‹ Les monuments de Paris souvenirs de Vingt SièclesChapitre 13 sur 58 · SAINT-JULIEN-LE-PAUVRE ET L'UNIVERSITÉ · texte numérisé non relu

SAINT-JULIEN-LE-PAUVRE ET L'UNIVERSITÉ

SOMMAirUi

Le quarlier latin. — Inlérèt archilccliiral do l'église Saint-Julicn-le-Pauvrc. — Organisalion de rUnivcisilé de Paris. — lustiliitioii des collèges. — Les moines écoliers et le couvent des 15crnai-dins. — Rôle poliliiiue de l'Univcrsilé de Paris. — La lutte avec les jésuites. — L'Université de France.

i; (|iiaili('f laliii a aiijoiird'liiii un air tlo jeunesse qui |)(iiii'i'ail l'aiio illusion siif sou auli(|ue origiue. La plu- |)ail (les claljlisscuK'iils uiiivcisilaii'es ont été rebâtis

A ou coinj)Ièl(>nient Iranslbnnés : tels la célèbre Sorbqnno, centre de l'acltielie Lhiiversité de Paris; la Factilté de

droit; l'École de niétlecinc, si vaste (|ti'elle est traversée par une rue; l'Ecole polytechnique, qui a successivement modifié, démoli et remplacé les anciens bâtiments dti Collège de Navarre; le Collège de France, très agrandi et encore insullisant; l'Ecole des mines; tels encore les lycées comme Saint-Louis, à la façade de belle apparence, Louis-le-Grand, reconstruit d'hier, Henri l\, qui a utilisé en les améliorant les anciens bt\timents des chanoines de Sainte-Geneviève, le petit lycée Montaigne, (jui émerge des jardins du Luxembourg comme d'un berceau de verdure. Si l'on veut se faire itne idée dit qitartier latin d'autrefois, on n'a plus que la ressource de visiter l'étroite bande de terrain resserrée entre le boulevard Saint-Germain et la Seine, dans ces rues qui portent les vieux noms de la Bi'icherie, de la Parcheminerie, des Prètres-Saint-Séverin. On se croirait ici bien loin de ce Paris oit la corne sonore des tramways alterne avec l'appel saccadé de l'automobile; les pavés pointus primitifs sont rarement foitlés par de fines bottines; ignorants sans doute des

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ordonnances de police, les boutiquiers envahissent les trottoirs de leurs <!evantures; et, comme au village, les poules picorent sans façon dans le ruisseau.

C'est là qu'il faut aller chercher, dans une rue étroite, encombrée de charrettes à bras en location, au fond d'une cour entourée d'ateliers il'ouvriers et d'échoppes, l'église Saint-Julien-lc-Pauvre, qui non seulement rajipelle, dans celles de ses parties qui n'ont pas été modifiées, les commencements de l'art ogival, mais encore renferme dans ses murs le souvenir de l'Université de Paris, qui pendant longtemps y tint les assemblées de ses maîtres. Dans sa nudité et son abandon, elle reçoit, à l'égal <le monuments beaucoup plus opulents, la visite des artistes. En effet, bien que son antique façade, abattue au dix-septième siècle, ait été remplacée par un ridicule fronton accoté de pilastres corinthiens, bien que, dans la grande nef, on ait substitué aux voûtes à nervures d'autres voûtes sans style aucun, bien que des remaniements malheureux aient été opérés çà et là, des ouvertures bouchées, d'autres ajoutées, quoique le clocher ait été rasé à la hauteur de la toiture, l'on ne tarde pas à reconnaître, au soin et à la variété des sculptures, le caractère j)ropre aux véritaldes œuvres d'art.

Placée sous le vocable d'un grand évèque que ses ruineuses aumônes firent surnommer le Pauvre, l'église Saint-Jidicn pouri-ait aujourd'hui mériter elle-même cette appellation par son état de délaljrement et son aspect misérable. Les couleurs vives et les ors de la clôture du sanctuaire (l'édifice a rcceniuu:'nt été aflecté au l'ite grec caliioli<|ue) rendent plus frappant l'air de désolation de ce temple, qui jus(pi'à ces dernières années servait de magasin et d'entrepôt à l'Hôlel-Uieu.

