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CHAPITRE ONZIEME

L'ÉGLISE SAINT-EUSTACHE, SAINT-ÉTIENNE DU MONT, ET LA FONTAINE DES INNOCENTS

SOMMAIUl-

Archllccture de SaiiU-Euslaclie. — Les cliapellcs. — Les curés, — Saiiil-lClicimc du Mont, coiislrnil eu partie au seizième, en partie au dix-septième siècle. — I-a foutaiue des lunoceiits aiijour<riuii et autrelois.

E palais (In Louvre a, dans son ensemble, roru les apports (les siècles, an point que rtinivrc de la Renaissance doit y être eherchce au milieu des constructions di> <lale postérieure.

Le style du seizième siècle apparaît avec une liomoi^énéilé plus grande dans l'église Saint-Euslache, à Saint-Élienne du Mont et dans la fontaine des Innocents. Bien que les deux premières aient été altérées en quelques parties au dix-septième et au dix-hiiitièiiic siècle, el la dciiiière modifiée, sinon dans sa décoration, du moins dans sa forme, toutes laissent place à de très intéressantes observations. Nous les examinerons successivement. Saint-Eustache, que d'aucuns ont ajipelée la Notre-Dame des Halles, est l'expression de l'effort accompli i)ar la Renaissance pour construire un édifice religieux capable de soutenir avantageusement, croyait-on, la comparaison avec les productions analogues du moyen âge.

L'église actuelle a succédé à une autre consacrée à sainte Agnès. Le souvenir de la douce martyre des persécutions avait été conservé dans le nouveau temple par une crypte qui, aujourd'hui abandonnée, sert de dépôt à un commissionnaire des Halles; des monceaux de pommes et

(Foranges se voient dans cette chapelle souterraine aux voûtes cintrées, aux piliers de pierre, restée telle que l'avait rétablie la piété du dixseptième siècle.

La jiroxiniité du Louvi'(^ avait fait donner à l'église, dés le quinzième siè(de, le lili'e de paroisse royale. Cette situation privilégiée, et aussi l'aflluence de grands seigneurs venus s'établir autour de la demeure des rois, explique les grandioses proportions qui furent données, en 1532, à son plan de reconstruction. La bienveillance royale ne fut pas assez puissante cependant pour passer outre aux droits des propriétaires du quartier, puiscpie, pour ne jias déjilacer la rue alors existante, l'église dut, au sud, suivre l'alignement des maisons et alfecter une forme biaise assez disgracieuse.

L'œuvre fut menée tout d'abord avec célérité, et quatre années ne s'étaient pas écoulées qu'une première consécration, celle du chœur, put ètie faite. INIais le zèle de rarchilecte allait forcément se ralentir avec les malheurs (|ui attristèrent les dernières années de François I"'' et les guerres civiles <[ui ensanglantèrent les règnes de ses successeurs. Ce fut seulement plus de cent ans après, en 1G42, (pie l'église fut complètement achevée; les gravures du temps la représentent avec son portail occidental dans le joli style du reste de l'édifice. Celui que l'on voit aujour- (l'iuii, si inassif et si disgraiieux, date du inilieu du dix-luiilième siècle et est dû, en grande partie, aux libéralités du diu" d'Oi'léans, Philippe- Égalité.

Cet ajout mis à part, l'église de Saint-Eustache olfre une intéressante unité. Ce n'est pas qu'elle soit irréprochable au point de vue architectural : les proportions de ses piliers par rapport à la hauteur des nefs, li'iir division en pilastres superposés de dilférents ordres, la dimension excessive des clefs de voûtes découpées, peuvent prêter ;i la critique- Mais l'efl'et de grandeur si lajjorieusement cherché a été atteint. La voûte est parmi les plus élevées qui existent. Les deux nefs latérales, avec, par surcroît, leur ceinture de chapelles, donnent l'impression de l'étendue, et (piatre rangs de fenêtres cintrées et h meneaux dans la ]ief, ogivales et simples dans l'aljside, laissent pénétrer à flots le jour nécessaire à l'éclairage des délicates sculptures et de la décoration picturale.

Nous ne saurions entrer dans le détail des mille motifs que le génie inventif des artistes a reproduits sur les slylobates, sur les surfaces des jûlastres, dans les corbeilles des chapiteaux.

IjC portail méridit)nal date de François I"; il est d'une finesse de sculpture (pie n'a pas celui du nord, construit sous Louis XIII.

