‹ Les monuments de l'Inde, ouvrage illustré d'environ 400 figures, héliotypies, dessins, cartes et plansChapitre 9 sur 93 · PÉRIODE BOUDDHIQUE · texte numérisé non relu

PÉRIODE BOUDDHIQUE

L'époque de la naissance du Bouddhisme dans l’Inde appartient beaucoup plus à la légende qu’à l’histoire, Nous ne savons de cette période que ce que nous en disent les récits fantastiques des chroniques bouddhiques. Ce n’est qu'après les invasions d’Alexandre, et surtout lorsque, 250 ans environ avant Jésus-Christ, le Bouddhisme devient la religion officielle, que nous possédons des faits précis et que l’obscurité commence à se dissiper : elle reparaît malheureusement bientôt.

L’invasion d'Alexandre (327 avant notre ère) eut, au point de vue politique, une importance

bien faible, puisque le conquérant macédonien dépassa à peine l’Indus et ne laissa aucun établis-

sement durable après lui. La plus insignifiante des invasions musulmanes eut des résultats tout autres. Mais si les conséquences immédiates des victoires que remporta le héros grec sur quelques petits chefs avoisinant l’Indus furent faibles, les conséquences lointaines furent d’une assez grande importance. L'expédition d'Alexandre révéla à l'Occident un monde nouveau qu’il ne connaissait guère que de nom.

Après le départ d'Alexandre, un roi hindou, Chandragupta, le Sandrakottos des Grecs, fils d’un des petits chefs du Pendjab écrasés par Alexandre, étendit graduellement son empire sur tout le nord de l’Inde et expulsa sans peine les garnisons macédoniennes. Il fixa le siège de son empire à Pataliputra (la Patna moderne), capitale du royaume de Magadha. Il devint bientôt si puissant que Séleucus Nicator qui, après la mort d'Alexandre, régnait sur la Syrie, la Babylonie et toutes les provinces comprises entre l'Euphrate et l’Indus, envoya à sa cour, vers l’an 300, pour faire alliance avec lui, un ambassadeur grec du nom de Mégasthène. Mégasthène séjourna pendant longtemps à Pataliputra, et c’est par sa relation, dont une partie a été conservée, que nous avons les premières notions précises des mœurs et des coutumes des Hindous de cette époque. La description qu’il donne du palais du roi est malheureusement insuffisante pour que nous puissions nous faire une idée exacte de ce qu'il était au point de vue architectural.

Le petit-fils de Chandragupta fut le célèbre Asoka, qui régna 250 ans environ avant Jésus- Christ. Après avoir, suivant les légendes bouddhiques, massacré les cent fils que son père avait eus de seize femmes différentes, et évité ainsi les compétitions fraternelles, il étendit son empire sur tout le nord de l’Inde. Les limites en sont marquées par une inscription qui subsiste encore. Il allait de l’Afghanistan au Bengale et de l'Himalaya à la Nerbudda, Il touchait, à l’ouest, au royaume grec de la Bactriane.

Cest avec ce prince que commence l’histoire architecturale de l’Inde. Les colonnes qu’il fit élever pour inscrire ses édits subsistent encore. Les célèbres monuments de Bharhut, de Sanchi, de Bouddha Gaya, dont les bas-reliefs sont si précieux au point de vue de l’histoire du Bou ddhisme, sont contemporains d’Asoka, ou lui sont à peine postérieurs. Il ne reste rien des palais qu’il se fit construire, mais nous pouvons supposer qu’ils devaient être fort riches, car le pèlerin Fa Hian, qui vit, au cinquième siècle de notre ère, les ruines des maçonneries, et la tour de celui qu’il possédait à Pataliputra, assure aw’il était trop beau pour avoir pu être l’œuvre d’un mortel.

Ce fut Asoka qui fit du bouddhisme la religion officielle. Son zèle religieux était très vif, car il envoya des missionnaires un peu partout, à Ceylan, et même jusqu'en Égypte, auprès de Ptolémée Philadelphe.

La dynastie, dite Mauria, dont Asoka fut le plus illustre représentant, dura environ un siècle, c’est-à-dire de 325 à 188 avant Jésus-Christ. Après elle, l'empire fondé par Asoka se dissocia bientôt en petits royaumes indépendants : le royaume de Magadha continua cependant à subsister jusqu’au sixième siècle de notre ère sous des souverains divers, mais il ne comprit plus que la région bien limitée correspondant au Béhar actuel. Les Pouranas donnent la liste des rois de Magadha pendant un millier d'années ; mais les monuments nous montrent que les autres souverains indépendants étaient nombreux. Nous connaissons notamment ceux de Kachemire et de Kanoudje, sans parler de ceux du sud de l’Inde dont nous nous occuperons dans un autre chapitre.