Le mobilier en est des plus rudimentaires : la chaire est en l)ois blanc, et une échelle à vulgaire main courante y donne accès; deux j)oèles à ailettes dressent de chatpie côté de la nef leurs noirs tuyaux de tôle. Le vieux gardien qui gagne sa vie à dél)iter un Ijoniment monotone a sans <loute bien peu de loisii' à consacrer au nettoyage du sol et à l'époussetage des murs.

Mais que de remarques n'est-on pas appelé à faire tant sur l'architecture d'un monument qui, dans sa partie la plus ancienne, remonte au douzième siècle, que sur la finesse et la diversité des sculptures décorant les nombreux chapiteaux.

Rien, bien entendu, ici des grandioses proportions de Notre-Dame, dont l'église est contemporaine; mais il est intéressant d'observer coiidjien, avec des moyens limités, l'architecte est parvenu à un bel et imposant

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effet. Dans les lignes encore sévères du roman, il a mis de ce charme et de cette harmonie que le nouveau style ira en déveloj)j)aiit de plus en plus.

L'abside principale et les deux absidioles ont une gracieuse courbure; l)ieii (|ue disposées inégalement, les fenêtres d'éclairage ne nuisent pas à l'unité; les colonnes, tantôt monostyles, tantôt réunies en faisceaux, sont heureusement distribuées. Mais c'est surtout dans la décoration des <'hapiteaux qu'il faut a(hnirer la l'iche imagination de l'artiste. Par des |)rocédés très simples, |)ar la disposition ttcs feuilles d'eau, en présentant li>s unes de face, les autres de profil, en variant leurs points de départ, en les couri)ant plus ou moins, en se laissant aller aux ciijjrices iliine fantaisie toujours guidée par le goût le plus pur, il lournil une ccdlection précieuse entre toutes de la scidplure ogivale naissante.

L'église du douzième siècle, consliuite i)ar les moines de l'abbaye de Longpont, succédait à une autre plus ancienne, (pie signale (jrégoii'e de Tours, el donl Ir puils, aux vcrlus miraculeuses, se voit encore en dehors de l'absididle dr gauche, ii'<luile de tliuKMisions à son inlenlion. Longlemps l'abbaye lui pi()s|)ère; birscpu^ la mauvaise administration des abbés commendalaires leut fait tond)cr si bas (]ue les quelques moines qui restaient durent se disperseï-, les b;\timents furent affectés à l'Ilôlel- Dieu. C'est à ci; litre (pie Saint-Julien possède, avec un curieux basrcliel' Itinéraire du <piiii/.ième siècle, la statue du gi-and philanthrope Montyon, le généreux donateur des |)iix de vertu distribués chaque année par rAcadémie française; on ne pouvait, en ellet, trouver pour son tond)eau un meilleur endroit que dans la chapelle de l'iiô tel-Dieu, cet asile des malheureux.

Le cou|) d'u'il donner à la vieille église Saint-Julien-le- Pauvre nous amène à parler de la grande institution qui, dès le douzième siècle, y ri'unit ses assendilées de professeurs.

Nous voulons parler tie l'Université, (pii tint, dans le Paris du moyen âge, et (pii tient aujourilhui encore, dans le Paris moderne, sous une forme différente, une place si importante.

Son origine ne peut être fixée exactement ; d'aucuns la font remonter aux écoles de Charlemagne, d'autres lui attribuent comme fondateur Philippe-Auguste. Il est plus admissible

c[ue nous venons de / ^^

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(le la considérer comme l'ensemble cles diverses écoles qui, dès les premières années du moyen âge, étaient déjcà fort nombreuses à Paris, l'armi les plus célè])re3 on doit citer celles de Tal^baye de Saint-Victor, de Sainte-Geneviève, de Saint-Germain-l'Auxerrois et du Cloître Notre- Dame.