La hauteur des murs de l'église a nécessité l'emploi d'un très grand

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LÉCLISE .'^.ir.yr-EISTAC.IIE ITO

nombre de coiilrelbrls et crarcs-ljoiilaiits surmontés de pinacles, avec lies gargouilles non plus monsirueuses comme à Notre-Dame, mais taillées en corps triiomnies ou de femmes avec des enroulements de l'euilles d'acanllie ;i la partie inférieure.

Les savanis ont fait d'inutiles recherches pour découvrir l'auteur des |)lans {)rimilil's de Sainl-Eustache. L'exécution porte la maripuî indiscutable des habitudes d'une épocpie où le culte de l'art, faisant place à l'inspiration religieuse, arrivait h des productions d'une forme exquise, mais où la pensée fait trop souvent défaut.

Les personnes riches s'associaient volontiers jadis à la construction des églises en faisant les frais il'une chapelle et en y assurant, par une rente, la célébration du culte; l'autel était le plus souvent dédié au patron du donateur. Malheureusement, à Sainl-Eustache, les anciens vocables ont rarement été maintenus, et t(d saint d'auli'clois a dû (('der la place à un nouveau venu, au profit |)cul-ètre de la dévotion des fidèles, mais au détriment de la Iradilion. (pii devrait pouvoir dcnieurer imnuiable.

Le hasard a fait découvrir en 18VJ une préi'ieuse source de renseigncmenls. Un jeune architecte, chargé de relever un dessin pour les travaux de l'église, aperçut, sous un éclat du badigeon, des traces de couleur; il prali(pia un lavage et lil |)art à ses maîtres de sa curieuse trouvaille. Avec soin on enleva les couches épaisses de chaux qui recouvraient la surface primitive du mur, cl on eut la grande joie de mettre à nu des fresques du dix-septième siècle : feuillages fantaisistes aux tons vifs et harmonieux, gracieuses ligures d'hommes, de femme-s ou de génies. Des crédits furent votés par le conseil municipal, et alors conunenca la restauration méthodique des peintures de Saint-Eustache, aujourd'hui à peu près complètement achevée. Ces œuvres se doublaient d'un intérêt historicpie. Sur le devant des chapelles ou au milieu de l'arc triomphal se voyaient, indications précieuses, les blasons des donateurs. Ainsi furent retrouvées les armes de paroissiens appartenant h la cour, à la haute noblesse ou à la riche bourgeoisie.

Jehan Brice, marchand en gros, avait fait construire la ciiaj)elle de Sainte-Geneviève, remarcpiable par ses originales sculptures datées de 1634. Une autre chapelle, jadis du « Saint-Sépulcre », aujourd'hui des « Ames du l'urjïatoire », était celle de la famille Gentian, dont un des membres avait été prévôt des marchands; les Bourlon, dont (pielquesuns furent échevins, possédaient celle de « Sainte-Anne », maintenant de « Saint-Vincent-de-Paul ». La chapelle de « Sainte-Cécile », autrefois

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de « Saiiil-Claïule », avait élé achetée par Claude de Montescot, trésorier des parties easuelles; une autre ap])artenait aux comtes de Castille.

On trouve ailleurs le souvenir de riches corporations, celles des/^r/,9seurs (le peaux, àcs jurés porleuis de blé, des confières inarcJiands fruilicis el orangers. Quelques chapelles avaient été fondées par des familles de sang royal et antérieurement à la nouvelle église du seizième siècle. Celle qui sert aujouriFluii d'entrée à la salle des catécliismes est marquée au blason de Louis d'Orléans, frère de Charles VI; une autre, à l'écusson barré de France, était celle de Charles de Valois, duc d'Angoulême, un des fils naturels de Charles IX. La chapelle de « Saint-Pierre-l'Exoniste », auparavant de « Sainte-Catherine », porte trois blasons; l'un d'eux est celui des Nogarets, dont le représentant le plus illustre est Jean-Louis de Nogaret de la Valette, duc d'Épernon. Le favori de Henri III ne lut pas inhumé à Saint-Eustache, qui renferme cependant le tombeau de son frère aîné Bernard, amiral de France. La chapelle de « Saint- Joseph », anciennement de c Saint-François », de « Saint-Barlhélemy », puis de « Sainte-Monique », est marcjnée aux cliillVes des Fiesque et des Strozzi. Elle avait été concédée en 1586 à une i'emme d'iionncur de Marie de Médicis, de la famille des Strozzi, maiiée à un Fiesque.

