I.À S.ll.XTE CllAPELI.E ET LE PALAIS DE JISTICE kl
pclle qui, à sept siècles de dislance, s'est conservée à noire admiration dans sa fraîcheur primitive.
Un hasard heureux l'a préservée des causes de deslruclion, incendie et pillage, qui, en diverses circonstances, ont détruit le l'alais; de plus, d"inlelligentes restaurations Font remise aujourd'hui à peu |)rés dans l'état oii elle était au moment de son achèvement.
Si le temps a épargné dans leur architecture noni])re d'églises du treizième siècle, il n'a jamais respecté entièrement leur décoration, et c'est par une sorl(> d'intuition que l'on parvient à en reconstituer l'enscnibie. Ici tout est, pour ainsi dire, demeuré comme au temps de saint Louis. A cette place, la reine entendait la messe; cette stalle est celle du saint roi; c'est par un escalier semblable à celui-ci qu'il montait à la partie haute de l'autel oii reposait la couronne d'épines. Aux jours de fête, il présentait la relique à la vénération de l'assistance.
Un peu plus loin, dans l'espace compris entre deux contreforts, se voit une petite loge qu'une lucarne met en communication avec la nef. C'est là que Louis XI assistait aux oflices, à l'abri des embûches (pi'on lui dressait, croyait-il, à chaque pas.
L'église avait deux étages. Cette disposition se remartpie dans les oratoires de |)lusieurs clnUcaux et dans (pielcpies anciennes églises d'Italie. La chapelle basse était consacrée h la Vierge. Avec ses baies quasi triangulaires, la solidité de ses contreforts et de ses colonnes monoslyles en avancée, qui évitent de donner à la voûte une courbe troj) surbaissée, avec ses arcs-boutants destinés à neutraliser la poussée de la voûte médiane, avec les fortes arêtes de ses voussures semblables à l'armatui-e renversée d'une coque de navire, elle a une massivité cpii n'exclut pas l'élégance, et son obscurité même comnHini(|ue aux chatoyantes couleurs de sa décoration des teintes foncées du plus bel effet. II ne s'est produit aucun mouvement dans les assises de l'édifice; son parfait état de conservation en témoigne.
La partie haute, oratoire j)rivé du roi et de sa famille, est une merveille de légèreté et d'harmonieuses proportions. L'architecte y a réuni toutes les ressources de son talent, toutes les richesses de sa palette, tout ce que le treizième siècle, l'époque chrétienne par excellence, avait produit de plus délicat dans l'art de faire miroiter verrières, peintures et émaux. Si l'on excepte la rosace occidentale, qui est du quinzième siècle, on a ici le sentiment du parfait équilibre entre toutes les parties du monument. Les verrières sont rapprochées à se toucher et donnent l'illusion d'une construction aérienne, tissée de tapis transparents, d'une création céleste qui enlève l'àme vers Dieu dans ses formes élancées. Ces vitraux du trei-
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zième siècle sont intacts ; le génie de Pierre de Montreuil les a composés de minuscules médaillons à l'échelle du monument ; leur coloration a été si bien calculée qu'ils n'éblouissent pas l'œil.
Le ciseau du sculpteur a, d'autre part, souligné avec habileté la Ijeauté des lignes architecturales. Laissons de côte les porches des deux étages, reliés entre eux par un escalier à vis ; ils ont beaucoup souffert sous la Révolution, qui a martelé les bas-reliel's des tympans et brisé les statues de la Vierge et du Christ ; on a refait, il est vrai, et aussi exactement que possible, les fines sculptures des retombées des voûtes ; on a remis dans les losanges à rubans les lis de saint Louis et les châteaux forts de Blanche de Caslille ; mais ces restaurations, quelque soignées qu'elles soient, ji'ont pour nous qu'un charme relatif, et c'est l'intérieur de la sainte Chapelle (|ui l'ail goûter le plaisir de la contemplation des productions originales.
Les (lancs du grand vaisseau sont ornés de gracieuses arcaturcs, et les corniches sont sculptées en feuilles d'acanthe; au-dessus s'étend un bandeau où sont figurés des Anges porteurs de couronnes ou d'encensoirs. Les statues, de grandeur naturelle, des ilou/e A[)otres, ces piliers syml)oliques de l'Église de Jésus-Christ, s'espacent ii intervalles égaux dans tout le pourtour; elles oll'rent ici cette |)articularilé qu'elles tiennent les douze croix de consécration. Placées sur des consoles prol'ondément fouillées, elles sont abritées sous des dais également d'une grande richesse ornementale.
