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un des types les plus parfaits de l'architecture française. Charles IX et Henri III continuèrent du côté sud la démolition de la cour de l'ancien Louvre, et le bâtiment perpendiculaire à celui de Henri II et de Lescot est leur œuvre jusqu'au guichet du pont des Arts.
Entre temps, Catherine de Médicis, leur mère, la puissante et trop célèbre régente du royaume, s'était fait bAtir, à la mode italienne, pour son usage personnel et par des artistes italiens qu'elle attirait nombreux auprès d'elle, une suite d'appartements en rez-de-chaussée, avec terrasse au premier étage, mais en dehors de la cour du Louvre et perpendiculairement à la rivière. Cette aile extérieure a, par rapport aux corps de bâtiment de Henri II, un désaxement qui surprend au premier abord, mais qui s'explique, d'après nous, par l'affectation que mettait la reine à paraître avoir un palais indépendant.
Henri IV ne s'occupa pas de la cour du Louvre, qui demeura sous son règne avec ses constructions nouvelles, de style Renaissance, sur deux de ses faces, et son aspect moyen âge sur les deux autres. Son activité se proposa pour objet de réunir le palais du Louvre à celui des Tuileries. Il prit comme point de départ l'extrémité de la petite galerie de Catherine de Médicis et établit, le long de la Seine, la grande galerie qui devait lui permettre, raconte-t-on, en cas d'émeute, de gagner la campagne. En outre, il éleva d'un étage, bientôt détruit par un incendie, la galerie de Catherine de .Alédicis, pour la mettre au niveau de celle du bord de l'eau. Après hu, et sous l'action énergique de son ministre Richelieu, Louis XIII décida daugnienter considérablement l'étendue de l'ancien Louvre et eut l'idée première de la cour telle qu'elle est maintenant. La face ouest des bâtiments fut prolongée au delà du pavillon de l'Horloge, o'uvre de Lemercier, d'une longueur égale à celle de l'aile de Pierre Lescot, et l'aih; nord, sur la rue de Rivoli, fut commencée.
Mazarin continua l'entreprise et fit api)el à son architecte préféré Levau, celui-là même à qui il confia la construction du collège des Qualre- Nations. L'artiste se mit à l'ouvrage, et, sous son habile direction, la cour du Louvre fut fermée par des bâtiments auxquels il n'eut cependant pas le temps de donner leur décoration sculpturale. En effet, Louis XIV, désireux d'avoir pour son palais une entrée en rapport avec la conception qu'd avait de sa propre gloire, sacrifia Levau et s'adressa au Bernin, avant d'en arriver à la colonnade de Perrault. Ce dernier, un médecin on le sait, partageait, en l'exagérant, l'engouement de son temps pour l'antiquité classique; traducteur de Vitruve et confiant dans la valeur de la loi des modules, qui lui paraissait réaliser toute la perfection architecturale, il combina sur le papier les dimensions relatives qu'il devait donner au
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stylobate, aux colonnes et au fronton, et, sans se laisser arrêter par aucune autre considération, il dressa devant la façade septentrionale de Levau le colossal placage tel qu'il l'avait tracé sur son plan. Mais comme la hauteur des colonnes dépassait de beaucoup celle de la façade primitive, le gigantesque fronton se fût découpé d'une façon disgracieuse au-dessus du toit. On décida alors que tout le pourtour de la cour serait intérieurement exhaussé d'un étage. L'harmonie de proportion des constructions de Pierre Lescot en fut altérée; cependant, l'ensemble du monument devait plutôt y gagner, car le palais, tel que l'avaient voulu François I" et Henri II, était, il faut se le rappeler, de dimensions relativement restreintes, et lorsque Louis XIII songea à quadrupler la surface de la cour, il ne s'était pas suffisamment rendu compte que les bâtiments anciens et ceux ajoutés à leur suite n'étaient plus à l'échelle prévue par les premiers architectes.