Une porte latérale donnant aujourd'hui dans l'abside de l'église occupe la place de la chapelle que Richelieu avait fait bâtir. Le grand cardinal était en effet paroissien de Saint-Eustache. La chapelle voisine était celle de l'Académie de sculpture et de jieinture. L'illustre société devait son origine à l'initiative du peintre Lebrun, el Louis XIV, pour honorer l'Académie et son recteur Coysevox, lui avait donné un l)lasijn qui n'était autre (pie celui du célèbre scul|)teur, avec le supplément recherché de la fleur de lis royale ; on a pu le rétablir. La chapelle a conservé son ancien A'ocable de « Saint-André ». Le chancelier Séguier, qui avait prêté le concours de son autorité à riVcad(''mie de peinture et avait présidé l'Académie française sih'il après la inoi'l de liichelieu, est \\i\ îles personnages qui oui le j)lus généreusement contribué à l'aihèvemenl de Saint-Eusta- «he; aussi ses armoiries, avec le manteau, le mortier et les deux masses, étaient-elles sculj)tées entrés haut relief sur la troisième travée de la nef médiane ; de plus, il possédait dans l'église une chaiielle de famille, la première à di'oite en eiiliaut, la moins prol'onde de toutes à cause de la forme oblique (jue l'architecte avail élé contiaini de donnera l'édifice. F]lle renferme l'inscription commémorative de la première dédicace de Saint-Eustache. Le nom de Pierre Séguier y est rappelé comme membre de la fabrique. Il ne fut cependant pas enseveli à Saint-Eustache, mais à Saint-André des Arts.

i: lie LISE s.ii.\ r-EcsTAciii-: v,i

Colhert, au contraire, repose clans la chapelle qui perle ses armes parlantes : une couleuvre, coluber. Le mausolée du ministre a été sc«l[)té [)ar Coysevox et Tuby, sur les dessins de Lebrun. Colbert, avec le grand manteau de l'ordre du Saint-Esprit, est à genoux, les mains jointes, les yeux fixés sur un livre que soutient un ange. A ses pieds sont deux figures de femmes, la Religion et l'Abondance. La postérité a rendu hommage à l'honnêteté, à la hauteur de vues du successeur de Mazarin; ses contemporains furent injustes envers lui, et son cortège funèbre dut, ])ar crainte de manifestations hostiles, traverser do nuit les rues de Paris sous l'escorte d'une compagnie du guet. Colbert s'était beaucoup intéressé à la construction de Saint-Eustache, et, outre sa chapelle particulière, il en avait fait décorer deux autres, détruites au dix-huitième siècle, lorscjue fut érigé le massif portail de Philippe-Egalité. Elles servaient, celle de droite de fonts l)aj)lismaux, celle de gauche de salle de mariage; les peintures de la première étaient de Mignard, et Molière les a célébrées ii l'égal des fresques du dôme du \ al-de-Cjrt\ce ; la seconde eut pour décorateur Charles de Lafosse, le même cpii peignit plus lard l'intéiieur de la coupole des Invalides.

Telles sont les principales chapelles de Saint-Eustache; par leurs fres- ((ues anciennes ou modernes et les tableaux de maîtres qu'elles renferini'tit, elles méi'ilent de reli-nir l'alliMilidn du visitcui'.

Les curés de celle paroisse ont souvent exercé sur la population des Halles une influence considérable. Nous esquisserons le portrait de deux d'entre eux : \Wné Denoist, «(ui vivait ii l'époque troublée de la Ligue, et Marliii. qui exerça son ministère dans la période également agitée de la minorité de Louis \1\ .

René Henoist était un homme du monde; il avait vécu à la cour de Marie Sluart, avant qu'elle ne vînt en France épouser François II, et était retourné en Ecosse avec la reine devenue veuve. Son titre de confesseur de la bclle-Sd'Ui' du roi lui créait des j)rivilèges. Après quelfjue temps passé à la cure de Saint-Pierre des Arcis, il fut nommé ii celle de Saint-Eustache. René Benoist exerça bientôt sur la j)opulace une autorité telle ([u'on le surnomma le roi des Halles.

