‹ Les monuments de Paris souvenirs de Vingt SièclesChapitre 23 sur 58 · rft5;^^î · texte numérisé non relu

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le presbytère moderne bordent son flanc méridional, là où était autrefois le charnier paroissial.

La façade occidentale oH're cette particularité qu'on y a adapté, comme une sorte de placage, le portail d'une église du treizième siècle, Saint-Pierre aux Bœufs, jadis dans l'île do la Cité. Le portail primitif, sous la tour du clocher, était de la même époque, mais de décoration beaucoup plus simple.

A l'intérieur de l'église on reconnaît aisément les différentes dates de la construction : dans les deux premières travées, les chapiteaux des colonnes et les arcades du triforium ont le caractère de l'architecture du treizième siècle; mais voici que les fûts s'amincissent, les nervures deviennent prismatiques et rejoignent directement les arêtes des voûtes; les clefs se dentellent, les ouvertures s'agrandissent : tous signes indubitables de l'art du quinzième siècle.

L'abside est parliculièrement originale, avec ses enfilades semi-circulaires de colonnes et de piliers. Les fûts affectent les formes les plus variées, les uns ronds, les autres taillés en polygones. L'un d'eux est curieusement contourné en spirale. A leur extrémité supérieure, ils se divisent pour former les nervures de soutènement des voûtes, qui ressemblent à l'entrelacement des branches dans la forêt.

La partie du triforium voisine du chœur a les caractères de l'architecture anglaise; elle a été construite au temps où l'étranger était maître de Paris; par contre, à ce même endroit, la clef de voûte est, par une sorte de mystérieuse protestation, marquée aux fleurs de lis du roi de France.

L'église Saint-Merry est un des types les meilleurs du gothique flamboyant. Ce n'est pas qu'elle ait conservé dans toute sa pureté son style architectural d'autrefois. Elle a malheureusement subi d'importantes restaurations. Le chœur a parliculièrement été atteint par les travaux exécutés vers 1755, sous la direction de l'architecte Boffrand ; les arcades ont été recouvertes par les frères Slodlz d'un placage qui, de leur temps, fut très admiré et que nous trouvons aujourd'hui disgracieux. C'est aux mêmes sculpteurs, d'ailleurs de grand mérite, que Ion est redevable de la chapelle de la Communion, de la chaire à prêcher, et du buffet d'orgues. Le portail occidental a été restauré et garni de statues modernes en 1842. Mais, ces apports hétérogènes mis à part, l'église, avec sa nef flanquée d'un double bas-côté à droite, d'un bas-côté unique et d'une série de chapelles à gauche, donne bien, dans sa légèreté, l'idée des constructions religieuses des quinzième et seizième siècles. Les sculptures, à l'intérieur, sont très délicates; celles de la frise sont particulièrement remarquables; tout autour de la nef se déroulent des feuillages tourmentés où se cache un monde de petits animaux; les clefs de voûte sont de véritables stalactites.

L'église, commencée entre 1520 et 15.10, n'a été terminée qu'en 1G12; mais au cours de cette période de près de cent années l'architecture n'a pas éprouvé de changements brusques. On est demeuré fidèle au plan ])rimitif, sauf pour quelques détails de l'abside, ainsi que pour la partie haute du clocher.

Saint-Merry possède une crypte voûtée dont les nervures, partant d'une colonne médiane, vont s'appuyer sur des consoles ornées de feuilles de vigne.

Le portail occidental de Saint-Gervais est du dix-septième siècle. Il faut reconnaître une réelle grandeur à cette œuvre de de Brosses, avec trois ordres superposés surmontés d'un fronton triangulaire. Mais ce qui,

MO.XUMEMTS CJVfLS ET RELIGIEUX DES QUI.\ZIÈME ET SEIZIÈME SIÈCLES 99 en ce moment, attire notre attention, c'est tout le reste de l'église. Les maisons qui l'enserrent cachent en partie les détails de son architecture extérieure. On aperçoit néanmoins, par intervalles, la ligne des piedsdroits ornés d'arcatures qui entourent sa nef et (|ui, à la chapelle de la Vierge, à l'abside, sont encadrés de gracieux obélisques.

La chapelle absidale forme à elle seule une véritable petite église, avec ses sept travées aux fenêtres barrées de meneaux flamboyants, et sa magnifique clef pendante en couronne d(> cinq mètres seize de saillie sur deux mètres de diamètre.

