‹ Les monuments de Paris souvenirs de Vingt SièclesChapitre 22 sur 58 · SIÈCLES · texte numérisé non relu

SIÈCLES

SOMMAI lu-:

L'iiôlel de Cluny cl J.icques (J'.Vinboise. — L'iiùtcl do Sens el ses liolcs. — Saiiil-Séveriii. — Saiut-Merry el Saiut-Gervais. — La lour Saint-Jacques et Saint-Gerniain-l'Auxerrois.

E chapitre précédent a fait une large part à riiistoire;

ii~ai^''l( l'art tiendra clans celui-ci une place prépondérante, car îi''pA; , ']t la période qui suivit la guerre de Cent ans fut heureuse

■■^jijji^^vs^; M la période cpu suivit la guerre ae cent ans lui ncureuse l^l-Tfsiîy t;g et brillante, et elle a été marquée par la construction de nombreux cdidces civils et religieux. Si le temps &. en a emporté beaucoup, ceux qui demeurent debout

suffisent à montrer la vitalité artistique des années qui précédèrent la Renaissance, et qui sont comme le dernier épanouissement de cet art du moyen âge, que l'on a si justement qualifié du nom de français.

On chercherait vainement ici, en vérité, la majesté et la noble simplicité du treizième siècle : le désii de surenchérir sur les qualités de grâce et de vérité des âges précédents a amené une exagération de légèreté et d'élégance; mais, malgré ce défaut, l'art du quinzième siècle a

une originalité séduisante, que fait ressortir davantage la banalité de la ville moderne.

Si Paris n'a rien (jui puisse être comparé à la maison de Jacques Cœur à Bourges, au palais de justice de Rouen, à la cour intérieure du cloître de Beauue, à la cliannanle église de Notre-Dame de l'Epine, près Cliàlons, et au bijou de ciselure qu'est Notre-Dame d(^ Brou, près Bourg, on s'arrête cependant avei- plaisir devant l'hôtel de Cluny, celui de Sens, les églises Saint-Séverin, Saint-Merry, Saint-Gervais, la populaire tour Saint-Jacques, Saint-Germain-l'Auxerrois, portant la marque caractéristique du style flamboyant, avec sa richesse de décoration poussée à l'ex- Irème, pai'fois au détriment de la pureté des lignes, avec son réalisme développé par l'influence de l'école flamande, puis de l'école bourguignonne, avec sa tendance au comique dans les représentations iconographiques.

L'hôtel de Cluny se dessine, svelte et coquet, au milieu des jardins, dans le contraste des imposantes ruines qui l'entourent; le square, nouvellement créé, qui le sépare de la Sorbonne, le met encore en valeur et l'enchâsse comme dans un écrin naturel.

Il n'a pas toujours eu la bonne fortune d'être ainsi facilement admiré sur toutes ses faces. Lorsqu'il fut commencé, en 148,5, sur les terrains achetés par l'abbaye de Cluny, on dut tenir compte, pour le tracé du j)lan, de la forme du terrain disponible, et le mur crénelé de façade suivit la ligne oblique que la rue des Mathurins faisait à cet endroit. Ce n'était d'ailleurs pas une gêne, bien au contraire, puisque l'on ne craignait alors rien tant que l'uniformité.

L'hôtel est orienté du nord au sud; deux ailes en retour encadrent irrégulièrement sa façade principale du côté du midi; sur la face nord, une aile regarde les jardins. Aulrefois il existait ])lusieurs entrées extérieures; la principale s'ouvrait dans une tourelle polygonale, en saillie du corps de logis central; son escalier toui-naut, qui mène aujourd'hui dans des appartements pai-liculiers, se rétrécit à la partie supérieure et passe dans une tourelle à encorbellement, avant d'aboutir dans la galerie des cond)les; un autre escalier était ménagé dans l'angle de l'aile orientale, un autre encore dans une tourelle de l'aile occidentale; un quatrième desser\ait les pièces de la façade nord, sans parler de celui qui nujutait dans la chajielle. Ou voit, à ce développement donné aux voies d'accès, que les préoccupations défensives du quatorzième siècle n'étaient plus dans les mœurs du quinzième; le mur crénelé lui-même qui clôture la cour était élevé j)lutôt en vue du pittoresque que comme une protection devenue inutile contre une attaque improbable.

MOWMEXTS CIVILS ET RELIGIEC:

Il o r E 1. D i; Li. i X Y : la i ii a p l l li;

I)";mlre pari, le système des corridors iiicll.iiil en CDiuimiiiicalioii |)lusioiirs |)ièces n'était |)as coiiiiii eiuore, il élail diMic nécessaire do construire de nombreux escaliers, si l'on voulail rendie les appartcMuents indépendants les uns des autres.

