LE LAC SACRÉ DE POCHKAR. VUE D'ENSEMBLE DES TEMPLES
AJMIR.
MONUMENTS DE BIJAPOUR. (Fig. 288 à 302.)
Bijapour, « la Ville de la sagesse », est une de ces cités jadis capitales de grands empires, en ruines aujourd’hui, si nombreuses dans l’Inde. Ses monuments, bien que ne supportant pas la comparaison avec ceux d’Ahmedabad, Agra et Delhi, sont cependant fortremarquables. Ils appartiennent néanmoins la plupart, malgré les éloges de quelques auteurs enthousiastes, à un
Fig. 288. — DiJAPOUR. — INTÉRIEUR DE LA GRANDE MOSQuÉe,
âge de décadence, ou se trouvent tout au moins sur ces limites où apparait la décadence. Elle se manifeste visiblement dans plusieurs, et je ne puis concevoir comment Fergusson, qui a dû les visiter pourtant, puisse dire que les monuments de Bijapour soutiennent la comparaison avec les merveilleux édifices d’'Ahmedabad.
La dynastie musulmane à laquelle sont dus les monuments de Bijapour fut fondée par un Turc nommé Jussaf Khan, fils d'Amurat Il, sultan de Constantinople, qui, de simple garde du corps, s’éleva au pouvoir suprème en 1501.
La ville devint bientôt une immense cité. Elle était entourée d’un mur, qui existe encore, ayant 10 kilomètres de tour; mais les dépendances de la ville s’étendaient bien au delà de ses
DA DAINIDE*
fortifications, puisqu'on aflirme qu’elles étaient contenues dans une circonférence de 48 kilomètres.
L'époque architecturale brillante de Bijapour commence vers 1360 et ne dure qu’un siècle, c’est-à-dire jusqu’à l’époque des guerres avec l'empereur Aurengzeb, qui détruisit la dynastie régnante et engloba ce royaume dans l'empire mogol.
L'influence musulmane, surtout l'influence de cette période byzantine dont Constantinople ne sortit jamais, domine de beaucoup linfluence hindoue dans l'architecture de Bijapour; c’est précisément le contraire de ce qu’on observe à Ahmedabad; mais dans plusieurs monuments de Bijapour, celui d'Ibrahim Rozah, par exemple, l’art hindou et l'art musulman sont mélangés en proportions presque égales.
De même que les autres Musulmans de l’Inde, les souverains de Bijapour utilisèrent des matériaux divers, les colonnes surtout, empruntés aux anciens temples. Il ne faut pas oublier que la ville existait longtemps avant eux et appartenait à la dynastie hindoue Chalukya dont nous avons précédemment parlé. On a trouvé d'ailleurs à Bijapour des ruines hindoues portant des inscriptions du commencement du douzième siècle.
Bien que tombant la plupart en ruines, les anciens monuments de Bijapour sont nombreux. Nos planches représentent les plus remarquables d’entre eux : les explications qui vont suivre suffiront à les compléter.
Grande Mosquée de Bijapour (fig. 288 et 294). — Com-
mencée par Ali Adil Shah en 1557, et continuée par ses
successeurs, cette mosquée n’a jamais été terminée : son
quatrième côté reste inachevé.
Fig. 289. — BIJAPOUR. — ISOLÉE D'IBRA ê : . £ ° Re CRE UNE Cette vaste construction, dont les dimensions sont celles RozAn.— Détails des piliers entourant le mauso- ; nn eu Aer ltenere d’une cathédrale du moyen âge, a extérieurement un 5,40. 4 à » peu plus de 100 mètres de longueur sur 78 mètres de
largeur, Le sanctuaire à 4% mètres de profondeur; il est recouvert à l'entrée par un dôme de 17 mètres, entouré de dômes moins élevés, supportés par des piliers dont une de nos planches (fig. 288) donne la forme. La mosquée est remarquable par ses grandes dimensions et Ja pureté de ses lignes, mais son ornementation est très pauvre; le mihrab seul est orné avec goût. Parmi les inscriptions dont il est orné on remarque les suivantes : « La vie est fragile, ne placez pas votre confiance en elle ». « La terre est une demeure d'inquiétude où personne ne peut espérer le repos ». « Si heureuse que puisse ètre ma destinée, elle est fugitive. »
Mausolée d'Ibrahim Rozah (fig. 289 et fig.296 à 300). him Shab, souverain qui succéda à celui auquel est dû le monument précédent, et il fut terminé vers 1620. Il constitue certainement par son ornementation le plus beau monument de Bijapour. Les inscriptions et les ornements y sont aussi nombreux qu’à l’Alhambra de Grenade, et ils
Cet édifice fut commencé par Ibra-
présentent sur ceux du palais des rois maures l’avantage d’être sculptés dans la pierre et non
d’être de simples moulages.
