‹ Les monuments de l'Inde, ouvrage illustré d'environ 400 figures, héliotypies, dessins, cartes et plansChapitre 28 sur 93 · FIG. 97 & 98. GWALIOR. PALAIS DE MAN MANDIR (VUES PRIS · texte numérisé non relu

FIG. 97 & 98. GWALIOR. PALAIS DE MAN MANDIR (VUES PRIS

MONUMENTS DE CHITTOR. (Fig. 99 à 104.)

Chittor, ancienne capitale du Meyvwvar, située à 90 kilomètres Nord-Est d’Odeypour, fut longtemps le dernier rempart de l'indépendance hindoue contre les invasions musulmanes. Ce n’est

plus aujourd’hui qu'un triste village. L’antique forteresse qui le domine ne présente plus que

Fig, 99. — Cairror. — Tour DE LA VicroIRE. Vue d'ensemble,

des ruines désolées. Elles suffisent cependant à révéler ce que put être autrefois la splendeur de cette grande cité.

Chittor fut prise une première fois par Ala-ud-Din en 1303, après une résistance GÉANEE Les Rajpouts préférèrent mourir plutôt que de se rendre; un millier de leurs femmes se précipitèrent vivantes dans un immense bûcher pour ne pas tomber dans les mains des infidèles. Alaud-Din ne pénétra dans la cité que sur des cadavres. Il n’y séjourna pas, et cette capitale retomba bientôt entre les mains de ses anciens maitres.

Ce fut sous les Mogols que Chittor perdit de nouveau son indépendance : l’empereur Akbar,

après avoir été repoussé une première fois, réussit à s’en emparer en 1567. Les assiégés, y compris les femmes, se firent tuer plutôt que de se rendre, et de nouveau les femmes se brülèrent par milliers pour ne pas tomber dans les mains des vainqueurs. Un des rares Rajpouts qui préférèrent la fuite à la mort, Odey Sing, se réfugia dans les montagnes Arawalli, où il fonda la cité d'Odeypour.

A dater de cette époque, Chittor perdit toute son importance; elle ne s’est jamais relevée de ses ruines, et le temps aura bientôt achevé ce que les hommes avaient épargné.

Les ruines du palais et des temples de Chittor sont situées, comme celles de Gwvalior, sur une colline escarpée; la hauteur en est d’environ 150 mètres, la longueur de 5 kilomètres et la largeur de 2 kilomètres et demi.

Le sommet de la colline est couvert sur une vaste étendue de débris de temples, de palais, de sculptures de toutes sortes; et, bien qu’inférieure comme réputation à Gvvälior, Chittor légale cependant par plusieurs de ses monuments. Il n’a pas un palais comme celui que nous avons décrit plus haut, mais il possède en revanche deux magnifiques tours, l’une du neuvième, l’autre du quinzième siècle, genre de construction dont il ne reste guère d’autre spécimen dans l’Inde aujourd’hui.

Le style de ces deux tours est à peu près le même. L’une d’elles, celle dite de la Victoire (fig. 99, 101, 102 et 103), fut construite par Rana Khambo, un des plus puissants souverains du Meywar, pour célébrer sa victoire sur Mahmoud de Malwa, en 1439. Cette tour a près de 40 mètres de hauteur. Elle est divisée en 9 étages entièrement couverts de statues, de pavillons, de balcons en encorbellement. Le dôme qui la surmonte est dû à une restauration moderne.

L’autre tour, celle de Sri Allat (fig. 101), est plus petite que la précédente, et n’a guère que 25 mètres de hauteur. Bien qu'elle lui soit fort antérieure, puisque sa construction remonte au neuvième siècle, elle ne lui cède pas en magnificence. Elle est dédiée au premier des Tirthankars jaïnas, sa statue est répétée plusieurs fois sur le monument (1).

Ces deux tours sont infiniment plus ouvragées que les constructions européennes analogues, la tour Saint-Jacques, par exemple. L'Inde dut être sans doute couverte autrefois d’édifices analogues; mais les tremblements de terre, les invasions, le vandalisme des conquérants qui se sont successivement abattus sur cette malheureuse contrée, n’ont guère laissé debout que les spécimens que nous venons de citer. Quant aux temples de Chittor, ils sont entièrement en ruines. Ils étaient, comme on peut juger par une de nos planches (fig. 104), couverts d’admirables sculptures.

(4) N'ayant pas eu le temps pendant mon séjour à Chittor de prendre une photographie de la tour de Sri Allat, j'ai fait exécuter la figure qui la représente d’après une photographie du major Coles publiée dans un des beaux ouvrages que je dois à l’obligeance du gouvernement anglais. Je saisis cette occasion pour répéter ici ce qui a été dit déjà dans l'introduction de mon livre Les Civilisations de l'Inde, que j'ai reçu des hautes autorités anglaises de la Péninsule le concours le plus bienveillant et le plus précieux. Les moyens de communication sont tellement difficiles dans certaines régions de l’Inde que sans les escortes el les moyens de transport, que m'a libéralement octroyés le gouvernement anglais, mon exploration archéologique eût élé presque impossible.