Sur les pentes de la montagne Sainte-Geneviève se pressaient les écoliers accourus de tous les points de l'Europe, pour écouter la parole de professeurs renommés ; maîtres et disciples, formant ce que nous appellerions aujourd'hui un syndicat, se réunirent en corporation sous le nom à'Unu'crsitas magistroniin et auditorum : l' Université était fondée. Philippe-Auguste lui attribua en 1200 de très grands privilèges.

Les facultés furent d'abord au nombre de quatre; leurs débuts avaient été des plus modestes. Dans la rue du Fouarre étaient d'aljord groupés les étudiants de la faculté des arts; de là, après avoir reçu l'enseignement grammatical et littéraire, ils passaient dans les facultés de théologie, de droit ou de médecine. On sait combien furent célèbres les maîtres en théologie de la Sorbonne. Le droit s'enseignait au Clos-Bruneau, rue Jcan-de-Beauvais; non pas le droit romain, réservé aux facultés d'Orléans et de Poitiers, mais simplement le droit canon ou décret. La médecine fut longtemi)s à chercher un local en rapjiort avec les besoins de son enseignement; les chirurgiens trouvèrent enfin un lieu de réunion convenable aux abords de l'église Saint-Côme-et-Saint- Damien, dédiée à leurs patrons. Quant aux assemblées corporatives des professeurs, elles eurent lieu pendant longtemps dans cette église Sainl- Julien-le-Pauvre <jiie nous venons de visiter. C'est là que, tous les deux ans, le prévôt de Paris prt'iail serment de respect pour les privilèges universitaires et (pie, clia(|uo trimestre, les délégués procédaient à la nomination du recteur. L'élection ne se faisait pas toujours sans tumulte : à la suite d'une séance particidièrement orageuse, au cours de laquelle portes et clôtures avaient été brisées, les religieux de Longpont obtinrent du Parlement, en L53'4, que les assemblées fussent tenues ailleurs que chez eux; elles se réunirent, à dater de ce moment, au Cloître des Mathurins. Les moines de cet ordre, fondé au treizième siècle par Jean de Matha, avaient pour mission d'aller en Orient accomplir l'œuvre charitable de la rédemption des captifs; ils vivaient en bonne intelligence avec le recteur et les clercs, et, même au temps où les réunions ordinaires des professeurs se tenaient à Saint-Julien, leur cloître avait servi aux assemblées solennelles de l'L'niversilé, qui, en 1317, y pronon(;a l'arrêt reconnaissant comme héritier du trône le second fds de Philippe le Bel, Philippe V le Long; dans la suite des siècles, d'autres arrêts célèbres de

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l'Université furent édictés dans ce même couvent, tel l'appel au concile formé au dix-huitième siècle contre la balle UnigeniLus, telle encore la révocation de cet appel et la soumission à l'autorité pontificale.

L'Univei'sité était loin d'être en aussi bons termes avec tous les ordres monasli(pies, dont (|uei(iues-uus (aisaient, ainsi qu'on va le voir, à son enseignement une concurrence redoutable ; mais il est indispensable de dire auj)aravant quelques mots de l'organisation des coUèi^-.'^s.

Les écoliers (b; la rue du Fouarre étaient partagés en ([uatre nations : l'rance, Picardie, Normandie et Allemagne, subdiviséi^s elles-mêmes en /rihus. De généreux donateurs avai(Mit songé à assurer l'entretien des jeunes gens pauvres que le désir de s'instruire attirait à Paris, et avaient fondé il leur intention les collèges avec des bourses dont l'attribution était nettement spécifiée. Les seigneurs, et notamment les évê([ues, fireni une large |)lace, dans leurs préoccupations charitables, à ce mode de bienfaisance.