L'édifice comprend à la fois un mausolée, et, en face de ce dernier, une mosquée. Les dimen-
sions totales du mur qui enclôt les deux monuments sont de 152 mètres en longueur et 73 mètres
en largeur. La mosquée a 32 mètres delongueur, 20 mètres de profondeur, et présente à son front sept arches gracieuses. Les galeries de ses minarets sont ornées de pendentifs de style hindou.
L'édifice qui sert de mausolée est d’une extrème richesse. D’après une des nombreuses inscriptions persanes qui le recouvrent, il a coûté plus de 13 millions. Une autre inscription montre que ses constructeurs en étaient satisfaits. « Le ciel, dit-elle, a été étonné par la construction de ce monument. C’était comme si un nouveau paradis s'élevait de terre. »
Nos dessins mettent en évidence la profusion d’ornementation des deux édifices. D’après une des inscriptions arabes, il fallut 36 ans pour les terminer, et on employa 6.533 ouvriers.
La salle qui sert de sépulture contient 6 tombes ; elle est entourée d’une véranda de 4,50 cent. de large faisant le tour du monument et présentant 7 arches de chaque côté. Les colonnes sont sculptées, et les murs couverts d’arabesques sculptées et peintes. Les portes sont en bois sculpté recouvert de métal ciselé. Les fenêtres sont formées de treillis de marbre, dont les dessins représentent des inscriptions en caractères arabes. Ce
Fig. 290. — Bisarour. — Le MexTuRI MAHAL. — /lauteur des minarets, g: 290. 1
environ 20 mètres.
système de transpercer la pierre pour laisser passer la lumière, employé dans plusieurs anciens
temples hindous, devint d’un usage général chez les Mogols.
Mehturi Mahal (6g.290).— Cette construction est contemporaine du mausolée d’Ibrahim. Son
importance est beaucoup moindre, mais elle présente les mêmes traces de goût artistique. Son
style est également moitié hindou, moitié musulman. Les détails d’ornementation sont sculp-
tés dans la pierre. Les tourelles qui flanquent la porte ont 20 mètres de hauteur.
Mausolée du sultan Mahmoud (fig. 292 et 293).— Mahmoud succéda, en 1626, à Ibrahim. Sous son règne, le style des monuments de Bijapour se modifia profondément. La recherche de l'ornementation semble avoir été remplacée par la recherche des dimensions. Le mausolée qu’il se fit construire de son vivant, suivant l’usage des souverains musulmans, est un des plus gigantesques monuments du monde, mais la beauté des détails n’est pas en rapport avec l’im-
mensité des proportions. Il a la
forme d’un carré de 60 mètres de côté, flanqué à ses angles de quatre tours octogonales, et surmonté d’un dôme relié au carré par des pendentifs. Le diamètre intérieur de ce dernier est de 38 mètres, la hauteur extérieure, de 60 mètres. C’est le plus vaste dôme connu. On a calculé que, comme capacité, ce monument dépasse sensiblement le Panthéon de Rome. La célèbre mosquée de Sainte-Sophie,à Constantinople,
n’aque 58 mètres de hauteur (1).
Palais des Sept-Étages, citadelle et ruines diverses (fig. 291, 301 et 302). — Le palais dit des Sept-Étages fut construit par le même sultan Mahmoud pour servir de résidence à ses femmes. Il est situé dans un site pittoresque; mais, autant qu'il est possible d’en jugerpar ses ruines, ilne présente rien de remarquable, et je ne le mentionne que pour mémoire.
Parmi les autres monuments
Fig. 291. — BIJAPOUR. — LESMURSDE LA FORTERE: ET LE PALAIS DESSEPT-ÉT
de Bijapour je citerai, mais sans croire nécessaire ajouter la moindre description, une construction qui n’a jamais été terminée, et dont les arcades gothiques sont fort gracieuses (fig. 301). On dit que le monument devait servir de tombeau à Ali-adil-Shah.
Je terminerai cette énumération en mentionnant la forteresse. Très en ruines aujourd’hui, elle devait, avec ses 2 kilomètres de tour, former autrefois un édifice fort imposant.
(1) Ce monument paraît être parfaitement ignoré de nos architectes européens. S'il en était autrement, on ne verrait pas les plus érudits d’entre eux affirmer, comme M. Corroyer, dans son livre sur l'architecture romane (Paris, 1888), que Sainte-Sophie « atteint à des porportions telles qu'elles n’ont jamais été surpassées ni en Orient ni en Occident ».
mat = ss —— D — EEE en RE — FE ea —— = RSS — us = RE = RS e eme —.— — ———— ERA va 2 = nets — EE = - :