La colonnade de Perrault présentait encore un inconvénient grave, celui de trop s'étendre en longueur et de dépasser, du côté de l'eau, la façade terminée de Levau. Mais si grande était l'admiration que l'on éprouvait pour l'œuvre du médecin-architecte et si inflexible était la volonté du grand roi, que l'on résolut, afin de ne modifier en rien le plan de Perrault, d'ajouter à la façade du bord de l'eau un placage qui la fit affleurer exactement l'extrémité de la gigantesque colonnade. Et ainsi disparut la gracieuse façade de Levau, comme, à partir du guichet, celle non moins intéressante de Charles IX et de Henri III. On s'en rend compte si l'on monte dans la partie haute du Louvre; on constate que la terrasse que l'on s'attendait à y trouver n'existe pas, et Ton s'étonne même de voir les ajouts de Perrault couverts avec une luisérai^le économie. La pente de leurs toitures rejoignant celle des constructions de Levau, forme un large chenal intérieur où se rassemblent les eaux de pluie, et l'on frémit à la pensée du danger que courraient les richesses picturales accumulées dans les salles, le jour oii, faute d'écoulement, la masse des eaux crèverait les plal'onds et se déverserait en li'oiiilfc dans le pi'écicux musée. Celte négligence vient de ce que, Pcnault ayant beaucoup dé|)ensé et le caprice de Louis XIV ayant changé de direction, on ne songeait plus guère à Paris, mais à Versailles; et, les crédits ayant été réduits, l'architecte avait dû terminer son œuvre dans les conditions désavantageuses que nous venons d'indiquer et que le |»uljlic ignore généralement.
Louis XV n'habila pas le Louvre, qui lut laissé dans l'abandon. Des baraques et des bicoques s'installèrent dans la cour, s'appuyèrent sur les entre-colonnements, se juchèrent jusque sur les terrasses dans un désordre qui a fait comparer ce campement de pauvres gens, logés dans le
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palais du plus somptueux des rois, à la ville qui s'élait formée, dès le moyen âge, à l'intérieur des arènes de Nîmes et d'Arles. Le monument souffrait cruellement de cette lèpre. Le frère de M""" de Pompadour, le marquis de Marigny, surintendant des bâtiments royaux, ayant obtenu du roi que le Louvre fût remis en état, on procéda aux travaux les plus urgents, à des réparations nécessaires, mais ce fut tout.
La construction fut reprise par Napoléon I*"", dont l'intention était de relier le Louvre aux Tuileries. ALais ce plan ne fut exécute ([ue par son neveu Napoléon 111, désireux d'affirmer, par une œuvre dépassant l'effort des rois ses prédécesseurs, la vitalité de son règne. y^ i\^«^e?k
Maintenant que nous avons indique rapide-
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ment les différentes étapes de l'accroissement du gigantesque édifice, nous allons en reprendre quelques points particulièrement importants comme art ou comme histoire.
François I" avait fait restaurer le Louvre du moyen âge, lors de la visite de Charles-Quint. Mais, malgré les ors et les couleurs partout renouvelés, malgré les tapisseries accrochées aux noires murailles, les lampadaires en cuivre ciselé prodigués dans les longs corridors et les appartements, le fastueux roi dut souffrir certainement de ne pouvoir montrer à son hôte impérial qu'une installation aussi surannée. Il résolut, dès cet instant, de se faire construire une demeure grandiose.
L'architecte à qui il commanda d'édifier un palais digne du plus grand seigneur du plus beau royaume du monde fut Pierre Lescot, un Parisien de race, fils d'un procureur du roi, et lui-même chanoine de Notre-Dame.
On sait que les prébendes étaient la récompense de services rendus; cependant, bien qu'il ne fût pas prêtre, Pierre Lescot n'obtint pas sans peine l'autorisation de porter la barbe. Il avait trente ans lorsqu'il fut choisi par François I". François II, Charles IX et Henri III lui continuèrent leur confiance. Il travailla, nous l'avons dit, à la construction de la partie du Louvre qui a servi de point de départ et de modèle à tout le reste de l'immense monument, c'est-à-dire l'aile occidentale, depuis, et non compris, le pavillon de l'Horloge, puis deux travées de l'aile méridionale, avec le pavillon royal à l'angle. L'architecture en a été justement considérée comme le type le plus accompli du génie français à l'époque de la Renaissance.