On connaît le caractère démocratique de la Ligue, livrant le |)ouvoir aux gens de métier au détriment de la bourgeoisie, cherchant à développer les franchises iiuiuicipales et à créer une fédération des villes au lieu et place de la centralisation royale. L'éloquence des prédicateurs avait une puissance incalculable, et René Benoist comptait parmi les plus écoutés. H faut lire l'éloge enflammé des Guises qu'il prononça lors de

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leur assassinat, la comparaison qu'il établit entre la blessure du Balafré ot les stigmates du Sauveur, les pbores bibliques où les prine Lorraine sont appelés Samson et David. Les citations empruntées aux classiques latins, l'étalage d'une érudition qui tirait du sens des mots une interprétation souvent étrange, impressionnaient vivement en ce temps oii la mode était à l'anlicjuité.

Le genre d'éloquence de René Benoist est l'image lulèle des mœurs et des passions de ce temps; on y voit la violence des haines, l'ardeur de la lutte et l'audace avec laquelle les mystères sacrés étaient mis au service de l'esprit de parti.

D'abord ligueui" convaincu, le curé de Sainl-Eustaclie était trop intelligent pour ne pas voir le danger que faisait (Niurii- à la France, en s'appuyant sur l'astucieux roi d'Espagne, le ])arti catholique intransigeant. Aussi, avec l'ardeur qu'il avait mise à défendre les Guises, il se tourna, Henri III mort, du côté du roi de Navarre. Celui-ci résolut de tirer profit du crédit du roi des Halles, et René Benoist est un des prêtres qui, avec l'évèque de Bourges et quelques autres prélats, furent appelés par lui à Saint-Denis pour parachever son instruction religieuse et assister à son abjuration solennelle. Grande fut la colère des Ligueurs, qui accusèrent de trahison leur ancien partisan. Leurs prédicateurs tonnaient du haut de la cliaire. D'autre part, il courait dans la foule des vers satiriques, dans le goût de ceux-ci :

L ECI ISi; SA I NT-ETIlîNMi: DU MONT

Des trois BBB garder se doil-on, De Bourges, Benoist et Bourbon, Bourges croit Dieu piteusement, Benoist le prèctie finement.

Mais Dieu nous gard' de la finesse Et de Bourbon et de sa messe.

i: ÉGLISE SAI.\T-ÉTIE S .\E-Dl-M()\T l'.3

L'évèqiie do Bourges, ainsi pris à ])artie, était celui-lii luciuc qui, devant la porte de la basili(iue de Saint-Denis, rerut de la bouche du roi la promesse de fidélité envers l'Église catholique, et célébra la messe d'aljjuration. Le Benoist du malicieux sixain, à (pii est adressé le reproche de parler trop finement, était notre curé, appelé irrévérencieusement le Diable des Halles. Henri de Bourl)on, le troisième B du pamphlet, lui en témoignait une alTection d'autant plus vive. 11 essaya de le l'aire nommer évèque de Troyes, mais la colère des ligueurs n'avait pas désarmé, et l'opposition l'ut assez forle pour que le jjajie lui l'cl'usàl les huiles d'iiiveslilure. Benoist mourut à ([uatre-vingt-sept ans, toujours curé de Saint-Eustache.

Autrement popidairc fut Marlin, un des suci esseui:i de llené lîenoisl. Ce Marlin, à la mort de son oncle, curé de Saint-Euslache, qui l'avait, paraît-il, désigné pour lui succéder dans cette charge lucrative, était venu sans autorisation aucune s'installer à la cure et, sommé d en sortir, avait catégoriquement refusé. Colère de l'évccpif, (pii [varh- de recourir a la violence; obstination du curé, qui se met sous la protection ilu peuple des Halles, de tous temps fort enclin à prendre vigoureusement l'ait et cause pour qui lui plait. Déjà les chaînes se tendent en travers des rues, des barricades s'élèvent; une délégation des dames (hi (juarlier se rend devant la régente Anne d'AnliicIic ; une jeune lille, rougissante, mais décidée, lui adresse d'une voix l'ernu' hi harangue que voici : « Notre curé qui est mort était si bon, si humain, que nous l'avons tous pleuré. En mourant il a désigné son neveu pour son successeur, et l'on a voulu nous en donner un autre. Ce n'est pas juste, n'est-ce pas, madame la reine? Les Marlin, voyez-vous, depuis bien longtemps sont curés de Saint-Eustache de père en fils, et les paroissiens n'en souffriront pas d'antre. »

La reine sourit, loua fort le zèle des paroissiennes, les complimenta sur la générosité de leurs sentiments, mais ne promit rien. Le [)euple allait en venir aux mains avec les gens du guet chargés de rétal)lir l'ordre, lorsque sagement l'évêque céda. >hirlin demeurait vaintjiieur. C'est lui <|ui. quelques années plus tard, donna à Saint-Eustache la première communion à Louis XIV.

