LE PRIEURÉ DE SAINT-MARTIN DES CHAMPS ET L'ABBAYE DE SAINTE-GENEVIÈVE
Le Conservatoire des nrts et niélicrs, prieuré de S.niit-Marlin des Clianips. — L'église Saint- Nicolas des Champs. — Les menus du prieur de Saint-Martia. — Le lycée Henri IV, abbaye de Sainte-Geneviève. — Le réfectoire et la bibliothèque des moines.
MUS avait, au iuo\en à^e, un ^l'aml iioiiiljre de couvoiils d'hoinmes : les Cordeliers, dans la rue aetuelle de l'École-de-Médctine; les Dominicains ou Jacohins, dont la maison se trouvait ^ sur la rue Saint-Jaeqites; les Chartreux, dans l'espace occupé
^ aujourd'hui par les ([uartiers de l'Observatoire et du Petit-
Luxembourg; les Carmes, dcuit la maison l'ut remplacée par un marché couvert, à l'intersection de la rue Monge et du boulevard Saint-Cermain; leurs frères, les Carmes déchaussés, étaient rue de A'augirard, à l'endroit oii s'élèvent les bâtiments de ITniversilé catholicpie. L'n quai a conservé le nom des Célestins; un autre, celui des Cirands Auguslins. L'Ecole des beaux-arts actitelle est installée dans l'ancienne maison des Petits Augustins. Nous n'en finirions pas à vouloir les énumérer tous;
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nous préférons nous étendre un peu plus longueiuent sur deux d'entre eux, aux souvenirs parlieulièrement intéressants : le prieuré de Saint- Martin des Champs et l'abbaye de Sainte-Geneviève.
Dans la rue Saint-Martin, en face d'un stpiare élégamment dessiné, se voit, en arrière d'une grille de fer, le Conservatoire des arts et métiers. La façade de fond, avec escalier monumental, est encadrée, à droite par un édifice gothique, la bibliothèque, à gauclie par une aile de style modeine, mais (jue l'on a su harmoniser dans ses proportions avec le jjàliment qLii lui fait vis-à-vis, en sorte rpie cet immeujjle hétérogène ofl're un aspect agréable à l'œil. Un décret de la Convention a réuni là, pour l'instruction du public, et surtout des ouvriers, les principaux types de machines, modèles tantôt de grandeur natuielle, tantôt réduits à une échelle scrupuleusement exacte. On trouve dans ce musée rétrospectif, à côté des appareils de physique qui ont servi aux expériences des savants et qui, souvent, ont été conslruils par eux, la première locomotive routière, de huit jnètres de long, aux roues immenses et boulonnées, à la cheminée vomissant une acre lumée noire; le foyer est placé à l'arrière, et l'on ne pouvait le charger sans descendre du lourd véhicule. C'est le point de départ des légères aulomubiles (|ui sillonnent, d'une allure souvent trop ra|)ide pour les passants distraits, les rues de nos grandes villes. Dans les salles largement éclairées tles deux étages du vaste parallélogramme dont les galeries ont un développement de plusieurs kilomètres, sont exposés, dans un ordre méthodique, dans une synthèse instructive, les produits du travail sous toutes ses formes. On a l'impression d'une (luni'e \ivanle et féconde, corres|ion(lanl au merveilleux mouvement des créations scientifiques du siècle.
Ce n'est ce|)endant pas à la visite du musée «pie nous convions le lecteur, mais il une promenade archéologique qui, laissant de côté les manil'eslations de l'activité moderne, aura pour objet de rechercher, à travers les constructions neuves, les parties anciennes qui appartenaient au prieuré de Saint-Martin des Champs.
Celui-ci fui fondé en lOGO par le roi Henri P'' sur les ruines d'un oratoire où, d'api'ès la légende, saint Martin, non |)lus soldat et catéchumène, mais évèque, pressa dans ses bras un malheureux atteint de la lèj)re et le guérit par ce charitable attouchement. Philippe 1"'' consacra l'église et a|)pcla, pour la desservir, les moines de Cluny; mais, comme les monaslères affiliés à Cluny ne pouvaient être élevés à la dignité d'abbaye, réservée à la seule maison mère, Saint-Martin ne fut jamais cpiun prieuré, malgré sa puissance et sa richesse.
Si étendu que soit le Conservatoire des arts et métiers, dont le carré
LE PRIELRÈ DE SÀlXT-M.Miri.S ET LAISIIAVE DE SAI.\TE-C;E.\EVrÈ\E 71
est limité par les rues Saint-Martin, i\\i \'ertbois, ^'au^anson et Réaumiir, les dépendances du couvent se prolongeaient bien au delà, ainsi ((ue l'on peut s'en rendre compte si l'on suit les traces des remparts çà et là encore apparents.
Situé en pleine campagne, en dehors de la ville, le prieuré de Saint- Martin, s'il n'eût pas été fortifié, aurait été exposé, non moins <pie Saint- Germain des Prés, aux violences des bandes pillardes qui, au cours des guerres ou pendant les luttes civiles si frécpientes en France, parcouraient les abords de la capitale. L'enceinte embrassait un quadrilatère dont les limites sont les rues actuelles de Saint-Martin, Gunin-Gridaine, Bailly, Montgolfier et du Vertbois. Les murs crénelés étaient appuyés de dix-huit tourelles et de (piatre fortes tours d'angle. Deux de ces dernières existent, l'une entre les rues Bailly et Turbigo, dans un massif de maisons particulières qui la masquent presque complètement, l'autre au coin des rues Saint-Martin et du Vertbois ; celle-ci a été restaurée, non pas inexactement, mais si à fond qu'elle a pris un air de trop grande jeunesse. A son pied coule une fontaine, établie au dix-huitième siècle; les gens du quartier ont grande confiance en son eau, bien qu'elle provienne de la canalisation générale de distribution parisienne. Il existe encore, cachée par des immeubles, mais visible de l'intérieur du Conservatoire, une portion de rempart d'une vingtaine de mètres. A son sommet, derrière les créneaux, le chemin de ronde était coupé de distance en tlislance par les tourelles ou échauguettes, sortes de guérites qui n'interrompaient pas la circulation et permettaient au moine de faction do s'abriter en cas de mauvais temps ou d'échapper aux regards de l'ennemi. Une tourelle subsiste; elle a conservé sa toiture aiguë, faite de briques vernissées, rouges et vertes, curieux et rare spécimen de ces couvertures si pittoresques du moyen âge.
Dans l'enceinte ainsi circonscrite s'élevaient, au milieu d'immenses jardins, les bâtiments conventuels. L'entrée, aujourd'hui sur la face occidentale du quadrilatère, s'ouvrait sur la face méridionale, à côté de l'oratoire réservé aux halntanls du cpiartier et qui, considérablement agrandi au quinzième siècle, forma la paroisse de Saint-Nicolas des Champs. De l'autre côté de la porte étaient .la geôle et les bois de justice pour les délinquants qui se trouvaient sous la juridiction du prieuré. Il ne serait pas impossible de donner, à l'aide de vieux plans, la topographie du couvent, mais il suffira ici d'examiner avec quelques détails la chapelle de Saint-Martin et le réfectoire des moines.
La première est devenue salle de musée; des courroies de transmission