L'uniformité des lignes est ronipue par de gracieux avant-corps, et la blancheur de la pierre est rehaussée, ici et là, par des marbres qui lui donnent des irisations polychromes. Les œils-de-bœuf du rez-de-chaussée sont encadrés de motifs de décoration que l'on retrouve également dans le plat des murailles, dans le champ des frontons arrondis et dans le développement des frises. Les fenêtres ont perdu leurs meneaux, mais les sculptures de Jean Goujon et de ses élèves subsistent pour la plupart et sont un sujet de constante admiration pour les gens de goût : figures symboliques de grand style, riches tro])hées, génies et satyres, lions et lévriers, branches d'arbres d'une délicatesse exquise, sont jetés avec une telle profusion que l'œil ébloui croit à un dessin de guipure. Pour apprécier à sa valeur cette merveille, il faut, par la pensée, détacher l'œuvre de Pierre Lescot des constructions des siècles suivants et voir le Louvre comme il était du temps des Valois, en forme d'équerre.
A la pointe de l'angle extérieur, s'étendait la galerie à terrasse de Catherine de Médicis, dont l'architecture italienne était d'un caractère plus brillant que celui de l'œuvre toute française de Pierre Lescot. Les remaniements profonds apportés dans ces parties du Louvre ne permettent plus aujourd'hui cette constatation qu'à l'œil exercé des spécialistes.
Il faut de même un effort d'imagination assez grand pour rendre aux appartements d'autrefois, transformés en salles de musées, leur aspect primitif. On y montait, comme actuellement encore, par le grand escalier dit de Henri H, à côté du pavillon de l'Horloge. Ses paliers successifs sont enserrés entre deux murs unis, jadis certainement garnis de tapisseries. Le plafond, en forme de voûte en berceau, est une véritable broderie de pierre : guirlandes de feuillages, têtes de faunes et d'enfants, attributs de chasse et figures allégoriques s'entremêlent avec une extrême prodigalité.
LKb CARIATIDES DE JEAN GOUJO.N.
MUSEE DU LOUVliE
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Au pied lie Fesealier s'ouvrait la salle dite «les Carialiiles. Elle a été remaniée, sous prétexte d'enibellisseinent, |)ar les arehitectes du premier Eiupii'e. Les faisceaux de colonnes qui en garnissent les parois et le porlitpie du tond sont leur œuvre, ainsi que la monumentale <-lieminée l'aile <le précieux ('l'agiueiils. La liil)une est ilemeurée intacte; on v plaçait les musiciens, comme dans la Cèitc de l'aul ^'é^onèse. Los quali«> statues de l'enimes sur lesquelles elle s'appuie sont les fameuses cariatides de Jean (joujon; elles soutiennent la com[)araison avec leurs sœurs de l'Acropole d'Athènes, qui ont porté jusqu'à nous la gloire do l'école de Phidias.
De celte salle de fêles, on passait dans une pièce de moindres dimensions, dite du Tiihunal, |)our arri\<T dans les apparlemenis paiticulicrs du roi. ià oii se dresse aujouid'liui, dans sa grâce pudique el dans sa perfection, une des plus belles statues ((ui soient au monde, la \'éiius de Jlilo.
Dans l'épaisseur de la muraille «pie l'ieiie Lescot avait conservée telle quelle de l'ancien Louvre, est «lissimulé tin petit escalier à vis, réservé à l'usage des seuls l'amiliers; il c«)mm«Micait «lans les sous-sols golhiques, où sont maintenant les calorifères, |)our finir au |)remier étage; il déhou- <he dans les chambres rovales. L'une de celles-ci a "ardé son niay-nilitiue plafond sculpté par Jean Goujon ou par ses éh'-ves; l'aulre, dite salle des .Sepl-Cheminées, re<;«)il le j«)ur d'en haut |)ar des vitres dépolies. Toutes deux étaient précédées d'une longue salle, située exact«Mnent au-dessus de la salle des Cariatides el servant, elle aussi, aux fêles.