Les étrangers avaient aussi leurs collèges. Pour les gens de Florence, Modène, Plaisance et Pistoie avait été créé le collège des Londjards; pour les Danois, celui de Dace ; pour les Suédois, ceux de Skai-a et de Licoping; les Écossais avaient le leur, ainsi que les habitants de Tournai. Mais ce sont naturellement les provinces de France (pii étaient le plus largement représentées. La Bretagne avait pour sa j)art le collège de Tréguier et celui des Cornouailles; i\ la Normandie se rattachaient les collèges de Maître-Gervais, du Trésorier, d'Harcourt, de Séez, de Lisieux, deBayeiix; puis venaient les collèges d'Arras, de Cambrai ou des Trois- Evcchés; celui de Boncourt j)our les écoliers du diocèse de Tliérouanne; ceux de Dormans, de Beauvais, des Cholets, pour l'Amicncns; de Reims, de Relhel, des marches de Lorraine; les étudiants pauvres de Bourgogne trouvaient asile dans les collèges de Bourgogne, des Grassins et de Cluny; les jeunes gens du Centre allaient aux collèges de Tours, de Huban ou de VAvc-Ma/ia, d'Atitun, de Chanac ou de Pompadour; il n'est pas jusqu'à Narbonne qui ne fournit des bourses à ses enfants dans le collège qui portait son nom.

De leur côté, les couvents avaient fait des fondations à l'usage de leurs jeunes moines, qu'ils avaient tout d'abord envoyés s'instruire auprès de l'Université de Paris. Lorsque les collèges cessèrent d'être de simples hôtelleries et eurent des maîtres particuliers, les religieux donnèrent à leur tour l'enseignement, non sans que l'Université en conçût quelque ombrage et quelque jalousie. Leurs collèges étaient, en elTet, devenus rapidement prospères. Sans parler des abbayes de Saint-^'ictor, de

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Sainte-Geneviève et tle Saint-Germain des Prés, qui, nous l'avons vu, étaient antérieures comme origine à l'Université elle-même, des centres d'enseignement se formèrent chez les Cordeliers, les Jacobins, les Carmes, les Augustins, les Prémontrés et jusque chez les Bernardins, les seuls dont le temps ait en partie respecté les constructions conventuelles. On a une liante idée de la puissance des ordres monastiques qui élevaient pour leurs jeunes frères des bâtiments dans les proportions de ce réfectoire qui va retenir quelques instants notre attention.

Dans la rue de Poissy, à peu de distance du boulevard Saint-Germain, dont la percée a fait disparaître la chapelle des Bernardins, construite au (piatorzième siècle, se trouve, derrière une haute muraille que couronnent les cimes d'arbres feuillus, une consti'uction de vastes dimensions, aux grandes fenêtres ogivales séparées par d'énormes contreforts. Ne pénètre pas qui veut dans cette enceinte : c'est une caserne de pompiers, et pour v être introduit il faut la permission du colonel. L'a-t-oru obtenue, on est guidé avec beaucoup de bonne grâce dans les diverses parties de cette caserne, habitée par déjeunes hommes à l'allure vigoureuse et dégagée. Bien peu d'entre eux songent sans doute, au cours de leurs trois années de service, à se rendre compte du caractère de l'immeuble, que des transformations successives n'ont pas réussi à moderniser. La cuisine de la troupe et la cantine occui)ent, à l'une des extrémités, toute la largeur du bâtiment. Deux rangées de seize colonnes monostyles soutenant les retombées des ogives, a]iparaisscnt dans leur effet à la fois élégant et grandiose, malgré les nécessités des aménagements modernes (pii ont l'amené l'exhaussement du sol et l'établissement de cloisons qui nuisent à l'ensemble. Néanmoins, cette salle de soixante -quatorze mètres de longueur offre un des spécimens les plus typiques de l'architecture ogivale du quatorzième siècle, en même temps qu'elle manifeste la vitalité de l'ordre monasticjue qui l'avait édifié.

Il n'entre pas dans le plan de ce travail de faire, si intéressante puisset-cUe paraître, l'étude des collèges qui ont une place importante dans l'histoire de l'Université de Paris. Nous préférons indiquer le rôle politique que celle-ci a joué, et raconter quelques traits de son éternelle lutte contre les jésuites.

