‹ Les monuments de l'Inde, ouvrage illustré d'environ 400 figures, héliotypies, dessins, cartes et plansChapitre 65 sur 93 · SEMBLE DES RUINES DE LA MOSQUÉE DU KOUTAB · texte numérisé non relu

SEMBLE DES RUINES DE LA MOSQUÉE DU KOUTAB

Fig. 268. — Vigux DELHI. — VUE DE La grande tour du Koutab, qu'on voit au milieu du dessin, est représentée en détail dans les planches suivantes, Il en est de même du pavillon d’Aladin, qu'on voit à droite et en face de la tour, au second plan.

toutes les villes de l’Europe, de l’Asie et de l'Afrique où ils pénétraient, à édifier des mosquées. Les deux premières qu’ils construisirent dans l'Inde à Delhi et Ajmir, subsistent encore.

De même que dans tout le reste de l'Islam, ils utilisèrent des matériaux, les colonnes surtout, empruntés aux temples des peuples conquis.

Les formes nouvelles qu’ils apportaient avec eux : dômes, arcades, minarets, ornementations

ne eo + : . z Pine Ë o 5 formées d’inscriptions en relief et de dessins géométriques, se combinaient admirablement avec

le style des anciens édifices hindous, et ils eurent très peu de chose à faire pour adapter ces derniers à leur culte.

A en juger par les piliers des mosquées du Koutab et dAjmir, le style qui régnait dans ces

Fig. 269, — Veux DELHI. — Porte du pavillon d’Aladin.

deux villes au douzième siècle était ce merveilleux style dit jaïna, dont nous avons déjà décrit

les rares mais admirables spécimens.

La grande mosquée du Koutab fut commencée vers la fin du douzième siècle. Ses piliers (fig. 273 s I 5 proviennent d’un ancien temple jaïna, probablement situé sur le même emplacement. Il est ce-

pendant visible que quelques-uns d’entre eux proviennent de temples plus ou moins éloignés, car ils sont composés de morceaux rapportés et superposés appartenant à des piliers différents. Les détails de sculpture ne se raccordant pas, on a ainsi la preuve que les diverses assises de ces colonnes proviennent bien d’anciens temples, et n’ont pas été faits pour la mosquée. Ils portent d’ailleurs encore des emblèmes de la religion jaïna, et on y découvre facilement l’emplacement des statues qui y étaient autrefois encastrées.

Fig. 270. — Vieux DELHI. — ARCADES DE LA MOSQUÉE Du KOUTAB ET COLONNE DE FER DU ROI DHAvA. Hauteur de la grande arcade, 16 mètres.

Les dômes de la mosquée sont également de style hindou; et, en définitive, les arcades, les décorations formées de dessins géométriques et d'inscriptions en lettres arabes, sont les seules parties musulmanes du monument, mais ils suffisent pour lui donner de loin un cachet beaucoup plus arabe qu'hindou.

Parmi les parties les plus remarquables de la mosquée, il faut citer une rangée de grandes arcades, dont la plus centrale a 16 mètres de hauteur (fig. 270).

La forme des arcs est persane, mais leur mode de construction indique qu’ils furent édifiés

par des Hindous : ne sachant pas construire de vraies arcades, ils en imitèrent la forme au

moyen de pierres disposées par assises horizontales. L’ornementation est formée par la répétition très habile de motifs jaïnas.

le minaret de la mosquée précédente; mais, par sa grande dimension et ses formes particulières, il mérite une description spéciale.

Tour du Koutab (fig. 268, 274 et 279). — Le monument connu sous ce nom est simplement

La tour du Koutab fut commencée, en 1199, par le souverain dont elle porte le nom, Kutb-

Fig. 271. — Vieux DELHI. — DÉTAILS D'ARCHITECTURE D'UNE PORTION DE LA TOUR pu KOUTAB.

La célèbre tour du Koutab, dont la planche suivante donne une vue d'ensemble, fut commencée en 1199. Sa hauteur est de 73 mètres. Elle possède cinq étages entourés chacun d’un balcon analogue à celui représenté dans cette planche et dans la suivante.

ud-Din Aibeg, premier roi mahométan de Delhi; elle fut terminée en 1220 par l’empereur Altamsh.

