‹ Les monuments de l'Inde, ouvrage illustré d'environ 400 figures, héliotypies, dessins, cartes et plansChapitre 17 sur 93 · ÉDIFIÉS SUR LE SOL · texte numérisé non relu

ÉDIFIÉS SUR LE SOL

MONUMENTS DE BHARHUT. (Fig. 19 à 23.)

ous avons expliqué que les stupas avaient la forme de grands tumulus

entourés d’une balustrade de pierre sculptée. Les plus célèbres sont ceux de Bharhut, Sanchi, Sarnath et Amravati. Nous les décrirons ou mentionnerons successivement.

Le stupä de Bharhut, à l’Est de Khajurao, dans le Bundelkund, présente une grande analogie avec celui de Sanchi que nous représenterons plus loin. Il était formé, comme ce dernier, d’un dôme

entouré d’une balustrade percée de quatre portes monumentales,

placées chacune à l’un des points cardinaux.

Le stupà de Bharhut est à peine antérieur à celui de Sanchi. Cunningham le supposait d’abord du troisième siècle avant J.-C., mais il a reconnu aujourd’hui qu’il était antérieur de 130 ans seulement à notre ère.

Les piliers, comme ceux de Sanchi, portent des animaux qui rappellent les chapiteaux persépolitains. Les sculptures de la balustrade sont, comme celles de Sanchi, également consacrées à des scènes de la vie de Bouddha et aux nombreuses légendes de ses vies antérieures.

Bien que sachant que ce monument remarquable avait été détruit, et ses fragments transportés au musée de Calcutta où ils figurent aujourd’hui, j'ai tenu à visiter Bharhut. C’est un petit village, tellement inconnu, que le principal magistrat indigène de la ville la plus voisine, Sutna, m’affirmait qu’il n’existait pas. Il m'a fallu une grande journée de marche pour l’atteindre.

La figure 19 représente tout ce qui reste de ce monument remarquable; quelques statues seulement sont encore debout.

Rien n’est plus regrettable que cette habitude anglaise de démolir des monuments pour les

— Débris des sculptures de la balustrade qui entourait le Stupâ. Ces statues représentent les seuls vestiges que

Fig. 19. — BHARHUT.

onument. Il a été brisé par des collectionneurs et transporté à Calcutta. C'est d'après

j'ai pu trouver à Bharhut de cet important m par le général Cunningham, qu'ont été exécutées les quatre figures &

les photographies exécutées à Calcutta,

. — BraruuT, — Fragments de bas-reliefs et de statues du Stupâ.

transporter dans des musées, où on leur fait subir des restaurations destinées à flatter l'œil du visiteur, mais qui leur font perdre en réalité la plus grande partie de leur valeur.

Je n’insisterai pas davantage, faute de documents, sur la description du stupà de Bharhut, et renvoie le lecteur à celui de Sanchi, qui est le meilleur type des monuments de ce genre et qui se trouve en parfait état de conservation.

MONUMENTS DE SANCHI, DE BHILSA ET D'AMRAVATI. (Fig. 24 à 37.)

Le grand stupâ de Sanchi, situé dans le royaume de Bhopal, est un des monuments les plus anciens et les plus beaux de l’Inde. Le stupà lui-même est contemporain d’Asoka, c’est-à-dire

Fig. 24. — SANCHI, — Vue générale du Stupâ. Les grandes portes et les détails de leurs sculptures

sont représentées dans les figures suivantes,

antérieur de 250 ans environ à J.-C., la balustrade et les portes sont du premier siècle de notre ère. En dehors des temples creusés dans le roc, l’Inde ne possède que bien peu de monuments de cette époque; et si ceux de Sanchi ont échappé à la destruction, ils ne le doivent sans doute qu’à leur situation dans une région d’un accès fort difficile. En rapprochant de ce monument celui de Bharhut, et voyant qu’il est aussi riche en ornementation, nous devons admettre que l'architecture des grandes capitales de cette époque devait avoir atteint alors un haut degré de splendeur.

Le stupà de Sanchi fut édifié sans doute, de même que les constructions analogues, pour marquer quelque place sacrée, ou en commémoration de quelque événement religieux.

