‹ Les monuments de Paris souvenirs de Vingt SièclesChapitre 10 sur 58 · l'A lus · texte numérisé non relu

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(les lypos primitifs des superbes créations de l'art ogival. La basilique de Saint-Denis ne lui était antérieure que de quelques années; elle a servi de modèle à la construction de maintes autres cathédrales gothiques. Ce n'est donc pas d'un médiocre intérêt pour l'artiste que d'assister ici à l'éclosion d'un art qui devait, dans la suite, arriver à un si merveilleux développement.

Grâce à des documents historiques d'une incontestable certitude, on peut dater avec précision les différentes parties du monument et suivre, pour ainsi dire pas à pas, sans sortir de Notre-Dame, les diverses variations de l'art ogival. En effet, l'abside, le chœur et la nef ont été construits dans la seconde moitié du douzième siècle, avec une continuité qui ne laisse place qu'à des modifications architecturales de détail. Les trois façades sont sensiblement postérieures : la grande, du côté de l'occident, appartient, dans sa partie inférieure, au règne de Philippe-Auguste, et dans ses parties hautes à ceux de saint Louis et de Philippe le Bel; les deux façades des transepts nord et sud ont été refaites sous saint Louis. Nous allons préciser davantage en indiquant les caractères propres à la construction première et à ses différents ajouts.

L'année 1163 est une date célèbre dans les annales de l'art parisien : c'est celle oii le pape Alexandre III fit, entouré de douze cardinaux, la consécration du chœur reconstruit de Saint-Germain des Prés et posa la première pierre de Notre-Dame de Paris. La nouvelle construction était vaste et en tout digne de Paris, dont elle devait être l'église principale. On dut, pour lui faire place, démolir deux anciennes églises voisines à se toucher, dédiées l'une à saint Etienne, l'autre à la !Mère de Dieu; cette dernière venait, cependant, sous un précédent archevêque, d'être restaurée dans des conditions qui auraient fait regretter sa disparition complète. Aussi sa porte de façade fut-elle conservée pour devenir plus tard, non la porte principale, mais un des portails latéraux de la grande façade : c'est la porte Sainte -Anne actuelle, que ses sculptures romanes suffiraient déjà à dater, si elle n'était marquée d'un signe historique précis : la représentation de Louis VII agenouillé comme donateur aux pieds de la Vierge. Ce portail ne fut utilisé que cinquante ans plus tard, au moment cil, commencée par l'abside, la nouvelle cathédrale, s'avançant progressivement sur une longueur de cent vingt-quatre mètres, atteignit le point où s'élève aujourd'hui sa façade occidentale.

A l'intérieur, piliers et colonnes eurent la massivité de l'âge roman ; mais bases et chapiteaux furent scidptés à la nouvelle mode, et les crochets caractéristiques se détachent du tailloir, jusqu'alors orné de simples entrelacs, de feuilles appliquées ou de personnages en bas-relief. La

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grande lril)une des basiliques (ut maintenue; elle ofTiait, en plus île l'avantage d'auginentei" l'espace disponible, celui de loi'iuer à la nef principale un solide encadreiuent. La lumière l'ut distrii)uée avec parcimonie; les fenêtres de la grande nef étaient assez basses et étroites. Probablement craignait-on, en donnant trop d'aniplcMir aux ouvertures, de diminuer la solidité de l'édifice. Les bras de croix du transc])t étaient de médiocre étendue.

Sous l'action énergique de l'archevêque Maurice de Sully et de ses successeurs, les travaux avancèrent sans interruption, mais avec la sage lenteur fpu> demandent d'aussi importantes consiruclions. En sorte que, au moment où on arriva vers le poi-tail, l'art ogival avait déjii progressé : on le constate notanuuont dans les deux dernières travées, dont les sculptures diffèrent sensiblement de celles qui ornent le reste de l'édifice.