Après Asoka, les seuls documents hindous que nous ayons sur l’Inde jusqu’à l'invasion musul-

mane sont, en dehors des récits légendaires des Pouranas, fournis par les monuments. Ils consti-

tuent, avec les récits des pèlerins chinois dont nous avons parlé, les seuls documents qui nous permettent de reconstitner la civilisation de l’Inde pendant cette période.

Durant cette longue nuit d'environ douze siècles, il n’ya qu’un bien petit nombre de personnages importants dont les chroniques hindoues nous aient conservé le souvenir. Le plus célèbre de ces personnages demi-légendaires, Vikramaditya, prince de Malwa, résidait à Ujein, près de la Nerbudda. Il avait, suivant la chronique, étendu son empire sur la totalité de l’Inde jusqu’à la pointe du Dekkan. Bien que son histoire ne soit qu’un tissu de fabuleuses légendes, il dut certainement jouer un rôle fort important, puisque les Hindous font dater de son avènement, supposé avoir eu lieu 57ans avant Jésus-Christ, — ce qui est fort douteux, — une ère nouvelle, Père Samvwvat.

Cest au mème héros que les légendes hindoues attribuent l’expulsion hors de l’Inde des

Scythes, qui y avaient fondé un grand royaume deux siècles avant Jésus-Christ. Après avoir

pénétré chez les Grecs de la Bactriane, ils avaient fini par les remplacer totalement. Un de leurs rois, converti au bouddhisme, Kanishka, fonda vers le commencement de notre ère un empire comprenant l'Afghanistan, le Pendjab, le Rajpoutana. Nous ne savons rien de leur histoire, sinon, comme nous le voyons par les statues, qu’ils propagèrent l'influence artistique

des Grecs assez loin. Ils disparaissent brusquement deux siècles environ après notre ère.

Parmi les souverains dont le nom a subsis

dont le pèlerin chinois Hiouen Thsang, qu

é il faut ranger encore le rajah Harsha Vardhama,

i visita l’Inde en 634, nous parle comme de lun

des plus puissants souverains du nord de Inde. Sa capitale était Kanoudje, une des plus an-

ciennes cités de l’Inde, le siège pendant long

emps de la dynastie Gupta, et qu’on suppose avoir

été un des berceaux de la civilisation aryenne. Ptolémée la mentionne 140 ans après Jésus- Christ sous le nom de Kanojya. Le royaume dont elle était la capitale, à l’époque de Hiouen Tshang, s’étendait du Kachemire à l’Assam, et du Népal à la Nerbadda,

Kanojya ou Kanoudje se trouve à l’est d'Agra, à deux lieues du Gange. Toutes les traditions sont d'accord pour vanter sa splendeur. Elle combla d’admiration Mahmoud de Ghazni, lorsqu’il l’attaqua en 1016 de notre ère. Lorsqu'il s’en approcha, il vit, au dire de Ferishta, « une cité qui élevait sa tête jusqu’au ciel, et qui par ses fortifications et son architecture pouvait

justement se vanter de n’avoir pas de rivale ».

De cette ancienne capitale qui avait cinq kilomètres de longueur, d’après ce qu’en dit Hiouen Thsang , il ne reste pas une pierre pour en raconter l’histoire. La destruction des monuments antérieurs à l'invasion musulmane y fut, de même que pour beaucoup d'anciennes capitales célèbres, celle d’Asoka notamment, si complète que, malgré toutes ses investigations, Cunningham n’a pu réussir à en découvrir un seul débris. Ce qu’il y a trouvé de plus ancien est une inscription, datée seulement de 1136, et très postérieure par conséquent à l'invasion musulmane. Tous ses monuments sont exclusivement musulmans, construits quelquefois cependant avec des débris de vieux monuments hindous.

Kanoudje fit partie de ces grandes capitales antiques de l'Inde dont nous ne connaissons l’histoire que par la tradition, les inscriptions et des monnaigs. Il est impossible de mettre uniquement sur le compte de l'imagination des écrivains leur splendeur, quand on a vu les restes du petit nombre de celles qui ont échappé à la destruction, Khajurao, par exemple.

Kanoudje, Khajurao, Mahoba, et bien d’autres cités dont il ne reste que le nom ou les ruines, furent le siège de puissants empires, dont les plus célèbres furent gouvernés par des

rois de race Rajpout, la plus ancienne et la plus pure de l'Inde, la seule dont les dynasties subsistent encore, et qui ait conservé, sinon son indépendance, au moins ses institutions et ses coutumes. Son histoire ne nous est malheureusement guère connue que depuis ses souverains entrèrent en lutte avec les musulmans. Ces derniers réussirent à les refouler dans les régions montagneuses et escarpées du Rajpoutana, mais ils n’obtinrent d’eux qu’une soumission purement nominale.

Toute cette période, qui s'étend des successeurs d’Asoka à la renaissance du Brahmanisme, et même aux invasions musulmanes, est donc, comme on le voit, aussi obscure que celle qui l’a précédée; et, sans les monuments qui lui ont survécu, nous ne saurions à peu près rien

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