Saint-Gervais, dans sa partie ogivale, est non pas (lu (piiii/ièiiie siècle, comme on l'a souvent dit, mais bien plulnt du commencement du seizième. Cette erreur de date provenait de l'interprétation d'une inscription appliquée à un nuir du clmMir et remontant à l'année l'i2(). La dédicace dont il y esl question se réfère évidemment à un édifice anl(''rieur.

De même style est la tour Saint-Jacques, qui dresse sa silhouette quadrangulaire et les fines découpures de ses pierres ajourées, ses crochets et ses gargouilles, au centre d'un joli square, au milieu de la verdure des arbres, dans la mosaïque des corbeilles de fleurs, sur le fond jaune des allées soigneusement sablées.

Cet endroit, si coquet, si gai avec le grand courant de la foule f[ui parcourt le boulevard Sébastopol et la rue de Rivoii, était, il n'y a pas bien longtemps, un des coins les plus maussades et les plus sales de Paris. Sans remonter au temps oii les '^^^î^^*«^i bouchers avaient leurs claux dans le voisi- -^^ •- ' ^.

nage immédiat de leur paroisse de Saint- ''^^*^'™^<fa5»i».~5-~ Jacques-la-Boucherie, il y avait encore dans

bp 1 XOTi I 11 - . • L 'V T O U R S A I .\T - J A C OU t S.

as-iond, vers looO, des ruelles étroites, cloaques d'immondices que les larges percées entreprises avec tant de bonheur dans Paris ont un peu partout fait disparaître. Quant à la tour

elle-même, elle était occupée par un fabricant de grenailles de plomb; du haut de la plate-forme, on jetait les gouttelettes de métal fondu, et dans leur long parcours elles avaient le temps de se solidifier avant de toucher le sol.

Dans sa destination première, cette tour servait de clocher à l'église, édifiée au douzième siècle, et dont la nef principale occupait l'emplacement actuel de la rue de Rivoli. Lors des travaux de nivellement nécessités par l'ouverture de cette grande voie, on a retrouvé des bases de colonnes et des sculptures de la première période de l'art gothique; la tour, au contraire, est de la dernière période. On a la date exacte de son édification : commencée en 1510, elle fut terminée en 1522. La statue colossale de saint Jacques qui occupe un des angles de la plate-forme supérieure est moderne, mais le bœuf, l'aigle et le lion des trois autres angles sont du temps. La tour, d'ailleurs, a été entièrement consolidée; on lui a donné une base monumentale, sous le porche de laquelle est élevée la statue de Biaise Pascal, qui y renouvela ses expériences tentées déjà au sommet du puy de Dôme.

A Saint-Jacques-la-Boucherie s'associe le nom de Nicolas Flamel, écrivain et libraire, bienfaiteur de la paroisse, ce qui lui valut d'être représenté, en compagnie de dame Pernelle, son épouse, dans le tympan septentrional de l'église. Son commerce, conduit avec intelligence, l'avait enrichi; mais ses contemporains attribuaient sa fortune au secret qu'avait, croyaient-ils, trouvé Flamel, de la transmutation des métaux; aussi, après sa mort, et pendant longtemps, les alchimistes fouillèrent-ils sa curieuse maison, à la recherche de la pierre philosophale, ou essayèrent-ils laborieusement de trouver un sens conforme à leurs désirs dans les signes mystérieux gravés sur la tombe du vieux libraire.

De la place Saint-Jacques, et en suivant la rue de Rivoli, on arrive devant le Louvre, et l'on aperçoit à gauche la façade de Saint-Germainl'Auxerrois.

L'église est précédée d'un large espace découvert. Elle n'a pas, à beaucoup près, l'unité de caractère de Saint-Merry ou de l'intérieur de Saint-Gervais. La tour du clocher, du douzième siècle, garde, malgré une restauration maladroite, les traits distinctifs de l'architecture romane. Le portail et le chœur sont les seuls restes de la construction du treizième siècle. Bien que les statues de l'entrée aient, pour la plupart, disparu, bien que les colonnes et les chapiteaux du chœur aient été martelés pour faire place aux malheureux ajouts de 1747, on n'éprouve aucune hésitation à reconnaître dans cette partie du monument l'art français dans son

MO.\LME.\rs CIVILS ET liELIGlELW DES (jri.\ZIÈME ET SEIZIÈME SIÈCLES loi énergique jeunesse. Au quinzième siècle, l'église, en grande partie reconstruite, fut dotée d'un porche dont on peut voir encore les sept baies ogivales et le comble (leuronné.