La restauration picturale a été conduite avec un soin minutieux. L'artiste a pu retrouvei' des indications précises pour son œuvre de reconstitution, en sorte (pie, malgré sa fraîcheur excessive et sa brillante tonalité, elle se présente dans l'état exact oii elle était primitivement. Le regard se repose avec un ineffable plaisir sur ces gammes de couleurs qui rappellent, avec leurs ors, les missels du moj'en âge; encore est-on parvenu ici, grâce au relief, à des effets que n'ont jamais atteints les enlumineurs sur parchemin. Chaque colonne, aussi bien dans la nef que dans l'abside, a sa décoration particulière, et la variété dans le détail ne nuit en rien à l'harmonie de l'ensemble.
A la suite d'un accident dont on ignore la nature exacte, on a reconstruit, sous Charles VllI, dans le style flandjoyant, la rosace occidentale, en même temps que la balustrade, formée de fleurs de lis avec entremèlement du cliiffre royal, qui fait le tour de l'édifice à la hauteur de la toiture. A la pointe des deux clochetons qui accompagnent le pignon, la sainte couronne est placée au-dessus de la couronne royale.
L'aMl du Parisien se repose avec complaisance sur la flèche élégante qui
LA s.irxriî (:/i.\I'i:lli-: et le palais de jus:ti(:e m
domine la masse du Palais de justice. Ce n'est plus celle de Pierre de Montereau; elle a, depuis le treizième siècle, été refaite trois fois : d'abord sous Charles VI, puis sous Lnuis XllI, eulin il y a moins de cinquante ans, et l'on a adopté colle dernière fois le style du (piinzième siècle, l'allé porte dans ses replis ajourés les statues des douze .Vpôtres et celles de huit .\nges chargés des attributs de la Passion.
Le Palais de justice actuel, autrefois 1(> i'ajais des rois, a été reconstruit presque tout entier; la seule façade ancienne est celle du nord. Elle a bien, elle aussi, été habillée à la moderne; mais lorsque la nuit lui apporte l'iiicerlilude de ses ondjres et cpie la lumière argentée de la lune en éclaire les sommets, on se croirait devant un ch;\- ^^' "'-^ "''"'■''■ '^'•ôtres
Uli I. \ SAINTE <:IIAI>ELLE
teau moyen Age. Le calme habituel tiu (piai tie
l'Horloge favorise encore l'illusion, et l'on se rcjjortc; au l('iui)S oii la Seine venait baigner le pied des murailles, consolidées par de puissantes tours, celles de l'Horloge, de César, d'Argent et de Saint-Louis.
La première emprunte son nom à une horloge dont ra\ail jadis ornée IMiilippe le Bel'.
La tour de César, (pii vient après, doit [irobablement son appellation aux assises gallo-romaines sur lesquelles elle a été ]);\lie; elle formait primitivement une salie uni(pie; actuellement elle est divisée dans sa hauteur en deux |)arties par un plancher; au rez-de-chaussée est installé le greffe; en haut, le cabinet du directeur de la f'onciergerie.
Les directeurs d'autrefois, qu'on appelait concierges du Palais, étaient des personnages de qualité, et même parfois de condition royale. Une reine de France, Isabeau de Bavière, se fit attribuer cette charge prodiu-tive; le médecin de Louis XI, Coytier, reçut le même titre du roi, son obligé. Le concierge avait droit de basse et moyenne justice sur tout le quartier; il louait aux merciers et aux libraires les échoppes du palais; il se faisait largement payer par les prisonniers leur misérable mol)ilier et leur maigre pitance; il pouvait retenir les malheureux à leur libération, s'ils ne parvenaient à solder cette dette involontairement contractée.