Les statues de la façade occidentale ont été refaites pour la plupart, car la Révolution avait martelé celles que le temps et les huguenots avaient respectées; et, si exacte ([u'ait été la restauration de \'iollet-le-l)uc, l'observation minutieuse s'exercerait sur elles sans pi'olit. Aussi ne jetteronsnous qu'un regard distrait sur les figurations des trois entrées, sur les vingt-huit rois de Juda de la grande galerie, sur les monstres chinu'ritpics dont la silhouette se dessine avec une étonnante i'antaisie aux angles des contreforts, au-dessus des avancées des gargouilles. Nous examinerons plus longuement, au contraire, les bas-reliefs ([ui ont conservé, du moins en partie, la fraîcheur du coup de ciseau des imagiers qui y ont représenté les scènes de l'Evangile ou les épisodes de la vie de la \'iei"ge et des saints.

Sur le [)ortail Sainte-Anne, à droite, la ^'ierge, assise sur son trône, aie caractère hiératicpie de ses représentations du douzième siècle; la période suivante, celle au coui's de latpielle fut sculpté le tympan du portail de gauche, montre ^NLarie non [)lus tant connue reine du ciel que comme mère des hommes. On la voit emportée du tombeau par des anges, puis s'inclinant, aimable et souriante, devant son fils, qui lui tend un sceptre (leuri : telle on la concevait au début du treizième siècle, sous le règne de Philippe-Auguste.

L'ne autre figuration de la A'ierge, j)lus belle eiu'ore, orne le trumeau de la porte du transept septentrional ou porte du cloître : Marie souriante penche le front en avant. On a donné une explication légendaire de cette inclinaison de tète. Il l'aut j)lutôt se rappeler que, dans la seconde moitié du treizième siècle, les artistes, en progrès sur leiu-s devanciers, avaient réussi à traduire avec plus de perfection les grâces exquises de la mère de Jésus. Le poi-tail qui nous occupe est bien, en effet, de cette

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ilate, ainsi que la « Porte ronge », sa voisine. Louis IX s'est lait représenter dans le tympan, avec sa mère. Blanche de Casiille, et son épouse, Marguerite tle Provence.

Le |)orlail méridional, ou de Saint-Etienne, a été commencé en même temps; la délicatesse de la sculpture en témoigne. En douterait-on, d'ailleurs, cpic l'opinion serait fixée par un document aussi précieux que rare, la signature de l'archilecte. ^'oici la traduction de rinscri|)tion latine, écrite en belles lettres onciales :

LE SECOND JOUR DES IDES DE FÉVHIEU MAÎTRE JEAN DE CHELLES COMMENÇA CETTE ŒUVRE EN l'honneur DE LA MIÎRE DU CHRIST

On voit par ce texte qu'au moment où la façade occidentale fut terminée, avec l'élégance de conception et d'exécution du temps, les façades du transept déplurent dans leur austérité romane et furent rebâties à la mode du jour. Les bras de la croix furent, par la même occasion, allongés; car l'on songeait à établir des chapelles entre les contreforts des basses nefs et de l'abside'.

Primilivenienl, en elfet, Notre-Dame de Paris n'avait pas de chapelles latérales. En 1270, l'idée vint à un généreux donateur d'en créer toute une série le long des basses nefs; en 1296, l'archevêque Maltifas de Buci, dont l'inscription tombale nous est parvenue, fit de même pour trois des chapelles absidales ; les autres suivirent peu après. La clôture du chœur, malheureusement disparue sur une grande partie de son étendue, lut donnée, ainsi (pi'en témoigne une autre ins<'ription, par le chanoine Pierre de Fayel. Commencée par le sculpteur Jean Ilavy, elle lut terminée en 1351 par Jean le Bouteiller.

N'avions-nous pas raison de dire que l'on ti'ouve dans Notre-Dame de Paris les types précieux des principales périodes de l'art ogival?

