‹ Les monuments de Paris souvenirs de Vingt SièclesChapitre 24 sur 58 · HENRI IV : TÏMPAX DE LV PORTE D ENTREE PRINCIPALE · texte numérisé non relu

HENRI IV : TÏMPAX DE LV PORTE D ENTREE PRINCIPALE

placés, les milices plus solidement organisées, la garde des portes assurée avec vigi- \ lance. Des missives furent adressées aux villes de province pour leur annoncer ce „*i qui s'était passé et solliciter leur concours. Un projet de fédération des cités, jouissant d'une autonomie plus large, autour de la capitale s'administrant elle-même plus librement, fut tracé. Si l'on conservait encore pour Henri III, réfugié à Chartres, des formules de respect conventionnelles, son autorité n'était plus que nominale, et déjà on se préparait à lui donner un successeur choisi dans la catholique famille de Lorraine. On ne craignait rien tant, en cflct, (|ue de voir monter sur le Irône de France, à la mort de Henri III, qui n'avait pas d'enfants, le roi de Navarre, son plus proche parent, un huguenot déclaré, qui devait, pensait-on, une fois devenu le maître, limiter ses faveurs à ses coreligionnaires, ses soldats d'aujourd'hui.

Or, Henri de Navarre, au lieu d'être le protestant fanatique que l'on croyait, était sceptique par tempérament, et sa bonhomie gasconne se pliait aux circonstances avec la plus grande facilité. Certes, il était téméraire sur le champ de bataille, mais il était, dans le conseil, d'une prudence extrême. Connaissant les hommes et sachant tirer à propos profit des événements, il eut le génie de dénouer les difficultés du moment, qui pour un autre eussent été inextricables. Sans abandonner complètement ses anciens amis après son abjuration, il sut l'aire aux catholiques des avances telles, leur donner en maintes circonstances des gages si évidents de son affection, qu'il désarma la colère de ceux qui mettaient en doute la sincérité de sa conversion. H déploya la même habileté dans la réorganisation du pouvoir municipal, dont les prérogatives excessives faisaient courir à l'unité du pays un danger sérieux. Il parvint, sans violence, à ramener les conseils tie la cité dans les limites d'attributions moins étendues et à les circonscrire dans l'administration des affaires locales. Désireux, en outre, de donner aux élus de Paris un lieu de réunion somptueux, il fit achever l'IIôlel de ville, auquel on n'avait pas travaillé depuis le règne de Henri II. Sa statue, qui le montre, pacifique conquérant, à la place d'honneur sur la façade occidentale, traduit son action bienfaisante cl le rôle historique qu'il a rempli pour le plus grand bien de Paris et de la France.

Moins de quarante ans après la mort de Henri lY, l'Hôtel de ville voyait se renouveler les scènes violentes dont il avait été témoin au temps de la Ligue : non plus qu'il fût question alors de libertés municipales, mais parce que, dans la période troublée de la Fronde, où grands seigneurs et parlementaires abusaient de la faiblesse de la régente et du jeune roi, les partis en présence cherchaient à s'assurer, avec l'appui du peuple parisien, la possession de la maison communale. Le Parlement faisait alors une vigoureuse opposition aux étrangers qui avaient le maniement sans contrôle des finances de la France. Parmi les membres les plus acharnés à combattre Mazarin était le conseiller Broussel, qui, malgré ses soixante-treize ans, apportait dans ses revendications une ardeur toute juvénile. Le cardinal crut pouvoir le faire jeter en j)rison. Un des panneaux de la salle historique de l'Hôtel de ville reproduit la scène mouvementée de son arrestation. Aux cris poussés par la vieille servante du conseiller, le peuple s'émeut; des barricades s'élèvent; le Parlement, son président en tête, va réclamer la liberté de Broussel; la reine refuse et congédie brusquement les magistrats. Ceux-ci, devant les clameurs et les menaces des Parisiens, retournent sur leurs pas, et obtiennent enfin la liberté de Broussel.

Le panneau voisin de celui-ci, dans la salle des fêles de l'Hôtel de ville, emprunte son sujet aux scènes tragiques de la Révolution. Il représente le passage de Louis X\'I sous la voûte de fer.

C'était trois jours après la prise de la Bastille. Le roi était avec sa famille au cluUcau de Versailles. Paris le demandait à grands cris. Louis X\'I, pensant que sa présence pourrait calmer les esprits, se décida à revenir dans la capitale. Il n'ignorait pas le danger auquel il s'exposait : avant de partir il communia, désigna Monsieur comme lieutenant général du royaimie et fit ses adieux à la reine et à ses enfants, qui s'arrachèrent avec j)cine de ses bras. Dès qu'il approcha de Paris, son carrosse dut passer entre la double haie d'une foule armée de fusils, de piques et de faux. Sur la place Louis XV était massé le bataillon de l'escorte, qui laissa voii", en s'ouvrant, les canons de la Bastille couverts de fleurs.

Le cortège se mit en marche; le roi était entouré d'un groupe de trois cents députés précédés du marquis de Lafayette, en habits bourgeois, à cheval, l'épée à la main. Le peuple gardait un silence de mort, sauf que par moments des vivats éclataient à l'adresse de Lafayette et du maire Bailly, qui, en présentant à Louis XVI les clefs de la ville, lui avait dit : « Sire, ce sont les mêmes qui furent ofYertcs à Henri IV; il avait recon-

quis son peuple, le peuple vient de reconquérir son roi. » Ce défilé lugubre, cet accueil glacial, manifestaient la désaffection des sujets pour leur prince. Louis XVI, avec un courage calme, marchait vers l'inconnu. Sur le seuil de rilôtel de ville, sur les marches de l'escalier, se tenaient deux rangées d'hommes ; leurs épées hautes et croisées formaient une sorte de berceau sous lequel le roi dut passer, en courbant la tête, pour entrer dans la maison du peuple bientôt souverain.

Après avoir franchi cette voûte de fer, Louis XVI pénétra dans la salle des cérémonies, si bondée de spectateurs que les premiers étaient à genoux pour permettre à ceux placés derrière d'apercevoir le maire remettant la cocarde tricolore au roi ; celui-ci la fixa à son chapeau et alla se montrer au balcon donnant sur la place de Grève noire de monde. Une immense acclamation s'éleva, s'étendit de proche en proche à mesure que le cortège royal regagnait Versailles. Un moment on put croire que la paix était faite. Paix éphémère, hélas! et suivie d'un terrible lendemain.

On voit par ce récit, ptMe commentaire du tableau de J.-P. Laurens, que l'Hôtel de ville fut associé aux débuts mêmes de la Révolution française.

FIIISE DE JEAN G O V J O X . c; O l P. DU I. O L V R E

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