E. de Mt-uorval, tome II, page
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du ISIans, que le pauvre roi, Tespril déjà malade, perdit complètement la raison à la vue du lantùiiK^ qui lui annonça qu'il était trahi. Olivier de Clisson avait cependant reçu un commencement de satisfaction : on avait rasé l'hôtel de son meurtrier, pendu ce dernier en el'figie et confisqué ses biens. Singulier retour, cependant, des l'aveui-s royales : quelques années après, Pierre de Craon revenait à la cour, et Olivier de Clisson, disgracié, était banni et allait moui'ir dans un de ses châteaux de Bretao-ne.
Tons ces souvenirs nous reviennent à l'esprit devant ce portail, dernier vestige de la résidence d'un honnête et bon soldat, victime des inévitables intrigues de cour.
Après lui, le meurtre par vengeance allait devenir, même pour les princes, le moyen ordinaire de se défaire d'un rival emljarrassant : nous voulons parler de l'assassinat du duc d'Oi'leans par Jean sans Peur, le redoutaljle duc de Bourgogne.
Si la (in du quatorzième siècle avait été malheureuse pour la France, les débuts du cpiinzième siècle ne se présentaient pas sous de meilleurs auspices. Charles VI, fou, avait des moments de lucidité; aussi ne pouvaiton pas le laisser complètement de côté. Ses oncles avaient disparu; mais deux de ses parents se disputaient le pouvoir : Louis d'Orléans, son frère, et Jean sans Peur, duc de Bourgogne, ipii avait hérité en 1404 de son père Philippe le Hardi.
Louis était insouciant et volage; son cousin l'épiait, et n'ignorait pas qu'il se rendait volontiers le soir, [)our y souper joyeusement, chez la reine, qui ha])itait l'hôtel Barbette. Cette ancienne demeure du prévôt des marchands de Philip[)e le Bel était devenue la somjitueuse résidence d'Isabeau; elle y logeait seule, laissant le pauvre Charles errer, sous la garde de quelques serviteurs, dans la solitude de l'hôtel Saint-Pol. Ce palais de la reine a été démoli au seizième siècle; la rue qui lui doit son nom coupe à peu près par le milieu le vaste terrain sur lequel il était construit. On a cru pendant longtemps que la tourelle île la maison formant l'angle des rues Vieille-du-Temple et des Francs-Bourgeois lui avait appartenu ; elle est postérieure de cent ans au moins à cette date, et n'a jamais l'ait partie de l'hôtel, tlont plusieurs maisons la séparaient.
Le 22 novembre 1407, un peu après huit heures du soir, le duc d'Orléans venait de quitter la reine Isabeau. Il était à cheval, accompagné seulement de six valets, dont quatre portaient des torches. Tout à coup, une troupe armée fond sur lui, éteint les flambeaux, disperse l'escorte. Le malheureux prince tomjje percé de coups; une de ses mains fut tranchée, sa cervelle répandue dans la boue. A ce moment, un homme porteur
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(riinc lanterne, la tète cachée dans un capuchon, apparaît, s'approche du cadavre, l'examine; puis, certain qu'il ne ronuiait plus : i^ Il est bien mort, dit-il, allons-nous-en. » Puis il se retire par la rue des Blancs-Manteaux dans la direction tic la rue Mauconscil. On a reconnu le duc de Bourgogne.
On sait comme, le lendemain, il paj'a d'audace, s'apiloyant sur le sort de son malheureux cousin, tenant aux funérailles un des cordons du poêle, en disant que « jamais plus traiti'c meurtre n'avait étc' connais dans le royaume ». 11 osa se ])résenter au conseil; mais, devant l'alliliule i\\\ duc de Berry, il s'cMiluil proinplenuMit dans ses possessions des Flandres.
Allait-il abandonner la [)artie? Allait-il se laisser émouvoir par la douleur de la belle N'aicnline de Milan, la v(Mi\e inconsolable de ré|)oux infidèle, demandant justice à Charles VI (pil ne l'entendait pas et faisant solennellement jurer à son fils de punir le meurtrier? .lean sans l'eur n'était pas honnne ii reculer. Il revint (piebpu's scmaiiu's après, a la tèle de mille immiiics d'aiMiics di'liTmiiu'S, au milieu de la pi)|)ulati<iii .unie des Halles, dans son liùtel de la rue Mauconscil, et sur son passage les enfants du peuple crièrent : « Noèl ! o
Dans la rue l'^lienne-Marcel, en relrail, au Innd d'une |)elite cour, derrière la grille (le fer d'une maison d'école, s'élève, parmi les jnaigi'cs brandies d'une (oulfe d'arbres rabougris, une liaute hiur (piadrangulaire aux ouvertures ogivales, seule et connue abandonnée. Pour la \isit(M' il faut une carte délivrée par un chef de bureau de l'Iiôtel de ville, et l'on est conduit par un vieux concierge, valétudinaire et bavard, qui agrémente son récit de détails éti'anges et déroutants. Point n'est besoin pourtant d'appeler à son secours la fantaisie, les chausse-lrapes et les oubliettes! Le donjon a une histoire d'une authenticité incontestable, et il est intimement lie à de tragi(pu>s événements. Jean sans Peur le fit construire peu de semaines ajjrès l'assassinat du duc Louis, au moment où il revint à Paris, avec ses soudards, se j)lacer sous la protection de ses bons amis les bouchers dans son hôtel de la rue Tiquetonne. Les jardins attenant au palais offraient cette particularité (pi'ils étaient enclos par le mur de Philippe-Auguste. Lorsque Etienne ^larcel recula les limites de la ville, l'ancienne muraille fut démolie en plusieurs endroits, mais Jean sans Peur conserva chez lui ce solide rempart, estimant cpie nul moyen de défense ne devait être négligé : la précaution était bonne. Craignant, dans la circonstance que nous rapportons, que son hôtel ne fût à un moment donné forcé par des ennemis résolus, il fit commencer sans tarder le donjon y attenant que nous avons sous les yeux, et lui donna pour assise la plate-forme du rempart. 1,1 y a quehpies années, le nun- futdéi'asé,
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et l'on cùiiiiuit rinipnuleme ireiilever les pieri-es (jiii bordaient le terreplein sur lequel est le donjon; celui-ei ne tarda pas à menacer ruine, et, ])Our le consolider, on ne trouva pas de moyen [)lus efficace que de lui lendre sa ceintuie de pieii-e. C'est la raison ])oiir laquelle l'assise de la tour a un air de jeunesse qui peut tromper sur sa destination première; mais quand on connaît cette particularité, on est moins surpris de voir, au-dessus de cette muraille qu'on croirait d'hier, une porte incontestablement anti(|ue et qui, dans le champ de son tympan, montre sculptés en relief le rabot et le fil à plomb, armes parlantes de Jean sans Peur, adoptées par'Iui par opposition aux bâtons noueux des Armagnacs, ses rivaux.
