PÉRIODE NÉO-BRAHMANIQUE
La période de renaissance du Brahmanisme, ou néo-Brahmanique, est au moins aussi obscure que la précédente.
Les documents historiques font entièrement défaut sur les circonstances qui amenèrent la disparition du Bouddhisme et la renaissance du Brahmanisme. Les monnaies et les monuments sont les seuls documents que nous puissions consulter.
Ce fut probablement, à en juger par les monnaies, sous la dynastie Gupta, qui régna de Pan 401 à lan 502 de notre ère et parait avoir exercé la suprématie dans le nord de l’Inde, que l'influence de l’ancien Brahmanisme, qui n’avait pas complètement disparu d’ailleurs, devint assez puissante pour s'imposer graduellement : les monnaies des rois de Kanoudje, de Delhi, de Mahoba, etc., indiquent leur retour aux anciennes croyances. Pendant les cinquième et sixième siècles le Bouddhisme continua à décliner, et, au septième siècle, la construction de monuments bouddhiques devint infiniment rare; enfin, au huitième siècle on peut dire que le Bouddhisme a disparu à peu près entièrement.
Lorsque ce passé si obscur commence à s’éclairer de quelques lueurs, on constate qu’une secte nouvelle, le Jaïnisme, qu’on suppose aujourd’hui aussi ancienne que le Bouddhisme, a pris une grande extension; mais la plus grande partie de l'Inde se partage entre le culte de Vishnou et celui de Siva. Le nouveau Brahmanisme, qui a remplacé l’ancien, a bien gardé théorique-
ment les anciens dieux, mais entre la religion nouvelle et la religion ancienne la différence est
réellement très grande.
On admet généralement que le Bouddhisme disparut à la suite de persécutions violentes ;
s mais rien ne justifie une opinion semblable. Les persécutions servent beaucoup plus à propager les religions qu’à les renverser ; et, de plus, il n’est guère de peuple plus tolérant que le peuple
hindou. Il nous semble évident, au contraire, que la substitution d’un culte à l’autre dut se faire
| | d’une façon graduelle. J’ai eu sous les yeux, en visitant le Népal, le mécanisme de cette transformation. Cette région, la seule de l’Inde avec Ceylan restée bouddhique, retourne aujourd’hui spon-
tanément, sans l’ombre d’une pression, au Brahmanisme. Ce retour, commencé depuis longtemps
| ) | {1 | sans doute, s’y fait par fusion des deux cultes, fusion dans laquelle l'élément brahmanique tend | à l'emporter de plus en plus sur l’élément bouddhique, jusqu’au jour, vraisemblablement assez
DL | prochain, où ce dernier culte aura entièrement disparu.
Les anciens monuments qui existent encore aujourd’hui dans l’Inde, ceux d’Ellora par exemple, fournissent la preuve qu'avant la substitution du Brahmanisme au Bouddhisme, les deux cultes véeurent d’abord simultanément côte à côte. Nous avons également la preuve qu’ils vécurent en bonne intelligence, ce qui est tout à fait du reste dans les mœurs tolérantes des Hindous, par un fait que nous trouvons dans la relation de Hiouen Thsang. Lorsqu'il visita Benarès au septième siècle, la cité sainte était déjà plus brahmanique que bouddhique; les deux cultes étaient cependant traités sur un pied d'égalité, puisque, dans une fête donnée à Allahabad et à laquelle assistaient plusieurs princes, nous voyons le premier jour les prêtres bouddhistes être fétés et recevoir des présents, et les jours suivants, les sectateurs du Brahmanisme recevoir exactement le même traitement.
Le même esprit de tolérance s’est continué plus tard lorsque le Jaïnisme a remplacé le Bouddhisme. Nous en avons la preuve en voyant figurer à côté l’un de l’autre, à Khajurao, des temples de la même époque consacrés aux trois religions alors dominantes, le Sivaïsme, le Vichnouïsme et le Jaïnisme.
L'histoire des origines et du développement du Jaïnisme qui, à un certain moment, semble avoir disputé au Brahmanisme la succession du Bouddhisme, est tout à fait inconnue. Nous pouvons affirmer qu’il joua, à une certaine époque, un rôle fort important, car les temples Jaïnas, — dont les premiers n'apparaissent guère qu’au dixième siècle de notre ère, — sont certainement les plus remarquables de Inde. Les sectateurs du Jaïnisme se prétendent antérieurs aux Bouddhistes. Ils croient, comme les premiers, que le monde est éternel et n’eut pas de créateur. Leurs dieux sont simplement des personnages ayant réussi, à force de sainteté, à se soustraire aux incarnations futures. On les représente toujours entièrement nus.
Cette période néo-brahmanique, qui succéda dans l'Inde au Bouddhisme vers les septième et huitième siècles de notre ère, ne fut pas interrompue par les invasions musulmanes. L’Inde fut soumise aux disciples du prophète, et beaucoup d’Hindous se convertirent sans doute à lIsla-
misme; mais le plus grand nombre des habitants conserva son culte et le pratique encore.