Elle est construite en grès rouge; sa forme est celle d’un tronc de cône ayant 14,

15 de diamètre à sa base et 2",75 à son sommet. Sa hauteur totale est actuellement de 73 mètres; mais elle avait en réalité 76 mètres avant la chute de la coupole qui la surmontait, et qu’un tremblement de terre renversa en 1803.

Cette tour a 5 étages entourés chacun d’un balcon richement orné de sculptures, d’inscriptions arabes et d’élégants pendentifs.

La surface de la tour n’est pas unie; sa section (fig. 271) a la forme d’un polygone à 24 côtés formés par des nervures diversement disposées à chaque étage. Ces nervures sont alternativement angulaires et demi-circulaires au premier étage, exclusivement circulaires au se-

cond, et uniquement angulaires au troisième. La tour est circulaire aux étages supérieurs, sans décoration, et au lieu d’être en grès rouge, elle est en marbre blanc, On croit que cette partie fut restaurée par l’empereur Firoz Tughlak, cent cinquante ans après que la construction originale avait été terminée, c’est-à-dire vers 1368. :

Dans l’intérieur. du Koutab se trouve un escalier en spirale de 376 marches.

On ignore si la forme tout à fait spéciale de cette tour est d’origine hindoue où musulmane. De l’absence de monuments analogues dans l'Inde, il faut inférer, je pense, qu’elle dérive de quelque forme antérieurement employée dans le Turkestan ou en Perse.

A quelque distance du Koutab se trouve un autre minaret commencé par Ala-ud-Din. Il est beaucoup plus large encore que le précédent, mais il ne fut jamais terminé : il ne s’élève en effet qu’à une hauteur de 13 mètres.

Mausolée de l’empereur Allamsh (fig. 274). — Auprès de l’angle N.-0. de la mosquée se trouve la tombe de l’empereur Altamsh, qui mourut en 1235. C’est la plus ancienne tombe connue de l'Inde. Elle constitue certainement un des plus admirables spécimens du travail hindo-arabe sur pierre, Ses sculptures rappellent par leur aspect certaines parties de l'Alhambra; mais, au lieu d’être des moulages, comme ces dernières, elles sont exécutées dans la pierre.

Porte d'Aladin (fig. 269). — La porte en pierre ciselée, connue sous le nom de porte d’Aladin, fait encore partie de la mosquée du Koutab. Elle fut construite, ainsi que le petit pavillon dont elle forme l'entrée, par l’empereur Ala-ud-Din, en 1310 : elle est done d’un siècle plus moderne que les autres constructions du Koutab, et nous montre les progrès réalisés pendant cette période. Ses dimensions n’ont rien d’excessif, puisque le pavillon n’a guère que 17 mètres de largeur et 11 de hauteur, mais on peut certainement la citer parmi les plus riches spécimens de l’art musulman. Cette porte est de style arabe presque pur.

Colonne de fer du roi Dhâva (fig. 270). — Bien que cette colonne n'ait absolument rien de musulman, puisqu'elle est antérieure de plusieurs siècles à la naissance de l’Islamisme, nous avons cru devoir la décrire en même temps que la mosquée du Koutab, dans l’enceinte de laquelle elle est placée. Elle est en fer pur massif, et s'élève de 6",70 au-dessus du sol. Son diamètre à la base est de 42 centimètres. Elle porte une inscription en sanscrit indiquant qu’elle fut élevée à la mémoire du roi Dhâva, lequel régnait, suivant Prinsep, vers le troisième siècle de notre ère. Elle est, par conséquent, le plus ancien monument de Delhi. On suppose qu’elle est formée de cylindres de fer verticaux , superposés et soudés. Il est très remarquable qu’à un âge aussi reculé, les Hindous aient pu travailler une masse de fer d’un poids pareil. Ce n’est qu’à une époque moderne que les Européens sont devenus capables d’accomplir un tel travail.

Les monuments mogols de Delhi que nous allons décrire maintenant sont de plusieurs siècles

postérieurs aux précédents, et aucune construction importante de la même ville ne peut servir

à établir de transition entre eux.

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