Le donjon avait une autre entrée au ras de la rue; il faut aujourd'hui, j)our y arriver, descendre quelques degrés ipii marquent la différence entre le niveau de l'ancien sol et le niveau actuel. La salle dans laquelle cette porte donne accès est insuffisamment éclairée par de très étroites fenêtres pi^atiquées à la partie supérieure. On y trouve les restes d'une cheminée et l'ouverture d'une cave qui s'étendait peut-être au loin par des galeries souterraines. L'étage au-dessus, en communication avec la crête du rempart par la première porte dont nous avons parlé, n'ofl're rien de particulier : ce devait être une sorte de vestibule; par contre, l'étage supérieur est intéressant. Il était relié avec l'hôtel voisin et éclairé par de hautes baies ogivales. C'est ici que montaient la garde les routiers à la solde de Jean sans Peui'.
L'escalier (|ui dessert ces étages est relativement large, et le jour y pénètre par des ouvertures percées de distance en distance; il se termine tout en haut par une voûte scvdptée d'une richesse et d'un pittoresque qui excitent l'admiration; elle est soutenue au milieu par une colonne figurant le tronc rugueux d'un figuier et d'un chêne dont les branches, chargées de feuilles et de glands, forment les croisées d'ogives. Cette décoration, d'un travail très délicat, est malheureusement dégradée.
Cette partie supéineure du donjon témoigne des inquiétudes qui toiirmentaient le duc de Bourgogne. L'escalier qui y monte est si étroit qu'un homme eût arrêté dans ses spirales une troupe d'assaillants; il aboutissait dans la chambre à coucher du duc. Un cabinet de toilette y était attenant; on y voit le tuyau d'écoulement des eaux, pratiqué dans réj)aisscur du mui'. Dans cet inviolable réduit, Jean sans Peur pouvait dormii- sans crainte, sinon sans remords : ses gardes veillaient dans la grande salle ogivale de l'étage inférieur, tandis qu'au-dessus de sa tête le guet était éta])li dans la charpente qui soutient le toit en pavillon. Des jours, actuellement bouchés pour la plupart, mais bien reconnaissables sous le^ir moderne crépi, donnaient vue sur toute la ville; par surcroît de précau-
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lions, In cage de Tescalier sc> Iciiiiinnit pai' une sorte de eiiciile cil se blottissait la sentinelle.
Qu'y a-t-il trélonnant que, si bien dél'encbi, Jean sans Peur ail pu braver la cour pendant plusieurs années et, à l'occasion, s'élancer d(< son repaire pour terrifier ses ennemis?
On voit que, iiuMue dans son délabrement, avec ses crevasses que retiennent des barres de fer, avec l'entremè-
liMiu'nt des poutres et des poutrelles (pii consolidenl à l'iulcTicur les parties branlantes, et malgré l'érosion de toutes les surfaces et la disparition de la sculjjture en maints endroits, ce donjon a une valeur archéologique et hislori(|ue qui en font vivement souhaiter la restauration intelb'gente et discrète.
Un sait ce qu'il advint de Jean sans Peur, (U)nt l'outrecuidance alla jus" (pi'à faire glorilier pai' un iimine augustin de ses partisans, en j)lcin h(')l(>l Saint-Pol, l'assassinat de son malheureux cousin.
Sa puissance demeura considérable juscpien l'il3. Cette année-là, W'corcheur Caboche, le boui'reau Capeluche, à la tète des mécontents, s'emparèrent de la Bastille, pénétrèrent juscpi'au roi lui-même et organisèrent un gouvernement populaire : le duc tte Bourgogne était trop bien servi. En vain essaya-t-il de modérer le zèle de ses amis : la populace excitée ne connut i)as de fi'ein, et il ne fut pas écouté. SNIais la bourgeoisie était lasse des massacres; une réaction se pi-oduisil; les bouchers se dispersèrent, et Jean s'enfuit. Après une dernière et vaine tentative pour ressaisir le pouvoir en enlevant le Dauphin, il su!)it, au pont de JNIontereau, le sort de Louis d'Orléans. Son assassinat fut une grande faute politique. Le fils de Jean, Philippe le Bon, négocia avec les Anglais le traité honteux qui amena Henri Y dans la capitale. Heureusement pour la France que tout fut remis en état par la miracideuse intervention de Jeanne d'Arc.
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CIIAPITHE
. IllITIÈME