La fantaisie des artistes s'est donné libre cours dans la décoration extérieure du monument, notamment sur les clochetons des contreforts où sont juchés des animaux de toutes sortes, et sur les gargouil-

les allongées : ici un mon- ^i ireur de bêtes savantes annonce son

vomit un sauvage ; ailleurs, un homme ^■.^ <v autre un singe encapu-

chonné; les conso- ii^^^y\'^i::-\ fr"^ \r^ sont, elles aussi, des

nu'ner : l'une représente ;ée par des rats qui

les allongées : ici un mon- \^i spectacle; là, un hippopotame yX.

porte un lion, un ^y //^

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l'Église saint-cerm a in-l'avxeruois : iaçadi;

s'échappent par une crevasse de la boule, tandis ipi'un cIkiI, le dial)le, les guette au passage. Les pignons, en saillie un peu partout, donnent l'illusion d'une ville moyen âge avec ses toits pointus et sa |)ittoresque diversité; tout autour du toit, l'architecte a placé des balustrades sculptées.

Saint-Germain-l'Auxerrois était la paroisse du Louvre; les princes y étaient baptisés; le roi et la reine y venaient solennellement chaque année remplir leur devoir pascal.

A peine est-il bon de rappeler qu'à Saint-Germain-l'Auxerrois se rattache le souvenir de la Saint-Barthélémy.

Les monuments, tant civils que religieux, que nous venons de visiter, sont le fruit de la dernière floraison de l'art gothique : tiges plus frêles, j)lus délicates que celles poussées aux âges précédents, mais encore dignes d'intérêt.

Quand on a vu la magnifique éclosion de l'art parisien aux douzième et treizième siècles, la naissance du gothique à Saint-Denis et à Notre-Dame, son épanouissement dans la sainte Chapelle et dans le réfectoire du prieuré de Saint-Martin, quand on a admiré les œuvres encore grandioses du quatorzième siècle dans le réfectoire du collège des Bernardins et dans la salle des gardes du Palais de justice, on considère avec moins

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de faveur les productions du quinzième siècle dans leurs dimensions réduites et leur richesse excessive, qui dissimule mal leur manque relatif de solidité.

Il est à remarquer en effet que, pendant celte période, — est-ce la conséquence des malheurs du temps, de la misère provoquée par la guerre de Cent ans, ou encore est-ce le résultat de l'aflaiblissement de la foi chrétienne? — on ne trouve plus de ces conceptions magnifiques d'autrefois; on complète, on répare d'anciennes églises, comme cela a lieu pour Saint- Séverin, Saint-Jacques-la-Boucherie, Saint- Germain-l'Auxerrois ; et si Saint-Merry et Saint-Gervais furent entièrement reconstruits, ils l'ont été dans des conditions d'étroitesse sans rapport avec les créations larges de la période précédente.

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L t G L I S E S A I X T - G E H M A I N - l' A r X E H Jt O I S

VUE LATERALE

menabeance

CIIAPlTIli: NKL'VIKMr:

SOMMAI lîl'

L'IIolcl de ville actuel. — Loiiilaiiios origiius de la municipalité de Paris. — lîtienue Marcel, prévôt des marchands. — François !"■ et le Boccador. — Henri IV et l'Hôtel de ville. — L'arrestation de Brousscl. — Louis XYI sous la voûte de fer.

i:mi;i,\i;i.i; ii iiii Icxlo d'atitciif anciL'ii (|iii nous serait parvenu l)aL' l'iiilermédiaire d'un copiste, l'Hôtel de ville actuel est la reproduction du monument di'i à la géniale inspiration du Boccador, consumé en 1871 par l'incendie de la Commune. Il a été reconstruit cpiehpies années après, avec obligation pour l'architecte de reproduire exactement les belles proportions de la façade de P'rançois I", tout en apportant dans les aménagements intérieurs et sur les autres façades de rédilice les modifications en rapport avec les besoins nouveaux créés pour le fonctioniieiucnl d'une administration de plus en plus compliquée.

Il n'est donc pas illégitime, en présence du nouvel Ilùlel de ville, de rappeler le souvenir des idées qu'il symbolise, en s'arrêtant toutefois moins longuement qu'on ne l'a l'ait à propos de monuments originaux, sur la partie artistique.