La tour d'.;Vrgent renfermait le trésor de Philippe le Bel et de son
1. Esl-il besoin de dire que l'Iiorlogc qui existe .nnjoiird'lnn est moderne?
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intendant Engiierrand de Marigny. On sait oomhiou importante fut, à cette époque, la question de la monnaie. La diflerence entre la valeur vraie de chaque pièce et la valeur qui lui était attribuée, constituait le droit de seigiicuriagc. Pour l'aire l'ace aux dépenses considérables nécessitées par les guerres extérieures, par l'administration de son royaume et par le train de sa maison, Philippe le Bel usa de ce droit plus largement (juaucun autre roi. Tantôt il décidait qu'une pièce d'argent ayant cours poui' un cei'taiu noinbie de sous ou deniers, aurait dorénavant une valeur plus forte; tantiU il diminuait la quantité de métal fin des pièces nouvellement frappées, sans pour cela abaisser la valeur nominale. Par exemple, la livre tournois, qui avait sous Louis IX le poids d'argent fin de vingt francs de notre monnaie actuelle, n'en renl'erniait plus, à un moment donné, que |)our six i'rancs soixante-(|uinze centimes. On comprend la iioiturbation que de jiareils procédés financiers devaient amener tlans les transaction^ commerciales, et les réclamations, timides d'abord, puis violentes, qu'elles suscitèrent. Le l'oi restait sourd aux rumeurs populaires et continuait, à l'aide de ces moyens, à remplir les colfres de sa tour d'Argent. 11 était secondé dans ses opérations fiscales par un honinie dont le nom éveille encore dans res|)rit, après tant de siècles écoulés, le souvenir de la plus haute fortune et de l'extrême misère, Enguerrand de Alarigny.
C'était un gentilhomme normand de grand air et de bel esprit, qui sut gagner la confiance du roi, au point de se faire conférer les plus hautes dignités et d'obtenir, par le titre de coadjuteur au gouvernement du royaume, une considération supérieure à celle même dont jouissaient les princes du sang. Tant cpie son maître vécut, il jiut triomjiher de l'envie. •Mais sous le jeune et faible Louis X le Ilutin, la haine des seigneurs, et surtout celle de l'oncle du roi, Charles de A'alois, le poursuivirent avec une âpreté que son supplice seul put satisfaire. Au sein du conseil, Chai'les de Valois, se faisant accusateur, reprochait au ministre des malversations que celui-ci, fier de son innocence, repoussait avec hauteur. L'intrigue n'en accomplissant pas moins son (cuvre, Marigny fut arrêté, enfermé dans la tour du Louvre, dont il était gouverneur, puis au Temple, enfin à Yincennes, où furent formulées contre lui des charges qu'il n'eut pas le droit de réfuter. Malgré les services rendus, Enguerrand de Marigny fut condamné au gibet et pendu à ces mêmes fourches de Montfaucon qu'il avait fait dresser.
Un revirement tardif se produisit dans l'esprit public, on plaignit celui qui avait été frappé si brutalement au sein de la plus haute prospérité; le roi eut regret de sa faiblesse, et Charles de Valois lui-même, en proie à une maladie de langueur causée par les remords, distribua aux indigents
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d'abondantes aumônes, demandant pardon pour lui et des prières pour iiioiiseigneur Enguerrand de Marigny. On éleva à l'ancien conseiller de Philippe le Bel, enfin réhabilité, un magnifique tombeau, qui porta à la postérité la mémoire de son innocence et flétrit l'injustice de ses accusateurs.
La qualrit-me et dernière tour, dite de Saint-Louis, exhaussée d'un étage dc|)uis 1871, marque la limite de l'ancienne façade gothique. Elle s'appelait aussi la Toitriiel/c, nom qui servait à désigner une ancienne juridiction. Enfin, comme les prévenus dont on voulait obtenir des aveux y subissaient la torture de l'eau, elle fut encore ironiquement baptisée tour Boiihcv.
Pénètre-t-on à l'intérieur de celle façade septentrionale du Palais de justice par une porte moderne percée entre la tour de l'Horloge et la tour de César, on rencontre une vaste salle qui ne rappellerait en rien une prison, si, de tous les côtés, ne se voyaient portes à verrous et fenêtres solidement grillées. C'est l'antichambre de la Conciergerie, riche en souvenirs révolutionnaires, dont il sera question dans un chapitre suivant; on ne s'occupera ici que de la partie moyen Age. La voûte est ogivale; quelques-uns des piliers engagés sur lesquels elle repose montrent à leur partie saillante les crochets caractéristiques du treizième siècle; mais les feuilles dentelées et plissées des hauts de colonne du milieu, et les sujets de genre, d'une liberté satirique qui étonne nos hal)iludes modernes, dénotent qu'elle a été en partie refaite au cpialorzième siècle, peut-être au temps oii Philippe le Bel fit placer une horloge dans la tour Carrée.