On trouverait encore bien d'autres souvenirs historiques à rappeler à propos de Saint-Eustache : la présence de M"° d'Aubigné avant ([u'elle devînt M™" Scarron et plus tard M"'° de Maintenon, l'oraison funèbre d'Anne d'Autriche parle père Senault, celle de Turcnne par Fléchier et le sermon sur le Petit Nombre des élus par Massillon.

On voil que si, au point de vue arlislique, l'église Saint-Enslaclie symbolise l'efTort accompli par la Renaissance dans le sens de l'architecture religieuse, elle rappelle, dans le centre populeux oii elle a été bâtie, les mouvements tunuiltueux provoqués par la religion mise au service de la politique. Si ses voûtes ont vibré aux paroles de combat des prêtres ligueurs, elle a entendu aussi les discours des maîtres de l'éloquence sacrée, et ses dalles recouvrent les cendres de Français illustres.

Saint-Etienne du ^lont est un autre type, moins imposant peut-être, mais non moins curieux de l'architecture du dix-septième siècle, avec son clocher mince et effilé, la ligne de ses contreforts, dont les grands bras arc-boutent la nef centrale; avec ses gargouilles sculptées, ses ouvertures tantôt en lieiS-|ioiiil, tanli'it eu plein cintre, avec son portail, mélange heureux de l'art de la Renaissance et de l'architecture classique du dix-septième siècle.

On a mis plus de cent ans à la parfaire : commencée en 1517 par l'abside et le chœur, elle fut continuée avec lenteur et porte l'empreinte des variations de la mode, à laquelle n'échappe pas l'art de bâtir; la première pierre de son portail fut posée en IGIO par Marguerite de Valois, femme divorcée de Henri IV.

Au temps où Saint-Etienne n'était qu'une chapelle fréquentée par la population dépendant de l'abbaye de Sainte-Geneviève, elle n'avait pas d'entrée spéciale; on y pénétrait par l'église même en longeant le collaléral nord jusqu'à la neuvième travée; une ouverture arquée à sculptures romanes indique probablement le point de contact des deux sanctuaires. La chapelle de Saint-Etienne ayant eu besoin de grosses réparations, on préféra la reconstruire, et les plans furent étaldis en 1.590. Il est aisé de suivre les étapes successives de sa construction. Dans l'abside et dans le chœur on reconnaît la persistance de l'inspiration gothique à côté de la fraîclicur d'éclosion de la Renaissance; les ouvertures y sont en tiors-]K)inl, tandis que dans la nef elles sont en plein cintre, sauf toutefois au troisième étage, où l'on a maintenu la l'orme brisée pour une raison d'harmonie. Le portail ajuiarlienl à l'art classique sans en avoir la i'roideur.

L'intérieur de l'église est tl'un aspect très original. Trois rangs de fenêtres déversent un jour puissant dans les trois vaisseaux d'élévation à peu près égale; les colonnes, à base carrée, sont coupées au tiers de leur hauteur par une étroite galerie qui les contourne en encorbellement; elle s'harmonise admirablement avec le magnifi(jue jubé hardiment jeté en travers du cha'ur. L'architecte paraît s'être joué de la difficulté qu'il y

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avait à siispciulrc ainsi cetlo masse tic |)i('iros dans un ;wc siirl)aissé d'une si grande portée; les Ijahislradcs, au lieu de reposer sur la ii;al(Mi(" même, sont comme susponilues en l'air sur de légers points d'appui; elles sont ajourées au point de lessembler à une l'rèle vannerie. Le douhle esealier (|ui s'enroule autour des j)ilicrs du eliœur est également d'un travail l'xcpiis.

Les voûtes de l'église sont soutenues par un réseau de nervures aboutissant il des clefs de voûte de si fortes dimensions et si profondémeni fouillées qu'on a dû les maintenir par une solide armature.

Malgré ces crititpies de détail, d'ailleurs inhérentes à ce genre de slvle, Saint-Llienne dû Mont imiile tout particulièrement la curieuse attention de ceux (pii s'intéressent à l'art de la Renaissance.