Toutes les tours à poivrières, cages d'escaliers du temps, conliiJjuaieut à l'effet ai'cliileclural, au même titre que les contreforts à pinacles, les faisceaux de cheminées, les unes en i)rifjues, les autres en pierre, et les avancées des gargouilles aux sujets fantaisistes.

La décoration extérieure est complétée par les lignes de corniches correspondant à la ligne des poutres et des solives supportant les plafonds, par les encadrements ouvragés des fenêtres aux élégantes accolades, par les consoles, les dés et les niches semés çà et là, par le dessin caractéristique de la rampe de la grande galerie (pii contourne les combles, par les frontons fleuronnés des hautes lucarnes, par la multiplicité enfin des ornements répandus avec profusion sur toutes les parties planes.

Le rez-de-chaussée de l'aile gauche est formé par une galerie de quatre

PAflIS

arceaux à arc brisé. La chapelle, à rextréniilé de l'aile postérieure et de plain-pied avec le premier étage, est soulenue par les murs en partie évidés d'une salle basse dont la voussure est supportée, dans la partie médiane, par un palmier de pierre du tronc duquel partent, comme des branches, de nombreuses nervures qui vont se reposer sur des consoles si légères qu'on les prendrait pour des fruits étranges. L'abside, semicirculaire, est comme suspendue en dehors de la chapelle.

Il fallut, lors de l'installation du musée et pour donner aux salles une lumière très abondante, augmenter le nombre des fenêtres du premier étage de riiùlel et, par suite, celui des lucarnes correspondantes. On l'a fait en copiant celles que l'on avait sous les yeux.

La sculpture décorative de l'hôtel de Cluny échapperait à une analyse qui voudrait être complète. Ce ne sont partout que guirlandes de feuillages se déroulant dans les creux de toutes les moulures et abritant une foule de petits animaux : chiens en chasse, lièvres bondissants ou cachés sous des touifes d'herbes, écureuils grignotant des noisettes, oiseaux voletant, serpents rampant, escargots glissant ; la luxuriante végétation de pierre entraine en ses replis tout ce monde d'êtres qui paraissent avoir été saisis en pleine vie. Sur un des arceaux de la galerie méridionale, on voit un singe qui semble adresser au visiteur une malicieuse grimace; l'une des gargouilles, devant laquelle s'arrête volontiers le passant, jnontre le groupe grotesque de deux enfants enlacés.

Le blason de l'abbé de Cluny, constructeur de l'hôtel, Jacques d'Amboise, se distingue à plusieurs endroits, bien que la Révolution ait soigneusement martelé, ici comme ailleurs, les emblèmes « séditieux ». La porte principale d'entrée, dans la tourelle polygonale, était ornée de coquilles et de bâtons de pèlerin, par allusion au prénom, Jacques, du fomhiteur; sur des envolées de banderoles se lisaient des sentences pieuses.

La famille d'Amboise était de haute noblesse ; un de ses représentants, le cardinal Georges, fut jiendant vingt-sept ans le ministre écouté de Loui.s XII. Administrateur intègre, dévoué au bien j)ublic, il n'exerça pas le pouvoir au profit de ses intérêts personnels, car il se contentait d'une j)arlie des l'eveiuis de l'arclievêché de Rouen : le reste allait aux j)auvres. Sa modestie était grande; sur son lil de luorl, considérant le néant des grandeurs, il manifesta le regret de n'avoir pas vécu humjjle et ignoré, comme le modeste frère Jean, l'infirmier qui le soignait. Georges d'Amboise n'avait jaiuais demeuré à l'hôtel de Cluny, malgré son étroite parenté avec l'aljljé de cet ordre. L'hôtel aljbatial lut ccpemlant plusieurs fois résidence princière. Il fut habité, à la mort de Louis XII, par Jeanne

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d'Angleterre, reine de France, ([u'on a|)pelail la Dame hUmche à cause des vêtements Lianes de deuil qu'elle portait lonstanunent, puis, plus lard, au temps de la Ligue, par les princes de Guise.

L'hôtel était luxueuseuicut aiii<'Miag(' ; mais rien n'a subsisté de sa décoration intérieure. Devenu nuisée, on v a rassemblé de nombreux et rares objets, tant ceux qui composaient la collection de ^L de Sommerard (pie ceux qui proviennent de dons et d'achats ultérieurs; méthodiquement classés dans une longue suite de vitrines, ils forment, pour l'étude du moyen Age, une source de documents des plus précieux. Mais rien ne vaut, à ce point de vue, l'iKitcI lui-même; sa charmante sliucture et sa riciie ornementation donnent une haute idée de cet art du (|uiu/.içnu' siècle, dont les qualités l)rillanles se remarquent ici, avec une grande abondance et une étonnante variété.