Après avoir commencé par défendre ses droits, l'Université ne tarda pas à devenir agressive, à prétendre imposer sa volonté. Au quatorzième siècle elle se proclamait déjà le « concile perpétuel des Gaules » et prenait position dans le schisme qui partageait la chrétienté. Plus tr.rd, se disant « la très chère fille, la conseillère, la fille aînée du roi », elle vou-

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lut diriger le gouvernement selon ses vues; sous Charles A"I elle eneou- .jagea les Cabochiens, et, chose triste à dire, elle fut pour les Anglais; aussi Charles VII, à son retour à Paris, la traita-t-il avec une juste rigueur, et la réforme du cardinal dEstoutcviile rétablit l'ordre là oii la licence avait trop l()nglcm[)s régné. L'enseignemeul reçut alors une direction 4)liis large; des rcfoi-nuilctiis pcrpcluels furent nommés; de j)lus, le roi, plaçant sous la juridiction du Parlement les maîtres et les écoliers, put tenir ceux-ci plus lacilement en tutelle. Louis XI fit davantage encore : il tléfendil ;i ri'niv('rsi|(' (i(> fermer arjjili-airenu^nl ses cours. Mais, comme

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le désir tl'étre remise en ])ossession de ses j)ii\ilèges amenait périodiquement l'Université à entrer en conflit même avec le pouvoir royal, Louis XII dut employer la rigueur pour la forcer ;i l'observation des édits. François 1''', enlin, lui donna un coup indirect, mais sérieux, par la création du Collège royal, plus tard Collège de France, dont les lecteurs apportèrent, avec des sciences nouvelles, un esprit nouveau.

Cependant, les temps troublés de la Ligue devaient fournir h l'L'niversité l'occasion de jouer encore un rôle politique. En L'iS?, les maîtres en théologie de la Sorbonne allèrent jusqu'à proclamer qu'on pouvait enlever au prince le gouvernement du royaume, comme on retire à wn tuteur suspect la gestion des biens de son pupille. Henri III prit en plaisanterie ce décret, manda auprès de lui les théologiens et leur pardonna, à

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oondition qu'ils n'y reviendraient plus. Cette clémence augmenta leur audace, et, quelques mois après, les mêmes sorbonnistes, zélés partisans des Guises, rendirent un arrêt qui déliait le peuple du serment de fidélité envers Henri III et permettait à tous « de s'unir, s'armer et contribuer deniers pour faire la guerre au roi, comme à un tyran exécrable, violateur de la loi publique, au notoire préjudice de la sainte foy catholique romaine et de l'assemblée des états du royaume ».

Si l'Université était contre le dernier des Valois, elle n'était pas davantage pour le Béarnais. Cela n'empêcha pas les maîtres et les suppôts de venir, le 2 avril 1.394, recteur en tête, se prosterner aux pieds de Henri IV vainqueur, et de le supplier de les considérer comme de très fidèles et très obéissants sujets.

Le temps que les professeurs avaient prodigué à la politique avait été perdu pour la bonne direction des cours, et les jésuites en avaient profité pour se développer. Défenseurs inlassables de leurs idées, redoutables par leur cohésion, ils avaient, eux aussi, pris part aux actes de la Ligue avec une ardeur extrême, et les libelles les plus violents avaient été publiés par eux contre le roi héréticpie. Henri IV, dans sa largeur de vues, se montrait indifférent à leurs attaques, mais la tentative d'assassinat faite sur sa personne par un jeune homme de dix-neuf ans, Jean Chàtel, ancien élève des jésuites, souleva l'opinion contre ces derniers. Jean Chàtel fut exécuté; un de ses maîtres, le père Guignard, dans la (•('Unie duquel on trouva des écrits injurieux pour le roi, fut pendu; d'autres religieux subirent la torture, et toute la communauté l'ut bannie de France, exil de courte durée d'ailleurs.

L'Université fut mise à même de supporter le poids de l'enseignement (|ui lui incombait tout entier. Les ordonnances de 1600, suivies des statuts additionnels de 1020, lui ont donné l'organisation qu'elle conserva jusqu'à la Révolution.

Le recteur était élu pour trois ans, par ses collègues des quatre facultés; comblé d'honneurs, il était même, dans certaines circonstances, assimilé aux princes du sang. II devait surveiller la bonne marche des collèges et les visiter tous au (lél)ut de son administration; cpiatre censeurs, choisis parmi les régents les ])lus distingués, étaient chargés d'assurer la discipline, tant dans le corps enseignant que parmi les écoliers : leur tâche fut très laborieuse. La direction de chaque collège était confiée à un principal; les maîtres vivaient en commun. L'enseignement avait pour base le latin, étudié dans les textes originaux; une place fut f^ite au grec, qui ju'imitivement n'était étudié qu'au Collège royal. Ces réformes.