A la même époque appartient une autre salle, plus grande encore, aux voûtes en arcs brisés, divisée en (piatre rangées d'arcades et soutenue dans la partie centrale par une ligne de gros piliers formés de quatre colonnes engagées. Cette pièce ne comprend pas moins de neuf travées; à l'est, de hautes fenêtres à plein cintre lui fournissent une lumière insuffisante; mais la pénombre ne lui messied pas. C'était autrefois, selon toute vraisemblance, un réfocloire des gardes; c'est aujourd'hui une prison de réserve. Les étudiants y ont parfois, à leurs jours de protestation et de tapage, été conduits par centaines. Cette turbulente jeunesse a pu trouver un adoucissement h ses quelques heures de captivité à être ainsi enfermée dans cette salle si pleine de souvenirs.
Une cuisine lui est contiguë; elle est partagée en deux par une suite de colonnes supportant les retombées des voûtes; ses quatre cheminées, aux larges manteaux, font songer aux quartiers de bœufs, aux moutons entiers, aux enfilades de volailles que l'on y pouvait faire rôtir h la
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(lamme vive des troncs crai"l)res apportés des forêts environnantes. Quand tons les foyers étaient en activité, ils devaient suffire à la cuisson des aliments nécessaires aux convives nombreux et de bon appétit, attablés dans le réfectoire voisin, convives prol^ablement de condition moyenne, soldats et gardes du corps. Cependant, là-liaut, dans la salle des pas perdus actuelle, le roi prenait son repas officiel, assis à la table de marbre, dans l'assemblée brillante des gens de la cour. Cette dernière salle a été reconstruite après l'incendie de 1871, mais elle n'avait déjà plus alors l'architecture du temps de Philippe le Bel, les murs lambrissés et dorés, les colonnes de bois sculptées, les plafonds aux solives apparentes. En 1G18, à la suite d'un premier incendie, Jacques de Brosse l'avait, en effet, rebâtie dans un style simple, mais élégant. La tradition donne aux grandes pièces ogivales du rez-de-chaussée les noms de salle Saint-Louis. Elle ont, en tout cas, été l'objet d'une importante restauration au quatorzième siècle par Philippe le Bel, dont l'action s'est exercée, ici comme pai'lout, avec une puissante énergie.
Ce puissant loi fit j>lus (jue de remanier les constructions; il fit subir an Conseil demeurant avec lui dans le Palais des modifications si profondes, qu'on a pu avec raison lui allribuei- la création du Parlement. Celui-ci a été raltaché par les historiens à la curia régis des premiers Capétiens, assemblée primitivement composée de seigneurs chargés d'éclairer le prince sur les questions délicates et de rendre la justice en son nom, dans son domaine. Peu à peu, les barons ignorants cédèrent la ])lace aux légistes de profession, et on voit saini Louis se servir de ces auxiliaires dévoués dans sa lutte contre la féodalité. Pliilip[)c le Bel fit plus encore. 11 créa les clicvaliiTs rs /o/.v,- il laïcisa en (]uel(|ue sorte son conseil en en écartant les prélats, pour les laisser, disait-il, s'occuper de leurs afl'aires spirituelles. L'assemblée fut scindée en conseil étroit ou secret, pour les affaires politiques ; en cour des coniples, pour les questions financières; et en Parlement proprement dit, ou conseil judiciaire. Ce dernier, le seul dont nous ayons à parler ici, prit dès lors une périodicité régulière; le choix de ses membres restait, à chaque session, à la nomination du roi. Ce n'était pas encore ce corps fermé et puissant de la période suivante. Déjà, ]>ourtant, avait été pronuilguée l'ordonnance royale, sur laquelle s'apjiuya ])liis tard le ]\irlement pour résister au souverain lui-même. Elle disait textuellement : « S'il advient que, par erreur ou oubliance, si comme aucunes fois advient, nous passissions ou octroissions aucune chose contre l'entente de nos ordonnances dessus dictes, nous voulons qu'il ne soit mis à exécution, mais délayé et retardé
LA SAI.STE r.llAI'lîLLE ET LE PALAIS DE .liSTICE 55
jiis(jues à temps qu'on nous ait avisé poiu- en dire et éclaircir notre finale entente. » C'est cet article cjui fut cause de l'ingérence du grand corps judiciaire dans les affaires de l'État, par suite d'une interprétation erronée, puisque, dans la j)ensée de l'hilippc le Bel, il s'agissait uni([uement d'assurer l'exécution exacte des diverses clauses de son ordonnance; il n'était, par conséquent, nullement question de ciéer une opposition quelconque à son pouvoir absolu.
