sur son emplacement. Les dernières discussions des archéologues ont jeté beaucoup d'obscurité sur la topographie du Palatin.

i^S LES MONUxMENTS ANTIQUES DE ROME.

détruisit: aussitôt une souscription publique s'organisa et d'énormes sommes furent recueillies pour réparer cette catastrophe'; Auguste n'accepta qu'un denier par souscripteur et put néanmoins édifier une superbe demeure dans laquelle il vécut encore dix ans. Ainsi, peu à peu, s'aidant des circonstances et sans choquer l'opinion, Auguste transformait sa maison en palais. C'était, au reste, sa façon de procéder, par gradations et en laissant faire le temps. Par ordre du Sénat, un chêne fut planté à sa porte en commémoration de ses victoires. Ovide parle, dans les Tristes (III, i). de l'entrée de ce palais que masquent les « oliviers », quand il imagine son livre venu à Rome des tristes bords du Pont Eu.xin et errant, sous la conduite d'un guide, dans le Palatin*.

La vue qu'on avait de la maison d'Auguste devait être splendide, alors surtout que la plaine qui s'étend au pied du Palatin était remplie de somptueux monuments: au loin, se détachent les monts albains et les montagnes sabines; plus près s'étend la plaine doucement ondulée où serpentaient quelques-uns des aqueducs dont les arches à demi croulées donnent aujourd'hui un aspect de si noble tristesse à la campagne romaine.

Le palais était relativement petit, car Auguste goûta ou affecta toujours la simplicité. On a admis longtemps que la villa .Mills en occupe l'emplacement': sa démolition permettra de vérifier bien des hypothèses; des fouilles entreprises par Rancoureil en 1776* ont fait connaître certaines particularités de

1. C'était la coutume à Rome que, lorsqu'un sinistre frappait quelqu'un, ses amis se cotisaient pour l'indemniser; il y avait là une manière d'assurance mutuelle.

2. « Voici, dit le sruide du livre, le forum de César, voici la rue qui doit son nom aux cérémonies sacrées (Sjcra Via), voici la maison de Vesta, ou l'on conserve le palladium et le feu sacré, ici s'élevait l'humble palais du vieux Numa (regu). • Puis ils tournent à droite (en passant devant l'emplacement actuel de l'arc de Titus). • Voici, continue le Romain complaisant, la porte du Palaiin (porta Mugonia), voici Stator (le temple de Jupiter Stator, près de l'arc de Titus), c'est ici le berceau de Home (le .Vm«./ms ou la Roma qnadrata, qui se trouvait près du temple d'Apollon i. • On aperçoit alors des portes près desquelles brillent des trophées d'armes, une dertieure dig:ne d'un dieu : est-ce le palais de Jupiter? (C'est la maison d'Auguste, c'est-à-dire peut-être la maison dite de Livie). Puis on atteint le temple d'une blancheur éclatante, eleve sur de hauts deg-rés, qui est consacre au dieu bouclé (Apollon) : de la on aperçoit entre des colonnes faites de marbres exotiques, le g-roupe des Danaidcs et la tihtiolltéque où les lecteurs trouvent tous les auteurs anciens et modernes. iMais le gfardicn de l'enceinte sacrée d'Apollon expulse les visiteurs qui gatrnent alors le portique d'Octavie (probablement en descendant par la Porta Rom a II nia).

3. Ceci est incertain : les ruines qui se trouvent sous cette villa sont en grande partie de beaucoup postérieures au temps d'Augrustc.

^. \'(in notre ouvrasse sur les Monuments Je Rome. p. iSi*.

l'aspect de ce palais; une g-alerie en arc de cercle garnie de colonnes permettait de jouir de la vue ; elle était reliée à la cour centrale par un passage également orné de colonnes en marbre, quatre de chaque cOlé ; tout autour étaient les pièces; c'est la disposition habituelle des maisons romaines; le rez-dechaussée était surmonté d'un étag-e. Aucune des pièces n'était spacieuse, mais les dimensions semblent en avoir été bien proportionnées; le sol était orné de mosaïques. Les richesses artistiques que contenait cette résidence, statues, bas-reliefs, marbres ont été dispersées au xviir siècle et antérieurement.