Les constructions de Catherine de Médici« ne comprenaient, on s'en souvient, cpi'un rez-de-chaussée surmonté d'une terrasse, cliarmanle promenade pour la reine, «pii y venait, en été, l'espirer l'air frais a[)porlé jjar la Seine. La décoration d'ahjrs n'exisle plus, remaniée qu'elle fut pour rinslallali«)n «l'une autre reine, Anni' «l'Auliiclic. Cette aile a\ail «'te prolongée de trois travées du c«")té «lu llcuve par Henri 1\', au moment où il avait élevé un étage sur les appartements de Catherine de Médicis, el créé ce qui est devenu la galerie d'Apollon. Celle-ci, détruite par un incendie et rebâtie par Louis Xl\', reçut «le Lebrun la magiùncjue déc«)ration picturale «pie de nos jours Delacroix termina par le célèbre motif «lu Dieu de la luinicfc vaiiuincur du. scrpcnl Pjjlhnii. Elle est aujoiii-d'hui réunie à la galerie «lu bord de l'tïau par le Salon Carré, «)ii sont groujiées les pro«luctions les plus belles des grands artistes «le tous les teinps.
Les parties histori<[ucs du Louvre dont il vient d'être parlé furent successivement occupées par Henri 11, l'ran«;ois II, Charles IX, Henri III et le Béarnais.
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Le successeur de François I'' avait Irenle-huit ans lorsqu'il succéda à son père. Il élail noir de ]>oil et de jieau, « quelque peu moricaud », comme dit Brant(')nie, d'esprit assez épais et plutôt l'ait jioi"' être conduit que pour commander. Il l'ut, en eflet, l'esclave des volontés de la belle Diane de Poitiers. Celle-ci, mariée à treize ans, veuve à trente et un, était de dix-neuf ans plus âgée que son royal amant; mais sa beauté était si [)arfal(e et elle en assurait si soigneusement la conservation, que jamais empire ne fut exercé avec j)lus d'absolutisme. Elle avait eu fort à souffrir, à la cour de François I"'', des hauteurs de la diudiesse d'Étampes; mais elle prit une éclatante revanche h ravènement de Henri II, et son monogramme, ses armes, ses devises, représentés sur la façade du Louvre et nettement exposés à tous les regards, en sont une preuve irréfragable. Bien c[u'ellc se plût surtout dans sa inagnilique résidence d'Anet, elle habita assez souvent près de son amant, voisinage humiliant pour la reine Catherine de Médicis.
Un jour devait cependant bientôt venir où l'épouse délaissée allait recouvrer ses droits méconnus et jouir d'une autorité sans limites. A la mort de Henri II, le trône échut à son fils aine, François II, et le Louvre lut alors témoin des tendres et discrètes anuiurs du pauvre prince, âgé de seize ans et qui devait régner à peine dix-sept mois, et de la toute jeune et toute gracieuse Marie Stuart, nièce des Guises. Elle inspirait à son époux une vive passion, et le roi, dont l'existence était menacée par un mal qui ne pardonne pas, passait auprès d'elle, dans l'intimité d'une vie ignorante des ténébreuses menées de la politique, des heures d'un bonlieur trop court. Peu importait à François H <pie le duc de Guise et le cardinal de Lorraine exerçassent le pouvoir? Il eut cependant vm douloureux réveil au moment de la conjuration d'Amboise, lorsqu'il vit se lever contre lui, avec des sentiments de haine, nombre de ses sujets à qui il croyait n'avoir jamais fait de mal.
Son frère Charles IX n'avait que dix ans lorsqu'il fut appelé à régner, et Catherine de Médicis gouverna en son nom. La devise de l'Italienne était : « Diviser pour régner, » et jamais ligne de conduite ne fut plus fidèlement suivie.