Quels ont été l'origine et le développciuciit do la municipalité parisienne? Qu'était cet Etienne Marcel, le plus illustre des prévôts des marchands, à la physionomie demeurée malgré tout mystérieuse? Dans quelles conditions François V a-t-il été ajipelé à s'occuper de la reconstruction de l'Hôtel de ville, et pourcpioi lleiiii IV se trouve-t-il représenté sur le tympan de la porte principale? Telles sont les questions qui se présen-

tout à Tosprit en face de ce monuinenl qui de loiit temps a exercé, non seulement au sein de la capitale, mais dans toute la France, un prestige tel que la consécration officielle n'était en quelque sorte donnée à un gouvernement nouveau qu'après sa conquête violente ou pacifique.

Des quatre façades de rilàtel de ville, celle du nord, sur la rue de Rivoli, est celle qui retient le moins le regard : rien ne la signale à l'attcnlion. A Test, sur la place Lobau, l'édifice est d'aspect sévère; les grandes portes sont gardées par deux lions de bronze, la tête haute, l'œil menaçant. La façade du bord de l'eau est plus pittoresque, avec sa mince ceinture de verdure, son saut de loup et, sur un piédestal très élevé, la statue équestre d'Etienne Marcel, le glaive et les ordonnances à la main, dans la fière attitude du conquérant des libertés municipales. La façade occidentale reproduit l'œuvre du Boccador. Elle montre à qui arrive par l'avenue Victoria, percée pour la mettre en valeur, les élégantes proportions de son pavillon central, aux hautes fenêtres, aux niches garnies de statues, avec son comble sur le faîte duquel se détachent de colossales figures en bronze doré de chevaliers et de hérauts d'armes.

Le vaste parallélogi'amme dont nous venons d'indiquer les limites avait besoin de cours intérieures. Elles sont au nf)ni]jre- de trois. Celle du milieu, dite de Louis Xl\, parce que la slalue du grand roi y était élevée, est de beaucoup au-dessus du niveau du sol; les deux autres sont de plain-pied avec la rue; elles ont leurs entrées à chaque extrémité du bâtiment; les soirs de réception elles sont traversées par les équipages qui viennent s'arrêter au pied du grand escalier conduisant à la salle des fêles.

Celle-ci occupe toute la longueur du premier étage sur la place Lobau. Les appartements du préfet de la Seine lui font suite dans l'aile méridionale, alors que toute l'aile opposée est consacrée aux nombreux bureaux. La salle des séances du conseil est installée au premier étage de la façade occidentale. Les élus de la Cité y prennent place, assis en demi-cercle, devant le président et les assesseurs qu'ils ont eux-mêmes nommés. Ils admettent, de par la loi, au milieu d'eux le préfet de la Seine et le préfet de police, souvent appelés à tenir tête à l'orage que déchaînent contre eux les conseillers mécontents. Au rez-de-chaussée est la salle des Prévôts, imposante dans ses belles lignes; elle a été reconstruite sur le modèle exact de celles que le Boccador avait établies pour les grandes réunions municipales.

Partout dans l'intérieur de l'édifice, l'or et les couleurs ont été prodigués avec une extraordinaire profusion : plafonds, lambris, écoinçons

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en sont couverts; pas une place qui n'ait été utilisée et où les plus grands artistes de notre temps n'aient fixé un spéciznen de leur talent : tantôt une vue pittoresque d'un paysage ou d'un monument parisien, tantôt une scène historique, ou bien une vaste composition allégorique symbolisant l'effort littéraire ou artistique du pays. Lorsque, aux soirées de gala, les immenses appartements resplendissent de l'éclat des lustres électriques, quand la foule s'y presse joyeuse, celle décoration splendide n'a rien qui ])araisse excessif; elle est, au contraire, bien en harmonie avec la gaieté, la générosité et le goût du peuple parisien.