Cependant, malgré ces ajouts ou transformations, la cathédrale n'a rien ]ierdu de son caractère et donne aujourd'hui encore une idée exacte de la conception de son architecte. Dans sa masse imposante, dans la largeur de ses cinq nefs, dans sa grande longueur, dans les lignes harmo-

1. Le treizième siècle aimait les ouvertures graodes et lumineuses; celles qui existaient claient basses et étroites. Pour leur donner plus de développement, on abaissa les voûtes 1 Mnipantes qui recouvraient les tribunes, et l'œil-de-bœuf placé sous les fenêtres disparut dans l'agrandissement de celles-ci. Viollet-le-Duc, eu restaurant la cathédrale, a retrouvé quelques-uns de ces ociili intéressanis pour l'histoire de la construction de Notre-Dame, et il les a conservés, comme il a fait pour certains des arcs-boulants de l'époque romane, qu'il a rétablis au milieu des contreforts gothiques.

dans l:i liaiiloiir (>t l'ctroitesse prolondcur do ses tribunes du ment la double imj)rcssion que c'est une église de capitale; diairc entre le style roman (|iii et n'est pas encore en posses- L'intdrèt qu'elle éveille n'en elle le germe vigoureux de la suite dans toute la France avec

nieuses de son déambulatoire, de sa nel" principale, dans la premier étage, elle rend neltcnous avons essayé de dégager :

c'est aussi une (inivre int(>rmélinit et l'art ogival qui débute sien complète de ses procédés, est que plus vif; on admire en (loraison qui s'épanouira enune merveilleuse richesse.

L'unité aniiiteclrale de Nose demande si l'on peut en dire turale. Celle-ci est-elle née n'est-elle qu'une belle parure tache les difîérentes parties.

11 n'est pas inutile d'établir tout d'abord que nous sonunes en mesure de répondre à cette question. Considérant la cathédrale comme un être vivant, Victor Hugo déplorait les trois genres de lésions qu'elle avait eu à souffrir : lésions produites par le temps, par de barbares démolisseurs et par des médecins plus barbares encore. Les plaintes du grand poète n'ont souvent été que trop justifiées en ce qui concerne d'inhabiles répa-

tre-Dame ainsi démontrée, on autant de sa décoration sculpd'iui plan d'ensemble, on bien dont aucun lien logique ne rat-

rations; mais les sculptures de Notre-Dame ont trouvé dans VioUetle-Diic le savant artiste capable de les comprendre et d'assurer leur intelligente réparation.

Les statues qui avaient été précipitées du haut de leur socle sur le parvis ont été refaites sous sa direction, à l'aide d'ingénieuses déductions tirées de l'observation méticuleuse des fragments subsistants. Les saints disparus étaient d'ailleurs suffisamment désignés par les épisodes de leur vie ou de leur martyre ligures en médaillons sur leur piédestal ouvragé. Les révolulionuaiies en voulaient aux images leur rappelant les souvenirs abhorrés de la royauté; quant aux scènes bibliques ou évangéliques des bas-reliefs, ils les ont généralement respectées, d'autant plus que, n'en comprenant pas le sens, ils leur donnaient une interprétation moitié magique, moitié scientifique. Aussi les déductions de VioUetle-Duc ont-elles pu se faire avec une grande exactitude, et la cathédrale peut, même au point de vue décoratif, être considérée comme apparaissant dans la fraîcheur native de sa création.

L'esprit de foi du moyen âge, en plissant et en dentelant la pierre, en brodant de délicats bas-reliefs et en créant un monde de statues, ne pouvait obéir uniquement à des préoccupations de décoration : un ordre rigoureux a certainement présidé aux dillérenls groupements, qui se ramènent à des pensées maîtresses; ce sont, pour Notre-Dame, la glorification de Marie, celle de son fils et des saints chers aux Parisiens.

A considérer d'abord la large façade occidentale, on aperçoit, à la place d'honneur, l'image de la Vierge, encadrée en haut par les vingt-huit statues des rois de Juda, à droite et à gauche par l'avancée des tours, au dessous par les riches sculptures des trois portails. De ceux-ci, celui du milieu était consacré au Christ, (pii, s'il a concédé à sa mère une part de sa puissance, demeure cependant le maître souverain; les deux autres sont [)our Marie : celui de droite ou de Sainte-Anne rappelle sa famille terrestre; celui de gauche, son assomption au ciel. Nous allons indiquer dans ses grandes lignes de quelle manière a été développé le cantique écrit par l'imagier sur les portails de Notre-Dame, à l'honneur de Jésus et de Marie.