On était en pleines luttes politiques cl religieuses; les protestants, nombreux dans les provinces, y levaient des armées, attaquaient et prenaient des villes. Ils étaient moins puissants à Paris, oii les Guises se proclamaient défenseurs de la foi. Catherine opposait les uns aux autres et, indifférente aux coups qui n'étaient pas dirigés directement contre elle, voyait sans déplaisir l'aflaiblissement des deux partis, dût la France perdre le plus précieux de son sang par ces fréquentes blessures.
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Charles IX se laissait dofileinent t>-uiiler; même à rào-o d"lionime, il conservait rhiimeur capricieuse et changeante de l'enfance. C'est ce qu'ex- |)loita habilement sa mère pour lui faire donner l'ordre du massacre de la Saint-Barthélémy. Est-il vrai que, du haut tiun balcon, martpié plus tard ])ar la Révolution d'une inscription célèl^re, Charles IX ait tué à coups d'arfpiebuse ceux des malheureux protestants qui tentaient de passer la Seine à la nage pour se sousti-aire ;i la fui-eui- des assassins!' Dans l'aveugle férocité de la passion (pii raiiimail, il n'est pas impossible ([ue le loi ait commis cet acte de barbarie. Ce n'était i)as, en tous cas, du liaul tlu balcon que désignait l'inscripliDn, la Iravée où est percée; celte fenêtre ayant été construite sous Henri I\'.
Le souvenir du sang versé ne tarda pas à hanter l'esprit afTaiJjli du malheureux Charles IX, (pii, alteinl d'une maladie de langueur, s'éteignait au château tl<> \'incennes, dans les bras de sa vieille nourrice, une paysanne huguenote.
Quelques années après, sa mère mourait à son tour, sans avoir pu assouvir sa soif de puissance, remplie de terreur ii la pensée du compte qu'elle allait avoir à rendre à la justice divine.
Henri III, dès qu'il fui nii, prit possession du Louvre, et le palais témoin des brutales distractions de Charles IX assista au s[)ectacle des mœurs efféminées du prince qui aimait à s'entourer de mignons, et alliait il un genre de vie dont le plaisir était la loi, des pratiques d'une dévotion superstitieuse. D'un esprit faible et hésitant, incapable de dominer une situation, il se laissa reléguer, lui roi de France, à l'arrière-plaM, ])ai- ses cousins les Guises ou par son beau-frère le roi de Béarn, et il ne sut prendre une résolution énergique que pour commander un assassinat. Il fut lui-même victime du poignard de .lacques Clément et mourut à Di'eux, loin de ce palais du Louvre qu'il avait continué à embellir.
La France, déchirée par les factions, avait besoin de repos, ])our guérir ses blessures. Ce fut la tâche à laquelle Henri IV s'employa dès qu'il fut solidement établi sur le trône.
L'activité du Béarnais s'exerça avec non moins de vigueur dans les loisirs de la paix que sur les champs de bataille, et l'on ne tient pas toujours suffisamment compte de son génie de constructeur. C'est lui cependant qui avait rêvé la création de la Place de France, oii seraient venues aboutir des rues portant les noms des différentes provinces : c'eût été l'image de la fusion entreprise par lui de toutes les [)arties, de toutes les forces du royaume. Son projet ne put être réalisé. Il acheva le Pont Neuf, (jue l'on désespéi'ait de voir jamais terminé; il perça, sans qu'il en coûtât un seul denier à la ville, la rue Daupliine à travers les dépendances de
certains couvents; il eut l'idée de rétablissement de la place Daupliine, d'après un plan arrêté d'avance et accepté par les acquéreurs des terrains. On comprend que son attention se soit portée du côté du ^ uvre et qu'il ait voidu l'agrandir encore en faisant exécuter, le long de la Seine, la grande galerie qu'il montrait avec orgueil à l'andjassadeur d'Espagne. En rejoignant le palais des Valois aux Tuileries, il ne voulait pas seulement faire une œuvre architecturale (pii portât sa gloire à la postérité, il avait également la pensée d'ofl'rir une honorable hospitalité aux artistes plus riches de talent que de foitune. Henri IV, lâchement assassiné par Ravaillac, fut rapporté sanglant dans son palais, et son lit funé])re fut dressé dans cette salle des Cariatides où avaient eu lieu les scènes joyeuses de ses noces avec Marguerite de Valois.