Area et Temple d'Apollon. — L'Area d'Apollon se trouvait derrière le palais; on y admirait un arc de triomphe élevé par Aug-uste en l'honneur de son père C. Octavius; il était surmonté d'un quadrige de marbre supportant un groupe représentant Apollon et Diane, dû au sculpteur grec Lysias. Pline prétend que ce groupe était tiré d'un seul bloc de marbre, mais il dit la même chose du groupe du Laocoon et l'on sait qu'il se trompe'. Au centre s'élevait le temple d'Apollon, en un lieu que la foudre avait désigné à Auguste. Ce temple fut commencé par l'empereur sur un terrain acquis par lui en 3o av. J.-C, à la suite de sa victoire sur Sextus Pompée et il fut dédié en 28. Il était octostyle, périptére. Si Auguste se montrait modeste dans son propre palais, il était fastueux dans l'ornementation des temples qu'il élevait; dans celui-ci, que Properce, Ovide, Suétone, Tacite, Pline ont célébré, l'or, l'ivoire, le marbre, les œuvres d'art étaient prodigués. Les parois étaient de marbre blanc, le fronton portait un quadrige en bronze doré symbolisant le char du soleil. Dans la Cella se trouvaient une statue d'Apollon par Scopas, de Latone par Ccphisodotos fils de Praxitèle, de Diane par Timothée : autour étaient les neuf muses ; il y avait aussi des statues en bronze dues à deux sculpteurs archaïques, fils de Archermos de Chios; les portes étaient décorées de bas-reliefs en ivoire représentant l'histoire de Niobé et le désarroi des Gaulois à Delphes quand Apollon les mit en déroute en leur montrant l'égide. Huit statues d'argent représentant l'empereur lui avaient été offertes, il les fit fondre « afin de remettre des présents sous forme de trépieds au temple d'Apollon», dit-il luimême dans l'inscription d'Ancyre*; il eut au reste la délicatesse de les offrir tant en son nom qu'au nom des souscripteurs. Outre ces trépieds, la Cella. contenait des lampes, des candé-

1. A vrai dire, dans le Laocoon, comme dans la Vénus de Milo, les joints sont si bien faits qu'il est presque impossible de les découvrir.

2. SuÉTO.Nb: (Auguste, 52), dit que ces trépieds étaient en or {aurcas cortinas).

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labres, des vases, ainsi que d'autres œuvres d'art et des pierres gravées dédiées au dieu par le jeune Marcellus. Le temple d'Apollon possédait un lustre dont les lumières représentaient les fruits d'un arbre et qu'Alexandre le Grand avait pris à Thèbcs pour l'offrir à la cité de Cyme». Le piédestal de la statue d'Apollon contenait dan:, une cachette les livres sibyllins enfermés dans deux coffrets dorés*; c'était un abri très sûr puisque même le grand incendie de 363 ne les détruisit pas. Sur les côtés du péristyle se trouvaient deux bibliothèques, ou une bibliothèque divisée en deux parties, l'une pour les livres grecs, l'autre pour les livres latins; des bibliothécaires et plusieurs auxiliaires surveillaient ces dépôts. Un troisième côté formait une galerie ; une statue en bronze doré d'Apollon haute de cinquante pieds et d'origine étrusque, y avait été apportée. Au mur étaient appliqués des médaillons représentant les écrivains fameux. La bibliothèque renfermait d'anciennes inscriptions grecques. Entre les colonnes du péristyle étaient placées les statues des cinquante filles deDanaûs; leurs époux d'un jour figuraient à cheval dans la cour, éternel reproche dont l'austérité d'Auguste voulait sans doute doubler leur supplice infernal.

Le sénat se réunissait dans ce lieu ; Auguste vieilli et Tibère l'y assemblèrent plusieurs fois; le 2.5 mars 268, l'empereur Claude II le Gothique y fut acclamé.

Le célèbre groupe de quatre bœufs en bronze dû à Myron faisait face à l'entrée du temple.

Ce temple fut brûlé en partie sous Néron, de nouveau endommagé sous Commode, restauré par Septime-Sévère et définiti-, vement détruit en 3ô3 sous Julien l'Apostat, dans la nuit du 18] au II) mars; ce fut le préfet de la police Apronianus qui sauva] alors les livres sibyllins.

Temple de Vesta. — On suppose qu'entre le péristyle du] temple d'Apollon et la demeure d'Auguste ou peut-être dans cette demeure même se trouvait un petit temple rond dédié à Vesta par Auguste en l'an 12 av. J.-C, le 28 avril ; il rappelait! celui du Forum ; Auguste l'avait édifié quand il devint Potitifex^ Maximus car le souverain pontife devait habiter près du templei

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