Autour du Christ, feuilletant le livre de vie, qui se détache sur le trumeau central, sont rangées, dans l'épaisseur du portail, les statues des douze apôtres; à leurs pieds sont les vertus qui conduisent au ciel et les vices cjui précipitent dans l'enfer. Le jugement dernier occupe le tympan de la porte; dans la voussure, s'étage le cortège des hôtes bienheureux du paradis, les Anges, la troupe glorieuse des Prophètes, l'armée des Martyrs, des Docteurs et des Vierges. Signalons les parties les plus \nUo-

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resqiies de cet immense taliloaii. Les vertus ont chacune au-dessus d'elles le vice opposé. La Charité, par exemple, est représentée par la })rel)is qui donne tout ce qu'elle a : son lait, sa toison, sa chair même; comme contraste, l'avare serre ses trésors dans son coffre. Le Courage se voit sous la forme d'une femme assise, le regard ferme, au vêtement recouvert d'une cotte de mailles et appuyée sur un bouclier orné d'un lion; la Lâcheté est symbolisée par un homme courant à toute vitesse, regardant avec effroi un animal qui le poursuit, un lièvre. Un bœvd" figure la Patience, alors que la Colère emprunte les traits d'un homme ([ui accable d'inveclivcs un moine désarmé. L'Obéissance a sur son écu le |)lus docile des animaux, un chameau accroupi; l'esprit de Révolte se lit sur le visage d'un homme qui refuse d'écouter les exhortations d'un évêque et qui se retourne comme pour l'insulter. La Persévérance a pour blason une couronne, sa récompense ordinaire, tandis que l'Inconstance est personnifiée par un moine quittant son couvent à pas précipités, abandonnant dans sa «('llule ses vêtements monastiques et ses bottes de chœur.

Non moins abondanle en détails typiques est la scène du Jugement dernier. Au-dessous du Christ, assis sur un trône, et les pieds posés sur le globe de la terre, a lieu le recensement des âmes. L'une d'elles, un être lui, miiuiscule, c^st placée dans un plateau de la balance tenue par l'archange saint Michel; un démon est dans l'autre plateau, ([u'uu diable malicieux essaye d'attirer à lui, sans y parvenir, à l'aide d'un crochet. Ailleurs, c'est la Résurrection des morts : deux jeunes époux a|)pclés h jouir de la vie éternelle, le visage heureux, se tiennent par la main, les yeux levés vers le Rédempteur. La chaîne des réprouvés, meiu'-e par un démon, oiilraînc vers l'abîme grandes dames, rois couronnés, prêtres revêtus de la chasuble, aux traits convidsés; un diabbî pousse par les épaules le dernier damné, qui fait des efforts désespérés pour ne pas avancer.

Les scènes du paradis et de l'enfer se continuent en haut-relief dans les deux premiers rangs de la voussure : Abraham, assis entre deux arbres, reçoit sur une nappe les âmes des justes, trois petites figures vètue>; joignant les mains; la cité de Dieu est une agglomération d'édifices crénelés, habités par des personnages dont la moitié du corps a|)paraît audessus des nuirailles.

Au côté gauche de la voussure, les souffrances des pécheurs dans l'enfer sont montrées avec une effrayante variété. Au milieu des flammes est une énorme chaudière, sur les flancs de laquelle rampent des crapauds; Satan y enfonce les malheureux à coups de croc; l'un d'eux sort, tout

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PORTE DU ( : I- O I T K i;

enveloppé de flainines, de la gueule d'un hippopotame; la Mort, sous les traits d'une femme à cheval, décharnée, les yeux bandés, emporte l'enfer en croupe et frappe autour d'elle au hasard de sa lance; ailleurs, un gros démon, tirant la langue, est juché sur un groupe de damnés qu'il accable de son poids énorme. On n'en finirait pas à retracer l'horreur de (;es scènes, à décrire le spectacle des réprouvés entourés de leurs bourreaux, dans le grouillement des serpents et des crapauds.