L'hôtel de Sens ofl're un intérêt architectural bien moindre, car la façade en reste seule, semblal)lc à un placage et à un beau décor. 11 a, pendant plusieurs années, servi de réclame à un industriel qui, profitant ■^de la faveur dont jouissaient les œuvres du movcn ;\ge, et dans l'arrièrepenséiî peut-être de laisser attribuer à son commerce une ancienneté (|uil n'avait pas, avait fait répandre à profusion sur les murs des villes et des villages une aCliche illustrée représentant la façade de I hôtel, avec, sur une gigantesque enseigne, ces mois : « Conliturerie Saint-James. » l'récédenunent, les vieux bâtiments avaient déjà servi de maison de roulage, et c'est lors de l'installation des vastes écuries et remises nécessaires au service des diligences entre Paris, Lyonel la Franche-Comté, qu'ils furent modernisés. L'n dépôt de verrerie y est maintenant installé; on y emballe, sous un hall vitré médian, les lioles à l'usage des pharmaciens. Plus attire la curiosité de l'arche gue. Par contre', la laçadc d'un effet charmant, à l'angle de deux vieilles rues , dans la perspective de la place de \ .Wc-Muria , dans ce quartier calme et paisible. Ce manoir, avec ses tourelles à poivrières, avec l'arc surjjaissé de sa porte

trontrce, ses fenêtres ogivales lorlenient moulurées, sa haute toiture, ses lucarnes à pignon, nous ramène à cinq siècles en arrière, date à laquelle il l'ut construit, aux irais et pour l'usage des archevêques de Sens.

La puissance de ces prélats était considérable, et même, juscpi'à Louis XR', révê([ue de Paris resta leur sulfragant.. Cette prééminence sur le représentant de la religion dans la capitale leur donnait à la cour une grande autorité.

L'archevêque constructeur de rhôlel était Tristan de Salazar, ami de Georges d'Amhoise, avec lequel il était intimement lié : le jour où le ministre de Louis Xll vint, pendant l'absence de son maître, prendre solennellement possession de la régence, il reçut l'hospitalité dans cette demeure, alors (pie les portes de maints autres palais se fussent grandes ouvertes devant le confident du roi. Descendant d'une noble famille de Biscaye, Tristan de Salazar, nommé à vingt-cinq ans à l'archevêché de Sens, est un des types les plus curieux des hauts dignitaires du clergé de ce temps oi'l les grands seigneurs, en prenant l'habit ecclésiasticjue, ne perdaient rien de leurs habitudes et, le plus souvent, s'occupaient de tout autre chose que de l'administration de leur diocèse. Diplomate habile, il fut employé dans diverses négociations délicates avec les Suisses, avec Henri VII, avec les Milanais et les Génois. 11 avait hérité de l'humeur batailleuse de son père, lequel avait, au service de Charles VII, mérité le surnom de gra/td clievaliri-; aussi, lorsque, devant le mauvais vouloir et le parti pris de ses contradicteurs, l'anibassadeur dut se retirer, et non sans précipitation, il rejoignit Louis XII à Lyon, changea sa mule sacerdotale contre un cheval de bataille, revêtit l'armure et, l'épée à la main, se mêla au cortège des cavaliers de la suite du roi.

Son successeur à l'archevêché de Sens, comme aussi dans l'hôtel qui nous occupe, fut un autre diplomate de plus de célébrité encore, mais de caractère bien moins sympathique, Antoine Duprat, le ministre de coniiance de François P^ Ambitieux, sans scrupules, sceptique et dirigeant sa vie et ses apparentes convictions suivant les circonstances, indiflerent à l'opinion, d'un dévouement intéressé, il conserva jusqu'à sa mort, dans une des plus hautes dignités de l'Eglise, des habitudes licencieuses que la fougue de la jeunesse eût à peine excusées.

Sous Henri \\\ l'hôtel de Sens servit de joyeuse retraite à Marguerite de Valois, l'épouse répudiée, mais pour laquelle le roi exigeait les égards dus à une ancienne reine de France.

Les deux hôtels de Cluny et de Sens représentent à eux seuls l'archl-

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lecture civile parisienne du quinzième siècle ; bien plus nombreux sont les édifices religieux de la même date.

Nous commencerons par Saint-Séverin. Sa flèclio s'aperçoit de loin, au-dessus du ])àté de maisons qui Tcnvironnenl. Depuis peu, il est vrai, la base de l'église a été dégagée d'un côté; elle ouvre sur la rue Saint- Jacques, élargie et rajeunie, les larges l'enètres de son abside; mais échoppes et masures se pressent sur son flanc nord; une cour d'école et

L EGLISE SAINT-CE II VAIS VL'E DE LA nUE DE LA BARRE

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