‹ Les monuments de l'Inde, ouvrage illustré d'environ 400 figures, héliotypies, dessins, cartes et plansChapitre 3 sur 93 · BUT DE CET OUVRAGE · texte numérisé non relu

BUT DE CET OUVRAGE

On peut voir dans une brochure datée de 1882, du major Coles, conservateur des monuments de l’Inde, des preuves nombreuses de ce vandalisme, dont j'ai eu moimême à constater bien des fois les traces. L'auteur que je viens de citer, malgré la réserve forcée que lui impose sa situation officielle, arrive à cette conclusion, que les monuments « ont souffert et continuent à souffrir bien plus du fait d'actes dont le gouvernement est responsable que des effets du temps et des accidents naturels (1) ».

Gette destruction rapide des monuments de l'Inde devrait, suivant la sage recommandation de Cunningham, engager à conserver au moins leur image. Cette nécessité s'impose d'autant plus que ce n’est pas au point de vue archéologique seul que ces monuments présentent un intérêt très grand ; au point de vue artistique pur, cet intérêt n’est pas moins considérable. Jamais artiste européen du moyen âge n’a fouillé la pierre avec plus d’art et de patience. Par suite des progrès de la civilisation, les efforts de l'humanité se sont dirigés dans une autre voie, et ces œuvres merveilleuses, qui occupèrent des générations d'hommes et absorbèrent les fortunes de grands royaumes, les races de l'avenir ne les verront plus naître. II semble donc de toute nécessité de conserver au moins l'image de ces vestiges du passé. Malheureusement les tentatives faites dans cette intention n’ont conduit qu'à des résultats d’une insuffisance extrême.

Il y a vingt ans que fonctionne dans l'Inde, sous les auspices du gouvernement anglais et sous la direction de l'archéologue éminent cité plus haut et de son successeur, une Commission d'étude des anciens monuments. Elle a produit, au prix de sommes énormes et d’un labeur considérable, une trentaine de volumes consacrés à l'étude détaillée d’un petit nombre de monuments. Malheureusement les longues dissertations et les déchiffrements d'inscriptions que contiennent ces volumes, ne sont généralement accompagnés que de plans géométriques absoluments impuissants à donner une idée un peu nette des monuments à ceux qui ne les connaissent pas. I n’y a pas de dissertations ni de plan géométrique qui puissent remplacer l’image d’un monument, alors surtout qu'il est, comme ceux de l'Inde, chargé de détails et de sculptures de toutes sortes.

En dehors du travail officiel que je viens de citer, il existe un très petit nombre de monographies des monuments, notamment celles de Burgess, Fergusson, Rajen-

dralala Mitra, ete. Généralement fort supérieures aux documents de l’Archéo-

(1) I faut bien reconnaitre cependant que les bien rares réparations faites aux anciens monuments l'ont toujours été aux frais du gouvernement anglais. Les souverains indigènes professent ia plus parfaite indifférence à l'égard des anciens monuments et ne donneraient pas un shilling pous les réparer. Pour s'expliquer cette indifférence, il faut avoir présent à l'esprit que la plupart des dynasties régnantes dans l’Inde sont toutes récentes. Elles datent en effet de la chute de l'empire mogol et ont pour fondateurs des aventuriers souvent aussi étrangers à l’Inde que le sont les Anglais.

logical Survey, elles le seraient beaucoup plus encore, si les photographies n’y avaient été remplacées le plus souvent par des lithographies généralement trop insuffisantes et trop incomplètes pour rendre les détails d’ornementation et de sculpture qui donnent aux monuments de l’Inde leur caractère spécial.

L'initiative privée n'a guère ajouté aux travaux dont je viens de parler. On possède à la vérité des relations de voyage illustrées, notamment la belle publication de notre compatriote Rousselet, consacrée à la description de quelques parties de l'Inde; mais ces relations, d’une part, ne décrivent que des régions fort restreintes, et, d'autre part, ne donnent des monuments que des vues d'ensemble impuissantes à en faire apprécier les détails. Ces mêmes observations s'appliquent au nombre infiniment minime d'ouvrages généraux d'architecture où il est parlé de Inde. On ne peut d’ailleurs en citer qu'un seul, l'excellent manuel de Fergusson, où l’architecture de l'Inde soit étudiée dans son ensemble {1).

La photographie n'avait jusqu'ici que bien incomplètement comblé les lacunes que nous venons de signaler.

L’attention des photographes industriels ne s’est portée naturellement que sur les monuments du petit nombre de villes : Delhi, Agra, Lahore, ete., où les Européens séjournent. Les monuments les plus intéressants étant situés dans des régions fort difficilement accessibles, n’ont guère été reproduits. Même pour les monuments connus, il n’y a que peu de parti à tirer des photographies commerciales. Elles sont presque invariablement consacrées à des vues d'ensemble dans lesquelles les détails sont invisibles; en outre, les parties intérieures des monuments, généralement les plus curieuses et les plus riches, ne sont presque jamais reproduites. Les monuments de l’Inde sont surtout remarquables par leurs détails, et ce sont précisément ces détails qui, le plus souvent, ne sont pas représentés (2).

On ne doit d’ailleurs pas s'étonner de l’insuflisance des documents réunis jusqu'ici sur les monuments, lorsqu'on sait combien sont difficiles les moyens de communication dans l’Inde, dès qu’on s’écarte des grandes routes. Il faut alors apporter tout un matériel de campement, et en dehors des instruments scientifiques, se charger encore de toutes les choses nécessaires à la vie, depuis la farine destinée à fabriquer le pain jusqu'aux provisions de toutes sortes indispensables dans les jungles

désertes, qu'infestent des bêtes féroces et qu’empoisonnent des miasmes redoutables.

(1) En dehors des magnifiques gravures empruntées aux relations de voyage de nos compatriotes Grandidier et Rousselet, les illustrations de ce savant ouvrage laissent fort souvent à désirer.

(2) C'est ainsi que, bien que n'étant nullement désireux de perdre un temps précieux à recommencer des photographies déjà exécutées, je n'ai trouvé dans le commerce qu'un fort petit nombre de reproductions, dont j'aie pu tirer parti pour cetouvrage. J'ai eu soin d'indiquer par un astérisque à la table des matières les planches exécutées d’après ces photographies.

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