Tel est ce portail du Jugement dernier, dont le symbolisme redoutable, la justice de Dieu, aurait rempli d'effroi et de désespoir le cœur du chrétien, si celui-ci n'eût eu j)our réconfort le tutélaire appui dé Marie, la mère des miséricordes, dont les mystères se déroulent sur deux autres portails de la même façade occidentale.

Sur celui de droite, on voit d'abord Joachim, son père, et Anne, sa mère ; puis la Présentation au temple, l'Annonciation, le Mariage de Joseph. Un jour, un soupçon injurieux traverse l'esprit de l'époux de Marie; instruit par la voix d'un ange, il implore à genoux le pardon de celle (pi'il a injustement accusée. Le mystère de la Msitation est suivi de la Naissance du Messie : la mère est couchée; son fils repose à ses pieds dans un berceau, entre le bœuf et l'âne; Joseph, assis à la tète du lit, est assoupi; les bergers se préparent à venir saluer l'Enfant divin. A la pointe du tympan, Marie, sur son trône de gloire, reçoit les hommages des Anges, des Prophètes et des Rois, qui s'avancent sur quatre rangs.

Le portail de gauche montre la ^'ierge enlevée au ciel par les Anges, jusqu'aux pieds du Christ qui lui remet le sceptre. Les Prophètes et les Rois de Juda sont figurés dans le rang inférieur du tympan et sous les dais de la voussure.

C'est encore la glorification de la mère du Saiiveui" qui fait l'objet de la décoration des deux portes du côté nonl, lune à l'extrémité du transej)t et dite Porte du cloître, l'autre au fond de la troisième chapelle et appelée Porte rouge. Sur la première, Marie, gracieuse et souriante, se dresse en avant du trumeau, levant son fils dans ses bras, une vraie vierge de Magnificat. Elle est escortée des statues des llois Mages et de celles des

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trois Vertus théologales. Dans le tympan, au premier rang, sont encore sculptés la Nativité, la Présentation et le Massacre des saints Innocents.

La partie supérieure emprunte son sujet au légendaire miracle de Théophile. Ce diacre avait, en haine de son évèque, vendu son âme à .Satan; le repentir l'ayant touché, la \'ierge arrache elle-même au démon le pacte (|ui livrait rame du criminel'.

Sur le tympan de la Porte rouge, ainsi appelée pro])ablement à cause de la coloration de ses vantaux, se voit une fois de plus le Couronnement de Mai-ic. Cn roi imberbe, saint Louis, est à genoux à l'un des (■ùtés du trône, taniiis que de laulre se tiennent deux femmes également prosternées, sa mère et son épouse. Dans les voussures se succèdent les diverses scènes de la légende de saint Marcel, évèque de Paris, qui, après avoir délivré son peuple de la fureur du monstrueux dragon, baptise, donne la communion, instruit ses clercs et accomplit les œuvres de charité.

Ce même prélat est représenté en grand sur le pignon du transept méridional, partie réservée aux saints vénérés de Paris'. D'aboi-d saint Denis et ses deux compagnons Rustique et Eleulhère, tous trois décapités; pour éviter la vue horrible du tronc; nuitilé, les artistes du treizième siècle ont seulement enlevé aux martyrs la partie supérieure du crâne. Puis vient saint l'Itienne, patron (l'une des deux églises démolies pour faire place ;i la cathédrale. Sa vie et son sup|)lice sont racontés avec détails : entouré des Docteurs, il discute avec eux la parole de son Maître; ses adversaires excitent contre lui le ]ieuple; il est lapidé, et son corps est déposé en terre [)ar la piété de (piel([ues fidèles; Jésus, dans le haut du tympan, au milieu d'un nuage, entre deux Anges, bénit le combat de son premier martyr.