Les origines do la municipalité de Paris remontent loin dans l'histoire; elles se rattachent aux naulw Parisiaci, dont il a déjà été parlé et qui étaient, on s'en souvient, réunis en corporation. Ils eurent pour successeurs, au moyen âge, les marchands de l'eau, c'est-à-dire les entrepreneurs de la navigation fluviale, exerçant le monopole des transports sur la Seine. Leur influence allait grandissant à mesure que Paris se développait; ils formaient une hanse d'où étaient exclus tous ceux qui n'étaient pas nés dans la capitale ou qui n'avaient pas obtenu une agrégation difficile à acquérir. Ils faisaient en même temps le négoce. Lorsque les marchands terriens, qui avaient leur lieu de réunion dans la Vallée de Misère, au Grand Ghàtelet, se joignirent à eux, ils choisirent pour leurs assemblées le Pt/rlt)ir aux Bourgeois. Leur force s'accrut de celte union, et ils ne tardèrent pas à exercer une action considérable sur la marche des affaires publicpies; peu à peu même, ils en vinrent à personnifier les intérêts communs de la Cité. Les autres corporations les considéraient comme jouissant d'une prééminence incontestée et s'effaçaient devant eux. Les rois, de leur côté, pour se mettre en rapport avec le peuple do Paris, prirent l'habitude de s'adresser au prévôt des marchands. Il est difficile d'assigner, cependant, une date précise à la naissance de la municipalité, qui paraît d'abord sous une forme indécise avant de s'affirmer nettement. Sous Philippe-Auguste, la commune de Paris était cependant déjà si bien reconnue, que le roi la chargea d'opérer le pavement des rues, dont la boue profonde laissait dégager de pestilentielles odeurs. Au temps de saint Louis, qui apporta — le livre d'Etienne Boileau en fait foi — un soin attentif à tout ce qui touchait sa bonne ville, la municipalité comprenait quarante-cinq échevins et vingtquatre conseillers; à leur tète était le prévôt des marchands, qui, aidé par des quarteniers, des cinquanteniers et des dizoniers, exerçait son autorité sur tous les points de la capitale de plus en plus étendue. En effet, aux quatre f|uartiers qui la composaient au douzième siècle.

lOH PAfllS

L'ile du Palais,

L'Université,

La Grève

et Saint-Jacques-la-Boucherie, quatre autres avaient été adjoints au treizième siècle :

Sainte-Opportune,

Saint-Germain-l'Auxerrois,

Saint-André-des-Arls

et la place Maubert, et huit sous Charles V, en 1383 :

Saint-Antoine, Saint-Gervais,

Saint-iVvoye,

Saint-Martin,

Saint-Denis,

Les Halles,

Saint-Eustache

et Saint-IIohorc.

Paris conserva ces seize divisions jusqu'en 178'J, époque à laquelle elles furent remplacées par soixante districts.

Des érudits ont établi le livre d'or de l'édilité parisienne et étudié, depuis Evreux de Valenciennes, qui vivait en 1263, jusqu'à Flesselles, tué le 14 juillet 1789, la vie de tous les prévôts des marchands. Pour nous, il nous suffira d'esquisser le portrait du plus célèbre d'entre eux.

Quel que soit le jugement que l'on porte sur Etienne INIarcel, il faut lui reconnaître une singulière et mâle énergie. Il fut l'interprète passionné des vues de la bourgeoisie. Réformateur d'une irréprochable sagesse et d'une grande modération à ses débuts, il se trouva entraîné par les circonstances et par les périls auxquels il était personnellement exposé, plus loin certainement ipi'il n'y comptait et jusqu'à faire douter de son patriotisme.

Un de ses premiers actes, comme prévôt des marchands, fut de donner au conseil de ville une demeure en rapport avec son importance. Il acheta, sur la place de Grève, la Maison aux Piliers. Ce nouveau Parloir aux Bourgeois, avec ses proportions modestes, ne ressemblait en rien au somptueux édifice par lequel François l"' le remplaça, mais il fut le berceau des libertés municipales, et c'est déjà un titre de gloire pour Etienne Marcel que d'avoir pensé à l'établir. Il en est pour lui un autre plus grand : c'est d'avoir travaillé à la limitation du pouvoir royal et à l'émancipation de la bourgeoisie.

Cette dernière avait été, on le sait, favorisée à maintes reprises par les rois de France. Philippe le Bel lui avait assigné une place importante dans la composition des Etals, sur lesquels il s'appuya non seulement pour se créer des ressources, mais pour affirmer l'union intime du roi avec son peuple, dans la lutte contre les empiétements du pouvoir pontifical. Ce sont ces états générau.x, dont nous avons rappelé la première réunion solennelle sous les voûtes de Notre-Dame, qui vont revendi([uer d'abord leur droit à l'administration financière, puis au gouvernement politique du royaume, et Etienne Marcel, chef de la bourgeoisie parisienne, a entrevu, par une intuition de génie, les règles du gouvernement représentatif, dont l'application ne sera faite, avec d'importantes modifications, il est vrai, et avec une modération nécessaire, (pie quatre siècles plus tard.