Revenons aux abords de Saint-Custache. De l'autre côté des Halles, la fontaine des Innocents, œuvre de Pierre Lescot et de Jean Goujon, se dresse au centre iVun jardin public, à l'ombre de grands arbres. Ce cadre de verdure met en valeur sa silhouette charmante, mais offre l'inconvénient d'eu défendre l'approche et d'empêcher l'ceil d'apercevoir avec assez de netteté la (inesse et la délicatesse des sculptures. La disposition actuelle n'est jjas celle (pi'avait imaginée l'architecte. La fontaine, telle ([u'elle est dans sa forme quadrangulaire, avec ses quatre arcades, ses eaux tombant en cascade dans de larges vascpies, a été établie sur l'em-

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jilaceiiient actuel, avec les pièces soigueiisciiient détachées de rancieniie loge triangulaire, autrefois au coin des rues Saint-Denis et Aux-Fers, où ■ on l'avait élevée lors de l'entrée à Paris de Henri II; c'était, en efl'et, un hommage de la capitale à son souverain.

Dans son irrégularité voulue, avec ses deux arcades d'un côté et son arcade unique de l'autre, dans la pureté et la simplicité de ses belles lignes architecturales, elle oflrait sur les surfaces de ses trumeaux un champ favorable h l'habileté du ciseau expressif de Jean Goujon. Les panneaux étroits laissés entre les arcades à la disposition de l'artiste appelaient la représentation svelte de ces nym])hes célèbres. Leur idéale beauté, la grâce de leur pose, le natui-el des draperies, dessinant avec une légèreté exquise leur corps délicat, tout cela forme un délicieux ensemble, les a fait comparer aux bas-reliefs du Parthénon. Plus jolies encore, s'il est possible, sont les frises où de petits génies conduisent sur les flots des déesses dont les voiles se gonflent au souffle du vent; quelquesunes, qui eussent été trop exposées au contact dangereux des eaux, ont été transportées au musée du Louvre, oii l'on ])eut en admirer les tlétails.

Pour donner à la loggia toute la valeur cpi'elle avait autrefois, il faut la replacer là où l'avaient voulue ses auteurs, contre la vieille église gothique des Saints-Innocents, sur le fond sombre de laquelle ses pierres découpées ressortaient en blanc, près du cimetière dont la disposition pittoresque nous a été conservée par les gravures du temps.

Il faut aussi et surtout voir s'agiter la foule brillante des seigneurs aux toques emplumées, aux pourpoints de velours multicolores, aux épées ciselées; des dames aux larges collerettes, aux robes de brocart garnies de pierreries et dont la mode diversiliait la forme suivant les grâces coquettes de celles qui s'en paraient.

C'était un événement considérable et depuis longtemps attendu (pie cette entrée solennelle du roi. Ceux qui ne faisaient ])as partie du cortège se montraient aux tribunes, loges improvisées recouvertes de tapisseries et d étoITes précieuses. Sans parure d'cm])runt, sans aucun ajout extérieur, la loge de Jean Goujon était de beaucoup la plus belle de toutes; ce n'était pas un monument destiné à disparaître dès le lendemain; il était construit pour l'éternité.

(^uanl au cortège lui-même, les récits de l'époque nous en ont conservé la pittoresque et magnifi(|ue description : les pompes païennes furent requises pour ojiporler le concours de leur Imaginative invention, et l'on montra aux yeux de la foule, moins étonnée que charmée, des groupes déjeunes filles nues, portant des vases d'or, des attributs sym- ^ boliques et des guirlandes de fleurs.

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Telles sont li-s conditions dans lesquelles |)rit naissance le bijou de ciselure (|li<' nous appelons aujourd'hui la l'onlaino des Innocents. Ce joyau méritait, pour cire vu dans toute sa valeur, d'clre replacé dans le précieux écrin sans 1c(|mc1 l'indiflerence du regard pcjurrait en partie le méconnaître.

Cet édicule vil — étranges vicissiludos des choses humaines

pas

ser, à soixante-trois années de distance, le triste cortège qui ramenait au Louvic le cor|)s inanimé de Henri 1\', assassiné à quelques pas de là. dans la rue de la Ferronnerie. Les hommes passent, les monuments demeurent. La l'ontaine des Innocents oflVira pendant longtemps encore aux générations futures, à côté d'intéressants et d'émouvants souvenirs histori(|ues, le spécimen d'un art dont la préoccupation première parait avoir élé de réaliser l'élégance.

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CIIAIMTUK DOrZIKMK

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