Les arcades pleines placées de chaque coté de ce sujet médian, conservent le souvenir de la charité de saint I\Iartin, si populaire dans toute la France : le Saint, ii cheval, partage son vêtement avec un pauvre. Le Christ montre à deux Anges respectueusement inclinés le manteau sanctifié.

Nous arrêterons ici notre étude iconographifjue, forcément très incomplète. Notre intention n'était j)as, en effet, d'entrer dans le détail des figurations multipliées sur les (lancs de l'édifice pour son embellissement et pour l'instruction des fidèles; notre but — ■ et nous pensons l'avoir atteint — était de prouver qu'il y a dans Notre-Dame, pour les sculp-

1. Celte légende populaire est représentée aussi sur un des bas-reliefs de l'abside.

2. Plusieurs d'entre eux se voient déjà sur les flancs du portail gauche de la façade occidentale.

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turcs autant que pour rarchitecture, unité parfaite de plan, et que les scènes évangéliques, les récits de l'Ancien Testament des tympans et des voussures sont rattachés les uns aux autres par un enchaînement méthodique rigoureux.

A voir le nombre des statues accumulées à l'extérieur de Notre-Dame, on pourrait s'attendre à rencontrer au dedans le même luxe de représentations iconographiques : il n'en est rien, cependant. L'intérieur des églises était réservé à la méditation et à la prière; le temple était simplement décoré de riches verrières, que le dix-septième siècle a fait disparaître. On peut se rendre compte de l'efl'et qu'elles produisaient par le miroitement des deux grandes rosaces, alors qu'elles sont traversées par les rayons du soleil.

Il est cependant dans Notre-Dame un endroit où le sculpteur a exécuté une série de bas-reliefs des plus beaux. Autrefois, la messe se célébrait en dehors du regard de la foule; non seulement l'autel était encadré de (juatre colonnes (elles étaient ici de cuivre ciselé), entre lesquelles étaient tendus d'épais rideaux, mais le chœur lui-même était entouré d'une muraille de pierre, et le jubé de la partie antérieure terminait en quelque sorte la fermeture. Or, à Notre-Dame, ce mur de clôture, aussi bien que le jubé, était, sur ses parois extérieures, orné d'une suite de bas-reliefs représentant les mystères évangéliques, depuis l'Annonciation jusqu'aux apparitions qui suivirent la Résurrection du Christ. Une partie importante en a malheureusement disjjaru. Au dix-septième siècle, lorsque fut détruit le jubé, on pratiqua à chacjue tiansept, dans le mur du chœur, une large brèche où fut placée une grille de fer commune. Ce qui subsiste du mur fait vivement regretter cette perte, et l'œil exercé reconnaît sans peine, du côté nord, œuvre du treizième siècle, les qualités de goût, de sobriété et d'élégance que ne possédèrent plus les artistes du siècle suivant, lorsque, voulant dépasser leurs prédécesseurs et faire du nouveau, ils exagérèrent les effets, varièrent les attitudes, parfois au détriment de la simplicité.

A l'extrémité de la clôture du chœur se dresse le monument du ^'œu de Louis XIII; il ne manque ni de caractère ni de grandeur, mais il détonne dans cet édifice gothique.

A tous les siècles, l'église a reçu de riches embellissements, dont <|uelques-uns, inspirés par un goût peu éclairé, ont eu des conséquences à jamais regrettables. C'est ainsi que le sol, jadis revêtu, comme d'un vaste lapis, de dalles funéraires où les portraits des défunts, de hauts personnages, étaient tracés en creux, a été, au dix-septième siècle, recou-

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vert, dans le chœur, par une mosaïque sans intérêt et, dans le reste de léglise, par un pavé banal de marbre blanc et bleu.