Depuis le désastre de Crécy, oii la noblesse avait donné la triste preuve de son insuffisance à remplir le glorieux rôle, à elle seule jusqu'alors réservé, d'assurer la défense du pays, la France était dans une situation des plus malheureuses. Les armées anglaises dévastaient la campagne, les paysans étaient zniinés; l'impôt rentrait difficilement et, faute de fermeté de la part du pouvoir central, l'argent, pénililement recouvré, s'éparpillait en grande partie avant d'arriver dans les caisses du roi.

Les états généraux, en exerçant d'abord un contrôle financier, jouèrent bientôt un rôle politique important.

Etienne Marcel eut sur eux une grande influence. Ce n'est pas lui qui a créé le mouvement de la l)ourgeoisie au quatorzième siècle, mais il en a dirige la marche vers l'aulonomie communale; il rêvait de constituer en France une fédération analogue à celle des cités de Flandre, autour de Paris comme centre, et qui n'eût laissé au roi ([u'un pouvoir contrôlé et limité. Il établit l'égalité de tous devant l'impôt, rarmemeiit de la bourgeoisie et du peuple contre l'ennemi envahisseur.

C'était au lendemain de la bataille de Poitiers; la noblesse s'était enfuie lâchement; le roi, malgré son courage chevaleresque, avait été fait prisonnier; son fils, le Dauphin Charles, l'avait abandonné sur le champ de bataille, qu'il quittait précipitamment sous bonne escorte. La consternation, le désarroi, régnaient partout. La France semblait perdue. Un homme espéra contre toute espérance : ce fut Etienne Marcel.

Avec un esprit de décision que commandait la gravité des circonstances, il organisa la défense de la capitale, fit creuser des fossés, relever les murailles ; il arma les milices urbaines. Grâce à lui, les citoyens démoralisés reprirent courage et s'opposèrent aux progrès des Anglais, qui, sans ce déploiement de forces inattendu, eussent marché directement

sur Paris. Mais la lutte contre l'envahisseur n'était pas la seule préoc- <upalion du prévôt des marchands, qui, en aucun temps, ne perdait de vue la réalisation de ses projets politiques et y travaillait avec une ardeur d'autant plus grande que les récents événements lui montraient le but plus rapproché que jamais.

Pendant la captivité du roi Jean, le pouvoir était aux mains débiles d'un tout jeune homme, presque un enfant, le futur Charles V. ^lalingre, timide, en apparence irrésolu, mais en réalité demandant au temps ce qu'il ne pouvait obtenir de la violence et tournant les difficultés qu'il ne pouvait surmonter directement, il fut un adversaire redoutable pour Etienne Marcel, qui usa contre lui l'énergie de sa volonté.

Quand le Dauphin, accompagné de ses huit cents gardes, fuyant le champ de bataille de Poitiers, arriva devant Paris, les habitants le saluèrent avec affection, Etienne Marcel ayant pris soin d'exciter en sa faveur l'enthousiasme populaire. Le prévôt des marchands acceptait en eflet le principe de la royauté, mais il ne la voulait pas trop puissante et prétendait la tenir dans sa main. Il saisit l'occasion que lui oflVait la captivité du roi, pour demander l'établissement d'un conseil de régence placé auprès du Dauphin et chargé de lui désigner les hommes en qui il lui était permis de mettre sa confiance. En vain Charles résista-t-il. Les officiers de sa maison furent décrétés d'accusation, et ceux qu'il affectionnait le plus furent tués sous ses yeux. On connaît la scène tragique reproduite par un tableau de J.-P. Laurens dans une des salles de l'Hôtel de ville actuel, le meurtre des maréchaux de Champagne et de Normandie. Le prévôt avait pris lui-même la direction du mouvement et donné le signal de l'assassinat. Il voulait en finir avec la résistance fi'oide, mais tenace, de son indocile protégé. L'attitude d'Etienne Marcel coiffant le régent des couleurs communales et plaçant sur sa propre tète le chaperon royal, c'est bien la traduction expressive et symbolique de la situation : l'abaissement du pouvoir du roi devant l'autorité de la bourgeoisie grandissante. Terrifié par celte scène sanglante, le Dauphin céda : il devenait le prisonnier de Marcel. Mais, bien que le prévôt fit bonne garde, le prince réussit à quitter Paris nuitamment et h se rendre au milieu de ses troupes, décidé à reconquérir le pouvoir. Etienne Marcel avait déjà songé, dès la mort des maréchaux de Champagne et de Normandie, à renverser Charles et Jean et à établie un autre roi.