En possession de celle arme, si faible qu'elle fût au début, le l'arle-
ment, avec une énei'gie persévcranle, affirma son intention d'exercer un contrôle sur les actes du gouvernement. Il s'attribua le droit de validation non seulement des orilonnanccs royales, mais aussi des bulles pontilic-ales; il s'immisça par suite dans les ad'aircs |)nl)lii|ii('s et religieuses thi pays. Défenseur des droits de l'Église gallicane, il tint lèle à l'iancois l" pendant plusieurs années, et s'o|>posa au concordat qui mettait le clergé dans la main du roi. Cclui-t'i l'en punil en lui défendant « de s'entremettre en quelque chose dans l'Elal, ni d'autre chose que la justice ». Cette même défense fut renouvelée, sous des ibrmes difi'érentes, mais avec non moins de fei'niel('', par Louis Xlll inspiré par Richelieu, par -Louis Xn', qui se montra hautain dans son langage, par Louis XV, qui substitua à la grande assemblée, des chambres que l'opinion jndjli(|uc flétrit du nom de Parlement ^Maupeou, par Louis XVI enfin, à la veille de la Révolution.
Le Parlement avait pour résidence, depuis un très long temps, l'ancienne demeure de Philippe-Auguste et de Philippe le Bel; il la conserva le jour où il prit une indépendance propre, car le Palais de la Cité devint disponible par l'abandon qu'en fit Charles ^^ qui l'avait en horreur : ces
vieux bâtiments lui rappelaient trop vivement les scènes sanglantes dont
il y avait été témoin, alors qu'il n'était que Dauphin de France.
La puissance du Parlement grandit encore lorsque le recrutement de ses membres, d'abord laissé au choix du roi, chose naturelle, puisqu'il s'agissait de son conseil, fut assuré par la vénalité, puis par l'hérédité des charges. La noblesse de robe forma ainsi une classe exclusive, non moins que la noljlesse d'épée, et avec une cohésion que cette dernière n'avait pas.
Cette entente se manifesta hautement à l'époque où les différentes cours, celle de Paris et celles des provinces, se mirent en rapports suivis et s'unirent intimement : l'opposition tenace, unanime, des magistrats eut raison de la volonté royale par la seule menace de suspendre l'exercice de la justice sur toute l'étendue du territoire.
Cette organisation, quelquefois salutaire pour contre-bal^ncer les erreurs d'un pouvoir absolu, mais parfois aussi tracassière et mesquine, était d'autant plus dangereuse qu'elle exerçait l'autorité sans en avoir la responsaljilité.
Parmi les actes du Parlement, il en est, au cours de l'histoire, qui sont dignes de toute louange; il en est d'autres sur lesquels on serait heureux de jeter le voile de l'oubli. Cependant, si, en tant que corps, le Parlement mérita parfois des critiques, il est juste de rendre hommage au caractère élevé, à l'honorabilité de vie, à l'austérité de mœurs d'un très grand nom- Jjre de ses mcmbr(^s. Aux époipies de corruption, la vertu s'est souvent réfugiée au sein de ces familles de magistrats, (pii occupaient entre la cour et la bourgeoisie une place intermédiaire, et qui, conscientes de leur valeur morale et sociale, tenaient à pratiquer le bien, non pas seulement au point de vue individuel, mais aussi au point de vue corporatif, stinuilant puissant et fécond.
Tels sont les souvenirs qu'évoque le Palais de justice, demeure des rois jusqu'au (piator/.ième siècle, puis siège du Parlement qui compta parmi ses membres les Michel de l'Hôpital, les Achille de Harlay, les Mathieu Mole, les président Lamoignon, et cent autres, éternels exemples des magistrats qui leur ont succédé.