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LES c.nysTRUcrioy.'i du ouàtoiizième siècle sa
La j)orte de son hôtel est enclavée siu- une des faces latérales du dépôt des archives nationales, installé dans la résidence princière des Rohan- Soiibise. Par son aspect sévère, cette porte ogivale contraste singulièrement avec l'élégance des constructions du di\-iiuilièuH) siècle, et elle nous reporte au temps où cliacun était ol)ligé de veiller à sa propre sécurité. Placée de biais et fermée nuiintenant par une grille, elle ne sert plus d'entrée dans l'immeuble; veut-on l'examiner de l'intérieur, il faut, avant d'y arriver, circuler longtemps à travers les grandes salles, les longues galeries oii sont classés dans des cartons, dans des albums à onglets, les textes et les docuiiieiils rpii constituent la source la plus précieuse de notre histoire nationale. La porte ogivale, dont les pierres sont noircies par le temps, est encadrée de deux tourelles. Une seule est visible du dehors : son toit est pointu, sa base est à encorbellement, ses fenêtres sont étroites et semblables à des meurtrières d'où l'on pouvait au ])esoin défendre l'accès de l'hôtel; la seconde se trouve engagée dans des constructions (|ui (Ml mascpicnl la vue. Ni l'une ni l'autre n'olfrent à l'intérieur rien d'intéressant au point de vue architectural; elles ont été transformées, sectionnées en plusieurs étages et garnies de rayons qui épousent leur forme cylindrique. IMais si l'artiste a ici peu de détails à observer, le portail gothique dit beaucoup à l'historien.
Olivier de Clisson, le possesseur du premier hôtel élevé sur cet emplacement, ('tait issu (run(; nobbî et riche famille de Bretagne. Ami et compagnon de Duguesclin, dont il paitagea les dangers et les succès, il hérita de l'épée de connétable h la mort de son compagnon d'armes. Dès l'avènement du nouveau roi, il montra à son souverain un dévouement que celui-ci lui remlil en alfeclion. Il était aux côtés de Charles Al à Reims, à la cérémonie du sacre, puis à Rouen; il conlribiia [)uissammcnt à la victoire de Rosbecque, et lorsque la cour revint à Paris et se trouva en présence de vingt mille bourgeois armés, ce fut son sang-froid et son courage calme qui évita l'ell'usion du sang. « Le connétable s'avanç'a au milieu d'eux (des bourgeois) : « Eh bien ! gens de Paris, cpii vous a donc fait sortir ainsi de la ville.' Il seiiil)l(' (pie vous vouliez combattre le Roy, votre seigneur! — Monseigneur, dirent-ils, nous n'en avons nulle volonté, nous désirons seulement que le Roy voie la puissance de sa bonne ville de Paris. Il est bien jeune et ne sait pas ce qu'il pourrait faire de nous, si jamais il en avait besoin. — C'est bon, c'est bon, répliqua le connétable; mais le l!oy, pour cette fois, ne veut pas vous voir ainsi. Si vous voulez qu'il vienne, rentrez chacun paisiblement dans votre hostcl et quittez vos armures. » On obéit; Charles reconnaissant s'attacha de plus en plus Olivier de Clisson. Il se plaisait à l'avoir auprès de lui et l'invitait à toutes
les rcjouissaïu-cs. Ces grandes laveurs excitaient chez plusieurs courtisans envie et dépit, notamment chez Pierre de Craon, qui, seigneur breton lui-même, de Sablé, supportait d'autant moins la haute fortune de son compatriote. Sa colère ne connut plus de bornes lorsqu'il eut été chassé honteusement de la cour, pour avoir volé le duc d'Anjou. Il attrdjiia sa disgrâce à Olivier de Clisson et jura de se venger.
Pierre de Craon habitait un hôtel à l'extrémité de la rue Saint-Antoine, à l'endroit oii est aujourd'hui la mairie du quatrième arrondissement, non loin de la rue des Mauvais-Garçons, ainsi nommée peut-être en souvenir des méchantes gens, soudards à tout faire, qu'il y entretenait à gages. Or, le 19 juin, jour du Saint-Sacrement, Pierre de Craon fut informé que le roi tenait cour plénière à l'hôtel Saint-Pol; ipi'il y aurait joute, souper et bal, et que le connétable y serait; Craon se prépara en conséquence. Olivier de Clisson quitta la fête après une heure du matin, accompagné ■seulement de huit varlels à cheval, dont deux portaient des torches. A l'instant où il traversait la rue Saint-Antoine pour entrer dans la rue Culture-Sainle-Cathcrine, Craon et sa bande, endnisqués à l'angle des deux rues, tous à chevalet armés justpi'aux dents, fondirent sur lui, éteignirent les torches et dispersèrent les varlcts. « A mort! à mort! Clisson! cria le sire de Craon, ici vous faut mourir! — (^ui es-tu, toi qui dis de telles paroles? — Je suis Pierre de Craon, votre ennemi, que vous avez tant de fois courroucé! Ici vous le faut amender! » Toutes les épées se tournèrent à la fois contre le connétable; Clisson, (jui n'avait pour arme qu'un coulelas, se défendit vaillamment jusqu'à ce cpi'un coup sur la tête le renversa de son palefroi. 11 tomba contre « l'huis d'un fournicr » ; l'huis céda au choc, et le connétable roula dans la maison'. »
Le roi fut immédiatement prévenu de l'assassinat de son fidèle serviteur. « Aux torches! aux torches! s'écria-t-il, je le veuil aller voir! » L'entrevue fui |)oignante. a Connétable, écrit l'historien de Paris" qui a fait, à l'aide des chroniques de Froissart, un récit imagé de cet événement, connétable, comment vous sentez-vous? — Cher sire, petitement et faiblement! — Et qui vous a mis en ce parti? — Pierre de Craon et ses complices, traîtreusement et sans nulle défiance. — Connétable, ne vous souciez de rien; oncques délit n'aura été si cher amendé sur les traiteurs, comme cil sera, car la chose est mienne! »
Le roi jirit congé de Clisson, rentra à Saint-Pol, manda le prévôt de Paris, Jean de FolleviUe, et lui ordonna de poursuivre immédiatement, . « par clos et par chemins, ce traître île Pierre de Craon, qui traitreuse-