Louis XIII habita le Louvre, et le fit, on s'en souvient, agrandir par son architecte Lemercier. A sa mort, la reine Anne d'Autriche alla loger au Palais-Royal avec son fils, le futur Louis XIV. Les apj)artements devenus disponibles furent donnés à la veuve du malheureux Charles l°\ Henriette d'Angleterre, qui y demeura avec sa fille, mariée plus tard à Monsieur, duc d'Orléans. On sait combien elles eurent à y souffrir des privations et du froid.
A sa majorité, Louis Xl\, continuant la tradition de généreuse hospitalité inaugurée par son grand-père, logea tlans le |ialais les différentes Académies et l'Imprimerie royale; ])lus tard même, la Monnaie y fut installée, et lorsque le tzar Pierre 1°'' vint en visiter les ateliers, il vit avec étonnement tomber à ses pieds une médaille à son effigie avec cette devise : Vi/-es acquirit eundo, que l'on prit soin, du reste, de lui traduire. Le Louvre allait recevoir bientôt un hôte tout différent, une petite enfant âgée de six ans, celle-là même (jui a donné son nom au jardin de l'Infante. Les condjinaisons de la ])olitique l'avaient destinée à devenir l'épouse de Louis XV. On alla officiellement la chercher en Espagne, on fit en son honneur de grandes réjouissances, notamment de magnifi(jues feux d'artifice qui lui plaisaient par-dessus tout; on la logea dans l'appartement des reines mères, et, pour charmer son ennui, on lui acheta une belle poupée de vingt mille livres. Mais ce que la politique avait fait, la politique le défit : le mariage fut rompu avant d'avoir eu lieu, et la petite infante fut cérémonieusement ramenée à Madrid.
A dater de ce moment, le Louvre cessa de servir d'habitation aux princes, et il était depuis longtemps inoccupé lorsque, le IG septembre 1792, un décret de l'Assemblée législative y installa un musée et y fit transporter, pour le plaisir et l'instruction du peuple, les laljleaux et les sta-
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lues (|iii, depuis Franeois I", a\aieiit formé ce que l'on appelait le Cabinet (la roi. Ce musée dut beaucoup aux victoires de Napoléon; mais les alliés le dépouillèrent en 1815. Heureusement que de généreux donateurs lui ont légué d'importantes collections cl en ont l'ait \o plus beau musée de l'Europe.
En IS71, il faillit être \ictime îles criiiiinels incendies allumés par la Conuniine sur dilTérenls points de Paris. Les Tuileries étaient consumées; le feu s'avançait avec lenteur, mais sans arrêt, à travers les toitures de la Cirande Galerie jusque dans les bâtiments oii se trouvaient réunis les chefs-d'œuvre de la peinture. La courageuse ténacité ilu doyen des conservateurs, M. Barbet de Jouy, qui déjà avait pu préserver la cour du Louvre contre l'envaiiisscment des fédérés, put amener l'opportune intervention de ]M. Sigoyer; celui-ci, avec son bataillon de chasseurs, opéra dans les combles une large tranchée.
Ainsi furent préservés, en même temps que le précieux trésor qu'ils renferment, les bâtiments du Louvre, dont nous avons essayé d'indiquer le développement successif et le caractère hisloricpie.
Forcément écoiirlée, noire élude doniu'ra une idée sinon coniplèle, du moins assez exacte de l'inlérèl pnissaiil (pii s'allache à ces murs (nie Tari a marqués d(> sou enqireinh^ ri (pij dtil ai)rili' lanl de rois.