EN FACE DU CONSULAT DE FRANCE, À MONTRÉAL
A statue de sainte Jeanne d’Arc, en face du consulat de
1 France, à Montréal, est l’œuvre de André Vermare, sculpteur français, grand prix de Rome. Le piédestal a été
dessiné par l'architecte montréalais Michel Helbronner.
Le dévoilement de la statue eut lieu le 6 octobre 1912.
C’est M. Louis Delamarre, le distingué professeur de littérature française, qui fit le principal discours à cette belle fête où Canadiens et Français s'étaient unis pour honorer la grande héroïne.
De cette belle pièce d’éloquence nous voulons au moins reproduire ici quelques pensées :
‘ Jeanne d’Arc, disait M. Delamarre, fut la plus pure, la plus noble incarnation du patriotisme. Et qu'est-ce donc que le patriotisme ? C’est ce sentiment complexe et souvent indicible qui représente un besoin naturel du cœur : c’est le souvenir persistant de la patrie à travers les siècles : c’est l'affection de la famille étendue à tous ceux de sa race : c’est le trésor commun des gloires et des tristesses : c’est souvent un sentiment plus difficile à définir qu’à ressentir parce que c’est un sentiment très complexe fait des éléments les plus divers. Il arrive même que le patriotisme allie l'amour de la patrie ancienne à l’amour de la patrie actuelle, et c’est le cas admirable que l’on peut voir au Canada.
” D'ordinaire le patriotisme des femmes ne se traduit que par les sentiments du cœur : quand la patrie est blessée, il leur est permis de pleurer et de prier. ‘Jeanne a fait plus : elle s’est livrée au hasard des batailles pour sauver son roi. Elle s’est immolée sur le bûcher à son amour de la patrie.
” Nous devons à la vérité historique de dire que sa foi profonde et agissante fut la source de son patriotisme.
“ Depuis cent ans on s’entr'égorgeait sur les champs de bataille. Tandis que les légistes discutaient pesamment sur les points obscurs de la loi salique, la moitié du royaume appartenait au roi d'Angleterre. Le devoir patriotique était difficile à discerner pour une pauvre paysanne, quand les grands du royaume avaient peine à la reconnaître. Jeanne cependant n’hésita pas et, guidée par l’ordre de Dieu, elle marcha vers le roi et le conduisit au sacre de Keims. Elle sut mieux organiser les batailles que
les hommes de guerre les plus fameux. Par son patriotisme ardent, par sa foi profonde en les destinées de la France, elle arracha le peuple à l’aveulissement général.
‘A qui incombe la responsabilité du martyre de Jeanne ? Aux Anglais qui la brûlèrent ou aux Français qui la condamnèrent? Car la majorité de ceux qui la condamnèrent étaient Français. Il faut le reconnaître, l’évêque de Beauvais, après sa mort, écrivit au duc de Bedford pour le prier de recommander à Rome sa nomination à l’évêché de Rouen : c'était le prix du sang.
‘ Jeanne fut l’âme et la conscience de la France et sa statue, devant la maison de l’Union Nationale Française, sera comme la vivante image de la patrie.”