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FIG. 102 & 103. CHITTOR. TOUR DE LA VICTOIRE (DÉTAILS DES SCULPTURES) hi

Le FIG. 104 SCULPTURES DE LA FAÇADE D'UN TEMPLE A CHITTOR

MONUMENTS DU MONT ABOU. (Kg. 105 à 110.)

Les temples du mont Abou, dansle Rajpoutana, ont été édifiés au sommet d’une montagne escarpée, de 1.800 mètres de hauteur. Il semble que leurs constructeurs aient systématiquement cherché à les rendre aussi peu abordables que possible.

Les temples du mont Abou sont entièrement construits en marbre blanc, matière que ne

Fig, 105. — Monr Aou. — Temple de Vimalsha. (Dôme en marbre sculpté du sanctuaire.)

fournit pas cette région. Il a donc fallu hisser ces blocs de marbre au sommet de la montagne, transport qui n’a dû être possible qu'au prix de gigantesques efforts. Pour fouiller ensuite ces masses de marbre dans toutes leurs parties, il à fallu un travail beaucoup plus considérable encore. L'effet artistique obtenu est d’ailleurs au niveau des efforts dépensés.

Il n’y a pas en Europe un seul monument de l’âge gothique duquel on puisse dire que lart de fouiller le marbre y ait été poussé aussi loin.

Les deux temples du mont Abou sont consacrés au culte jaïna. Un de ces temples, celui de Vimalsha, fut commencé vers l’an 1030; l’autre, celui de Vreypal Teypal, fut édifié entre 1197 et 1247. Ce dernier est le plus remarquable des deux, et il fallut sans doute que les ouvriers employés fussent bien nombreux pour arriver à exécuter un pareil travail en cinquante ans. En admettant qu’on pût trouver en Europe beaucoup d'artistes capables d’un travail semblable,

il parait douteux qu’on en réunisse cependant assez pour le terminer en un temps aussi court.

La partie fondamentale du temple de Vimalsha est une enceinte rectangulaire de 34 mètres de longueur, autour de laquelle se trouvent de nombreuses petites chapelles éclairées seulement par leur porte; elles contiennent chacune une idole entièrement nue représentant l’image du saint (Parswanath ), auquel le temple est consacré. La même image est reproduite identique à elle-même dans chaque chapelle. 11 y a près de soixante de ces chapelles disposées autour de

Fig. 106. — Mont ABou. — Temple jaïna de Vreypal Teypal. Sanctuaire.

l'enceinte rectangulaire. Devant chacune d’elles se trouve une double rangée de piliers formant une sorte de véranda. Au-dessus de chaque porte sont sculptés des bas-reliefs représentant des scènes de la vie du saint auquel le temple est dédié.

La partie antérieure de l'enceinte forme un vaste portique couvert d’un dôme supporté par 48 piliers. Ces piliers de marbre blanc, fouillés dans toutes leurs parties, sont incomparablement supérieurs, comme effet, aux colonnes si nues de l'architecture grecque. Le dôme que ces piliers supportent (fig. 105) est, comme tous les dômes de l’époque, disposé par assises horizontales. Les piliers ont une forme octogonale à leur base et circulaire à leur partie supérieure; ils sont sculptés avec la plus grande richesse et ornés de pendentifs d'un goût exquis; seize statues sont rangées autour du dôme central. Comparant ce dôme à ceux de Westminster et

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| g. 107. — Monr ABOU. — Vue extérieure des temples jaïnas. |

d'Oxford, cités partout pour leur richesse, Fergusson trouve ces derniers grossiers en comparaison, et je ne puis que partager entièrement son opinion sur ce point.

Contrairement à ce qu’on observe à Khajurao, ce temple, ainsi d’ailleurs que le suivant, ne présente extérieurement (fig. 167) aucun ornement, aucune sculpture, et rien ne pourrait révéler au premier abord les merveilles qu’il renferme.

Le temple de Vreypal Teypal, situé dans le voisinage du précédent, est construit exactement sur le même type, et il serait inutile par conséquent de répéter notre description; il n’en diffère, comme le montrent nos figures, que par sa plus grande richesse. Bien qu’il soit de deux siècles postérieur, on ne peut pas vraiment dire qu’en dehors de son plus grand luxe d’ornementation , il présente une supériorité visible sur le précédent. Nous retrouvons d’ailleurs, à chaque page de cet ouvrage, la preuve qu’il n’y a nullement dans l’Inde parallélisme entre la

chronologie et le développement artistique.

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