La forme du monument est à peu près celle d’un dôme hémisphérique, ou plutôt semi-ovoïde, aplati à sa partie supérieure. Il a 36 mètres de diamètre à sa base et 17 mètres environ de hauteur. Il était sans doute surmonté, comme toutes les constructions analogues, d’une sorte d’autel formé d’un parallélépipède de pierre surmonté de trois plaques de pierre, chacune plus large que celle située au-dessus, et recouvert de sculptures conventionnelles. Cette forme d’autel

est d’ailleurs élassique ; elle se retrouve sur tous les dessins de stupas représenté sur les bas-reliefs et sur les. dagobas des temples souterrains.

Comme toutes les’ constructions analogues, le stupä de Sanchi est construit en briques. La partie intéressante du monument est la grande bälustrade qui l’enfouré, et surtout les quatre admirables portes qui lui donnent accès, et dont nos.planches représentent les parties les plus remarquables.

La balustrade de pierre fait le tour de l'édifice; elle est formée de piliers verticaux octogonaux portant des ouvertures à travers lesquelles ont été passées les colonnes horizontales de pierre destinées à la compléter. Cette balustrade possède plusieurs médaillons sculptés, mais le travail le plus important des artistes semble avoir été réservé pour les grandes portes dont nous venons de parler : elles sont couvertes de sculptures et bas-reliefs sur toutes leurs faces. La plus importante est celle du Nord : elle a près de 10 mètres de hauteur sur 6 mètres de largeur. Nos figures en donnent des représentations qui convaincront, je l'espère, le lecteur qu’on peut la placer auprès des belles œuvres dues au ciseau grec.

Les bas-reliefs dont les portes monumentales de Sanchi sont couvertes représentent généralement des scènes de la vie de Bouddha lorsqu'il était prince ou pendant ses existences antérieures. Le réformateur n’est nulle part représenté dans les formes conventionnelles, debout ou assis les jambes croisées, qui devint universelle plus tard. On y voit aussi représentée la déesse Sri, qui, suivant une de ces transformations que nous aurons d’autres occasions de signaler, devint plus tard, dans le nouveau Panthéon hindou, l'épouse de Brahma. On remarquera notamment des figures exécutant des grimaces comiques dont l'intensité d’expression ne se rencontre que bien rarement dans les sculptures grecques.

Cette même porte nord est surmontée du trident, emblème de Bouddha. Sur le côté gauche, à la base d’un pilier, est représentée l'empreinte du pied du réformateur.

Les autres portes sont moins chargées de sculptures et d’ornements; elles sont cependant fort remarquables encore. Les animaux qui surmontent les piliers de l’une d’elles sont fort curieux. Leur analogie avec les monstres et les griffons assyriens est visible.

L'aspect des personnages représentés sur les bas-reliefs de Sanchi, leur coiffure, leurs figures rondes et aplaties semblent indiquer une race de l'Asie centrale. Cette race, disparue de nos jours, a dû jouer un rôle important à cette époque, car son type figure également sur les monuments de Bharhut, Bouddha Gaya, etc.

Suivant Fergusson , béaucoup de scènes représentées sur les bas-reliefs de Sanchi seraient consacrées à l'adoration’ de l'arbre et du serpent; il a même écrit un livre pour tenter la démonstration de ‘cette hypothèse. Elle semble bien difficilement admissible, quand on considère que les légendes bouddhiques représentent les serpents comme ennemis du Bouddha jusqu’à ce qu’ils aient été convertis à sa doctrine. Ils forment, en se réunissant, des parasols au-dessus de sa tôte pour le préserver du soleil Le serpent est l’adorateur du Bouddha, et non un objet d’adoration. Quant à l’adoration de l’arbre si souvent figuré sur les bas-reliefs, elle est allégorique et représente cértainement l’adoration de l’arbre sacré sous lequel Bouddha est arrivé à la suprême sagesse, Cet arbre n’est vénéré, en réalité, que comme emblème religieux. :

!! En déhors du grand stupà de Sanchi, il existe, entre Sanchi et Bhilsa; plusieurs petitsmonuments analogues et des sculptures taillées dansle ro, notamment sur les flancs de lamonfagne d’Udaygiri. Nous avons visité les plus iniéressantes de ces constructions: mais elles ne présentent pas assez

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