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soigneusement élaborées par l'Université, profilèrent en même temps aux jésuites, qui n'avaient pas tardé à rentrer en France, Henri IV disant plaisamment qu'il préférait les avoir sous la main tpie hors de son atteinte. Ils étaient donc réinstallés dans le oollège qu'ils devaient à la libéralité du cardinal Guillaumo Dupral, évèque de Clermont. Tout d'abortl, en ellet, ils n'avaient |)as eu [ujur leurs écoliers de maison leur appai'tenant, et ils s'étaient servis des collèges du Trésorier et des Lombards. Quand ils s'éta])lirent sur l'emplacement où s'est depuis élevé le nouveau lycée Louis-le-Cirand, ils rencontrèrent, de la part des autorités numicipales, un accueil ipii contrastait singulièrement avec l'hostilité (pion leur avait témoignée si peu de temps auparavant : c'est le prévôt des marchands lui-même, entouré de quatre échevins, qui posa la première pierre du nouvel édifice. Le succès des jésuites fut considérable; les enfants dés plus noliles i'amlUes de France vinrent à eux; aussi durentils s'agrandir; ils s'adjoignirent le collège des Marmousets, puis portèrent leurs vues sur celui du .Mans.

L'Université s'opposa de tout son pouvoir à cet empiétement; mais les (liscij)les de Loyola avaient su se concilier les bonnes grâces du roi toutpuissant, et c'est de la main même de Louis XIY qu'ils reçurent le collège du Mans. Par reconnaissance, et non sans habileté, ils changèrent le nom cb' leui' maison, qui désormais s'appela Louis-le-Grand.

La roue de la Fortune allait ce|)<uidanl tourner jjientôt dans un autrs sens. Un arrêt du Pariemenl, en 1703, chassa de nouvc^au les jésuites de France et donna Iciu' immeuble à l'Université. On se souvient que celleci avait, sans grands inconvénients du reste, transporl(^ d'un endroit ;i l'autre, suivant les tem])s, ce qu'on pourrait appeler son chef-lieu : elle avait tenu tout d'abord ses assemblées dans l'église Sainl-.Jidien-le-Pauvre, puis au couvent des .Mathuriiis; ses archives et son fonds de réserve avaient été déposés primitivement dans l'abbaye Sainte-Geneviève, puis au Collège de Navarre. Désormais, les locaux spacieux, les vastes salles de réunion des jésuites, étaient à sa disposition, lui olfrant ainsi un siège en rapport avec son inqioi'tance.

Cette concession avait entraîné pour elle certaines charges. La plupart des anciens collèges tombaient en ruine, faute de ressources, et les boursiers étaient loin de jouir dans ces maisons mal tenues du bien-être matériel et moral qu'avaient voulu leur assiu'er les fondateurs. Il fut alors décidé qu'à l'exception de dix, particulièrement florissants, tous les collèges seraient sup|)iiiiiés et que leurs dotations et leurs boursiers passeraient au collège Louis-le-Grand.

Les établissements qui sujjsistèrent furent soumis à l'unité de pro-

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Lçrainnics. La réforme était profonde; crauciins protestèrent avec véhénieiice contre ce qu'ils qualifiaient de violation de la volonté et des dis- ])ositions des testateurs; les discussions étaient ardentes encore lorsque éclata la Révolution. Quand, après la tourmente, l'enseignement public fut réorganisé et que Napoléon 1°'' établit sur des bases nouvelles l'ancienne Université, quelques-uns des vieux collèges devinrent des lycées. En succédant à l'Université de Paris et aux Universités provinciales, l'Université de France leur a emprunté leurs antiques traditions. Si le tronc primitif a dû être rajeuni, il a dans le sol de la patrie des racines profondes et vivaces, et sur la tige nouvelle s'épanouit maintenant la fleur rare de l'esprit de tolérance et de liberté.

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