Ses vues s'étaient portées sur un prince qui, sans revendiquer ouvertement ses droits prétendus à la couronne de France, en raison de sa descendance de Louis le Ilutin par les femmes, contestait la validité de la loi salique.

Charles de Navarre était astucieux et fourbe, mais de dehors séduisant; habile orateur, il avait une grande action sur les foules. C'est ainsi que sous le roi Jean, son beau-père, il avait poussé les Normands à refuser d'acquitter les taxes. Jean l'avait fait saisir à Rouen et jeter dans une prison. Le dauphin Charles, nommé régent, devinant en lui un dangereux rival, mit peu d'empressement à répondre aux désirs de ceux qui le pressaient de délivrer son beau-frère. Celui-ci (juitta cependant la prison de Rouen, et c'est à lui qu'Etienne Marcel songea pour remplacer Jean le Bon. Il espérait trouver en Charles de Navarre plus de docilité. Mais il avait compté sans la duplicité du prince, qui, tout en acceptant ses avances, se ménageait d'autres appuis et pactisait avec les Anglais. Etienne connaissait-il celte trahison ? Nous espérons que non pour l'honneur de sa mémoire. Toujours est-il qu'il allait ouvrir au roi de Navarre une des portes de la ville, lorsque la mort l'empêcha de commettre cette lourde faute. Etienne Marcel tomba avec ses compagnons : aucun d'eux n'échappa au massacre. Leurs corps furent traînés ignominieusement par les rues de la ville, exposés « sur les carreaux de la voie », puis sur les marches de l'église Sainte-Catherine du ^"al des Ecoliers, à l'endroit précis où les maréchaux de Champagne et de Normandie avaient subi la môme insulte.

Telle est l'histoire de cet homme qui avait eu la grande idée d'établir le contrôle du pouvoir royal par les étals et surtout par les « bonnes villes », qui non seulement avait l'ait lonlative d'alliance avec les communes do Flandre, mais était allé jusqu'à faire appel à la Jacquerie en lui adressant Jean Vaillant, prévôt des Monnaies, avec trois cents hommes d'armes. Pour arriver à son but, tous les moyens lui étaient bons.

Nous avons dit que la Maison aux Piliers était l'œuvre d'Etienne Marcel. C'est à François I" que revient l'idée de la charmante et majestueuse construction Renaissance, dont la copie nous a été conservée par le goût éclairé des édiles de 1875.

Ce prince, qui avait toujours aimé le luxe, à qui le roi d'Angleterre en avait toujours voulu pour la fastueuse réception du Camp du drap d'or, qui avait offert à Charles-Quint, un moment son allié, une splendide hospitalité, a exercé autour de lui, au cours de son règne, une heureuse influence.

Il s'est trouvé à un de ces tournants de l'histoire de l'art qui font époque. Déjà, sous Charles VIII et Louis XII, à la suite des guerres d'Italie, la mode étrangère avait pénétré en France, mais pour les parties ornementales seulement ; les formes architecturales étaient demeurées françaises. Si les moulures prismatiques, les tiges contournées de la flore gothique avaient été remplacées par les lignes droites empruntées à l'an-

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liqiiité et les fines arabesques, rien ne faisait prévoir la révolution profonde qui se produisit sous François 1°% beaucoup à cause de son prestige personnel et du luxe de sa cour.

Charles VIII avait bàli le château d'Amboise; Louis XII avait commencé celui de Blois; de nombreux châteaux avaient été élevés, dès la première moitié du seizième siècle, en Normandie, en Touraine et dans le Berry; tous portent, avec l'empreinte d'une décoration italienne, la marque indiscutable des traditions de l'art français. De ces deux éléments, il était résulté des ensembles d'un charme original et exquis. Sous François I", les procédés de l'art antique, passant à travers l'interprétation italienne, se constatent avec netteté dans les parties ajoutées aux châteaux de Blois et de Fontaineljleau et surtout dans celui de ^ladrid. Dans toutes ces constructions les pilastres chargés d'arabesques contriljuent à la décoration, et on y voit apparaître les colonnes et les ordres qui iront plus tard en se multipliant, non sans porter un grave préjudice à la grâce délicate de l'architecture française. Pour faire exécuter ces travaux, François P'' avait besoin d'immenses ressources; il mit de l'habileté à se les procurer. Il aliéna les anciens domaines royaux; ceux-ci lurent morcelés et vendus aux enchères à des bourgeois.