La Bévohition enleva le gigantesque saint Christophe du porche d'entrée, ex-voto du sire des Essarls (|ui, craignant de tomber sous le poignard des Bourguignons, avait ainsi invoqué la protection de son puissant patron. Elle fit de même pour la statue de roi placée près du maître-autel, qui était celle de Louis ^'I ou de Philippe-Auguste, et pour celle de l'énigmatique cavalier, couvert de son armure, casque en tète, la visière baissée, qui a si vivement excité la curiosité des archéologues. Etait-ce Philippe le Bel, comme d'aucuns le prétendent, victorieux à Mons-en-Puelle? Etait-ce Philippe de Valois, <|ui, surpris dans son camj) de Cassel, fit vœu de consacrer, s'il repoussait les Flamands, son armure à la Vierge et qui la porta lui-même à cheval dans Notre-Dame? On ne le saura jamais.

Il est d'autres événements qui, pour n'avoir pas laissé de traces matérielles, n'en sont pas moins profondément fixés dans le souvenir. C'est là qu'en 1302 les premiers états généraux vinrent affirmer publiquement le droit de la France à se gouverner elle-même et prêter au roi le I)uissant appui de leur force collective.

Philip|)(! Ii; Bel, si êu('rgi(|U(' dans l'affiriiKiliou de son autori[('', voyait se dresser devant lui Ir pape lioiiiracc \'I1I, (|ui voulait l'aire triom|)her les priiuipes lli(''()(rali<|ues. La guci le, tout d'abord d'escatUKiuches, se fil ouveilcmeiil, et de grandes batailles furent livrées. Bulles ])ontificales définissant les droits imj)rescii|)til)les de la j)aj)auté; Phili])pe le Bel est invité à se disculper de tyi'annic, de nuuivais gouvernenuMit et de fausse monnaie; un concile est convo(|ué à Ronu'. A cela, le roi de Fiaïue l'épond eu interdisant à ses |)rêtr('s de c|uill('r le pays et en faisant appel aux trois ordres de la nation, réunis à Nolre-Uame le 11 avril 1.'Î02. L'assemblée l'ut solennelle; le roi s'adressa directement à ses sujets et leur demanda leur appui comme maître et comme ami, stigmatisant les prétentions (l'un pouvoir «'trangei'. Après délibcralioii, les assistants, les barons sui'toul, et aussi les ])rocureurs des villes, promirent à Philippe le Bel leur énergique soiilieii. C'est donc à Notre-Dame qu'eut lieu la jiremière réunion de ces dats généraux qui, dans la suite, devaient exeiccr une si grande influence sur les destinf'es du pays.

C'est dans l'Ile aux Juifs, près du Parvis, qu'eut lieu, <louze ans plus lartl, le sup[)lice du granti maître des Templiers, dernier acte de la mj'stérieuse Iraginlie dont, à [)lusieurs siècles de dislance, il est encore difficile de pénétrer les causes et de ilémèler les contratliclions. Jacques de ^lolay était resté sept ans en prison, et la torture avait eu à différentes re|)rises

raison de sa rermelé. Il se reprit à la fin, et, en présence d'une condamnation injuste, le maître de Normandie e~t lui bravèrent leurs juges et ne reculèrent |)as devant la mort. Le 16 mars 1314, le soir, alors que les lueurs du soleil couchant doraient la grande façade de Notre-Dame, les condamnés furent conduits à l'extrémité de l'île de la Cité. Ils eurent la tête tranchée; leurs corps furent brûlés, mais la vue de Notre-Dame avait affermi leur courage, et leurs cendres avaient dû trouver en partie abri dans les replis des pierres du monument.

C'est sous la voûte immense qu'il fut procédé, au milieu de la morne tristesse des Parisiens, au couronnement de Henri YI enfant, qui devait ajouter le titre de roi de France à celui de roi d'Angleterre. Quelques années après, les mêmes voûtes retentirent des cris d'allégresse du peuple saluant le retour de Charles VII. C'est là que Henri IV prit possession de son trône reconquis, là aussi qu'eurent lieu ses funérailles, plus imposantes par la profonde douleur du peuple que par leur exceptionnel apparat. Aux balustrades des tribunes, les rois de France exposaient les drapeaux et les étendards pris sur l'ennemi. A Notre-Dame fut sacré Napoléon I", qui dédaigna Reims, dans sa volonté de fonder une dynastie.

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