Le roi se préoccupait, en outre, activement de l'embellissement de Paris. L'idée de la rcconstiuclion de l'ilôtel de ville devait naturellement se présenter à son esprit. On raconte que c'est au Louvre même que le prévôt des marchands, Pierre Yialle, et le procureur de la ville, Jean Benoise, reçurent du gouverneur de Paris, Jean de la Barre, communication du « pourtraict du Ijasliment nouvel », dessiné par l'architecte roj'al Domini- (|uc de Cortone, dit le Boccador : les ])lans reçus, on commença les travaux. L'édifice témoignait d'une grande originalité de conception, avec ses deux pavillons d'angle enjambant, l'un, au nord, par une longue arcade, sur l'hôpital du Saint-Esprit, l'autre, au sud, de la même façon par-dessus la rue alors si fréquentée du IMartroi. Le corps de bâtiment principal, celui que reproduit à peu près l'Hôtel de ville actuel, n'appartenait au règne de François l" que dans sa partie inférieure. L'entreprenant monarque achevait rarement ce qu'il avait commencé. Henri II marqua de son chiffre et de celui de Catherine de Médicis l'entablement du pavillon méridional, et Henri IV termina le monument. La façade occidentale avait bien, dans son ensemble, le caractère de l'architecture de la première moitié du seizième siècle, alors qu'elle ne s'était pas encore dégagée de l'influence gothique; les fenêtres, les unes carrées et les autres cintrées, étaient surmontées de frontons et coupées par des croix de pierre; quanta la décoration, elle était Renaissance, avec des Génies et des tètes d'Anges

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sculptés dans les culs-de-lampe, au-dessous des niches, avec des figures de femmes tenant des palmes qui encadraient les lucarnes des combles. On reconnaissait sans peine les tâtonnements d'un art qui n'était pas encore bien sur de lui-même, à ces colonnes cannelées d'ordre composite plaquées contre le rez-de-chaussée, et auxquelles on ne pouvait trouver de destination logique.

Malgré ses disparates et ses défauts, la façade de François I"'' constituait pour l'histoire de l'art une page précieuse entre toutes. Hélas! l'incendie de 1871 a fait disparaître cet intéressant document, et, dans la copie qu'on en a faite, il ne saurait venir à l'idée de personne de chercher autre chose qu'une vue d'ensemble.

Au-dessus du tympan de la porte d'entrée, Pierre Biard a sculpté en relief la statue de Henri IV. Le Béarnais est re[)résenté à cheval, la tète nue, tenant un rameau d'olivier. 11 avait présidé à l'achèvement do l'édifice : c'était une raison suffisante p'^ur qu'il fût mis à la place d'honneur, ^lais nous allons chen-lier l'explication du symliole de paix ([ue le sculpteur lui a placé dans la main. Personne n'ignore le caractère essentiellement politique des guerres de religion. Le faible Henri III, préoccupé par-dessus tout de ses plaisirs, n'avait ni la volonté ni la fermeté nécessaires pour se diriger à travers tant d'écueils. Sous son règne, l'astucieuse Catherine de Médicis continuait à exercer en réalité le pouvoir et ne songeait (|u'à allaiblir les partis en les op[)Osant les uns aux autres. Les protestants avaient rêvé une république fédérative; à leur tour, les Guises songèrent à exploiter à leur profit les aspirations populaires pour l'autonomie communale. Les idées d'indépendance qui avaient pris, au temps d'Etienne Marcel, un si rapide développement et que Charles V n'avait arrrlées cju'à grand'peine, se manifestèrent avec une inlensité nouvelle. Dans les villes de province, des ligues se formèrent, et le peuple, se rangeant sous la bannière du catholicisme, acquit par l'union une force irrésistible. Le roi, toujours hésitant, avait, après de longues tergiversations, quille la capitale, fuyant la puissance des Guises comme autrefois le Dauphin Charles s'était soustrait à la tyrannique tutelle d'Étiènne Marcel. Des descendants du grand prévôt vivaient encore et occupaient des fonctions d'échevinage sous le nom de Marceau, Martel ou Lachapelle-Marteau; et même ce dernier était, comme son ancêtre, prévôt des marchands aux états de Blois et à la journée des Barricades. Homme de confiance du duc de Guise, il organisa le gouvernement municipal <'atholique avec une vigoureuse énergie; les conseillers suspects d'attachement au roi ou soupçonnés d'hérésie furent rem-

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